APPAREILS SÉCRÉTEURS
Résumé.
Il se dégage principalement de l’étude que nous venons de faire sur la recherche microchimique des huiles essentielles, que les réactions sur lesquelles elle repose ne présentent pas nn degré suffisant de certitude chimique. Nous exceptons, bien entendu , les réactions qui permettent de déceler le sulfure d’allyle et l’isosulfocyanate d’allyle. En aucune façon nous ne possédons de réactifs microchimiques permettant de déceler , avec certitude , la présence de tel ou tel des nombreux et très divers corps constituant les huiles essentielles. Il en résulte que toute étude botanique de la sécrétion et de la localisation des matières odorantes, perpétrée à l’aide des réactifs que nous venons de passer en revue, ne satisfait pas complètement l’esprit et que bien souvent, lorsque nous voudrons tirer de travaux de microchimie toutes les conséquences qu’ils comporteraient, nous nous trouverons arrêtés par le doute dans lequel nous laisse l’imperfection relative des procédés d’étude employés.
Les appareils sécréteurs.
Généralités.
On désigne d’une façon très générale, sous le nom d’appareils sécréteurs , des organes qui renferment des substances, des huiles essentielles par exemple, qui ne se rencontrent qu’en certains points du corps des végétaux.
Ces organes ont reçu des noms qui, très souvent, impliquent l’idée d’une fonction physiologique bien définie : canaux sécvéteurs, Exkretbeh'àlter , glandes, etc., l’idée de cette fonction n’étant basée, en général, que sur des apparences anatomiques. Ils sont d’ailleurs très divers et contiennent des substances excessivement variées.
Dans ce qui va suivre, nous ferons abstraction de toute idée physiologique préconçue, et nous décrirons, au point de vue du développement et de la structure anatomiques, les organes qui, chez les plantes, contiennent des parfums, ou plutôt des huiles essentielles. Il y a fort longtemps que les « glandes » des Hypericum et des Ruta avaient attiré l’attention des anciens. On pensait qu’elles étaient des trous dont les feuilles de ces plantes étaient percées, et c’est pour cette raison que Dioscoride 1 avait désigné le Millepertuis commun sous le nom d 'Hypericum perforatum .
C’est Malpighi1 2 qui, le premier en 1687, reconnut la nature glandulaire des taches transparentes des feuilles de Millepertuis et aussi des zestes d’orange et de citron. Il vit également que les poils d ’Urlica et de Cucurbita possédaient des organes glanduleux.
Cependant, il faut arriver jusqu’à Guettard3 pour trouvér une étude méthodique sur les organes sécréteurs des plantes. De 1745 à 1706, cet auteur publia, à l’Académie des Sciences, dix mémoires sur les glandes des plantes, qu’il s’efforça de classer d’une façon méthodique. Il établit ainsi sept genres de glandes et vingt
1 Dioscoride.
2 Malpighi.
3 Guettard.
genres de poils ou de fdets ; mais il rangeait parmi les glandes une foule d’organes qui sont très différents, tels que les sores des fougères (« glandes écailleuses »), les lenticelles (« glandes miliaires »), etc.
Depuis, un grand nombre d’auteurs se sont occupés d’étudier l’anatomie de l’appareil sécréteur. Citons parmi eux : de Candolle, Mirbel, Trécul, Hanstein, Weiss, Martinet, J.-C. Mueller , Haberlandt, Y an Tïeghem, Mlle Leblois, Ïscuirch et ses élèves, etc.
Les travaux de tous ces chercheurs ont fait passer la science par une série d’étapes qu’il serait intéressant de suivre pas à pas. Malheureusement le cadre de cet ouvrage nous oblige à nous contenter de faire l’exposé de l’état actuel de nos connaissances sur les appareils sécréteurs des végétaux.
Ceux-ci peuvent être classés en deux catégories essentielles, suivant que le produit de la sécrétion est interne ou externe aux cellules qui constituent l’organe sécréteur. Nous étudierons successivement chacun de ces deux groupes.
Appareils sécréteurs à sécrétion interne.
Dans cette catégorie nous rangerons tous les organes sécréteurs chez lesquels les substances sécrétées s’emmagasinent dans l’intérieur même des cellules qui les produisent. Nous y comprendrons les cellules sécrétrices, les poils sécréteurs et les vaisseaux laticifères.
CELLULES SÉCRÉTRICES
Un grand nombre d’organes contiennent des cellules dont le contenu donne les réactions colorées des huiles essentielles. Ce fait a été fréquemment mis en évidence par M. Blondel1 et par M. Mesnard 2.
Dans le parenchyme du pétale de la rose à cent feuilles, dont une coupe est figurée plus haut (fig. 6), on peut ainsi apercevoir quelques cellules dont le contenu donne des résultats positifs avec les réactifs des huiles essentielles.
De semblables cellules se rencontrent non seulement dans les pétales, mais dans les organes les plus divers.
Les cellules épidermiques sont très souvent le siège de sécrétions de cette nature, notamment dans les pétales (fig. 6) et dans les écailles qui recouvrent les bourgeons d’un grand nombre d’arbres.
Parfois il arrive que ce sont seulement certaines de ces cellules épidermiques qui sont le siège de la sécrétion, et enfin les cellules sécrétrices peuvent présenter une différenciation spéciale, et former des organes sécréteurs généralement désignés sous le nom de poils sécréteurs ou de poils glanduleux ( glandes externes de Haber-
LANDT 3).
L’étude du mécanisme de la sécrétion dans les cellules sécrétrices n’a pas encore été faite d’une façon complète. MM. Tschirch et Biermann4 admettent que
1 Blondel.
2 Mesnard, 189 5, 7e série, t. XVI II, p. 318 à 380.
3 IIaberlandt, 1.
4 Tschrich et Biermann, 1898, t. CGXXXVI, p. 74.
l’huile essentielle provient, dans ce cas, d’une modification de la membrane même de la cellule.