SIGNIFICATION PHYSIOLOGIQUE DE L’ACIDE CYANHYDRIQUE
d’une manière générale , participer à la dépense que nécessite l’accomplissement de quelques fonctions essentielles. Mais, si telle est la signification de l’ensemble des matières odorantes, n’en existe-t-il pas, parmi elles, dont la destination soit toute autre? L’énumération des principes constitutifs des essences, qui a trouvé sa place plus haut, a bien montré que tous ces principes n’ont pas le même squelette moléculaire. Si un groupe important de ces corps réunit des individus étroitement apparentés, il n’en est pas moins vrai que bon nombre de substances odorantes se trouvent fort éloignées les unes des autres dans la classification des espèces chimiques. Aussi y aurait-il lieu d’examiner le rôle particulier des principes aromatiques dont la nature chimique est nettement différente de celle de l’ensemble des composés élaborés par les plantes sur lesquelles ont porté les expériences décrites au début de ce chapitre. L’acide cyanhydrique, dans cet ordre d’idées, est un des corps présentant le plus d’intérêt, aussi bien à cause de sa nature de substance azotée que de ses propriétés éminemment toxiques. Précisément les belles conceptions de M. Armand Gautier, les intéressantes recherches de M. Treüb et de M. L. Guignard ont fait jaillir d’abondantes lumières sur la question de la signification physiologique de ce composé chez les végétaux.
Pour se rendre compte de cette signification, M. Treüb1 a étudié tout d’abord la distribution de l’acide cyanhydrique dans le Pangium ednle Reinxv. Opérant à l’aide de la méthode microchimique, il a
Treüb, 1896, t. XIII, p. J.
constaté que, clans la tige par exemple, l’acide cyanhydrique existe soit dans les divers éléments du liber, soit dans des cellules spéciales, où il est accompagné cl’une matière albuminoïde qui subsiste alors que l’acide cyanhydrique a déjà disparu.
C’est dans le limbe de la feuille que l’acide cyanhydrique est le plus abondant. Toutes ou presque toutes les cellules du parenchyme du limbe en contiennent, et s’il n’y est pas spécialement localisé, il en est tout autrement de l’épiderme, où la localisation est très nette dans les cellules basilaires des poils et dans les cellules à oxalate de calcium. M. Treub considère les feuilles comme les usines générales où se fabrique la majeure partie de l’acide cyanhydrique du Pangium erlulc Reimv. , et c’est là une manière de voir tout à fait analogue à celle de M. Charabot et de ses collaborateurs en ce qui concerne les huiles essentielles. Les cellules spéciales constituent des usines secondaires répondant aux besoins locaux. Elles se rencontrent surtout aux points où la plante a besoin de beaucoup de substances plastiques, dans l’écorce et au sommet de la tige, par exemple .
M. Trelb s’est demandé si l’acide cyanhydrique ainsi formé dans les feuilles se transportait dans le liber du Pangium. En ayant recours à des incisions annulaires, il a pu constater que, au bout de cinq à dix jours, chez toutes les plantes examinées, il n’y avait plus trace d’acide cyanhydrique dans le liber des régions situées au-dessous de l’incision, alors qu’il était abondant au-dessus. En outre, l’acide cyanhydrique était plus abondant chez les feuilles des plantes soumises à l’expérience que chez les feuilles des plantes