POILS SÉCRÉTEURS
Les poils sécréteurs se présentent à nous avec les aspects les plus variés; mais ils dépendent toujours de l'épiderme, dont ils sont des productions. « Ils se composent généralement d'une seule cellule ou de plusieurs cellules plus ou moins allongées et placées bout à bout ; quelquefois néanmoins ils sont constitués par plusieurs rangées de cellules juxtaposées.
Fig-, 7. — Poil glanduleux d'Harmin um pyrenaïcum, la partie glandulaire est formée d’une seule cellule. ( Extrait du Mémoire de Martinet.)
Leur formation, bien connue, est des plus simples. En général, une des cellules épidermiques s’allonge et s’élève plus ou moins considérablement en s’amincissant par son extrémité libre. Le poil est quelquefois simplement constitué par une telle^cellule ; mais, le plus ordinairement, cette cellule se cloisonne au niveau de la surface libre de l’épiderme, et la cellule sus-épidermiale ainsi formée constitue le poil. Souvent elle se multiplie par la production de cloisons trans-
Le parfum chez la plante. H*
versales ; l’élongation du poil peut devenir alors relativement considérable, et l’on sait qu’il n’est pas rare d’en
Fig. 8. — Poil glanduleux de Stachys italica. La partie glandulaire est formée de deux cellules (d’après Martinet).
trouver qui comptent de quinze à vingt cellules et quelquefois plus.
a Ces petits appareils ne procèdent pas toujours d’une seule des cellules de l’épiderme ; il arrive quelquefois que trois ou quatre, ou même un plus grand nombre de ces éléments se soulèvent à la fois, s’élèvent et se multiplient de manière à former un mamelon qui sert de base au poil résultant de l’élongation de l’une de ces cellules. C’est ce qu’on peut observer dans YEchium vulgare (Vipérine), le Lycopersicum esculentum (Tomate), etc *. »
Enfin, le poil peut être formé par plusieurs rangées de cellules juxtaposées.
De plus , chez les poils glanduleux , la dernière cellule, au lieu de se terminer par une pointe plus ou moins subulée, présente fréquemment un renflement le plus ordinairement sphérique et d’un volume plus ou moins considérable. Cette sphère terminale peut encore
1 Martinet.
se multiplier par des cloisons diversement orientées,
Fig. 9. — Poil glanduleux de Lycopersicum esculentum. La partie glandulaire est formée de quatre cellules (d’après Martinet).
de sorte qu’il en résulte pour elle une augmentation de volume parfois considérable.
Fig. 10. — Poil glanduleux d'Hyssopus [officinalis. La partie glanduleuse est formée par huit cellules (d’après Martinet).
Les poils glanduleux, de formes si variées, ont été classés par M. Martinet1 en vingt et une espèces. Il
1 Martinet.
considère d’abord deux grandes classes : les poils glanduleux à leur sommet et les poils glanduleux à leur base. La première classe se divise en trois genres et sept sous- genres, qui sont basés surtout sur le nombre de cellules constituant la glande. Les figures ci-contre mettent en évidence quelques-unes de ces formes de poils glanduleux. Parfois, enfin, les poils prennent des aspects particuliers qui les ont fait désigner sous les noms de poils écailleux ou de poils frangés (fig. i3 et i4).
Quelle que soit la forme de ces poils, la sécrétion s’y trouve toujours localisée d’une manière très uniforme entre la membrane de la cellule sécrétrice et sa cuticule (fig. io) ; l’essence s’accumule parfois en telle quantité en ce point, que la cuticule peut être déchirée.
La sécrétion s’écoule alors au dehors. et dans certains cas la cuticule peut, selon Hanstein1, régénérer, Fig. il. — Scutellaria e*- même série de phénomènes albida. Glande for- recommencer.
mée par trente-deux D’après ]a plupart des au-
cellules ( d apres r 11
Martinet). teurs, et notamment Hanstein2 et
1 Hanstein, 1868.
2 Hanstein, 1868.
il semble bien que l’huile
MM. Tschirch et Tunmann1 2 3 essentielle se forme aux dépens de la membrane cellulaire, qui subirait une sorte de gélification vers sa partie contiguë à la cuticule. Le produit de cette gélification, mélange de mucilage et d’huile essentielle, déterminerait le gonflement de la cuticule dont nous parlions plus haut.
Cependant d’autres auteurs, et notamment M ARtinet ~ chez les Labiées, et Hohlke 3 chez les Labiées et les Composées, ont vu de nombreuses gouttelettes d’huile essentielle à l’intérieur des cellules sécrétrices. Martinet pensait que l’huile essentielle pas- Fig. V2. Poii glanduleux d'un sait au travers de la paroi pétale de Dictamnus albus. La
cellulaire et venait s’extravaser entre la membrane de la cellule sécrétrice et sa cuticule.
Mesnard4 a émis l'idée
masse glandulaire est opaque, et les cellules sont remplies de granulations solides et de globules plus ou moins volumineux de la substance oléorésineuse sécrétée (d'après Martinet).
1 Tschirch et Tunmann, 1901, t. CCXXX1X.
2 Martinet.
3 Hohlke.
4 Mesnard, 1894, 7« série, t. XVIII, p. 318 à 380.
que ces gouttelettes internes sont formées d'une huile différente de celle qui est extravasée, et l’idée qui se
Fig. 13. — Glande écailleuse d’une feuille de Rihes nigrum. — a, état plus jeune, la cuticule est à peine soulevée par la sécrétion. — h, état adulte. — z, cellules sécrétrices. — v, chambre où se rassemble la sécrétion grâce au soulèvement de la cuticule. Dans ces deux états, la sécrétion a été éloignée par l’alcool. (D’après IIaberlandt, Physiologische Pflanzenanatomie.)
dégage des travaux deM. Tschirch et de ses élèves, les derniers en date, est que la membrane cellulaire est la source de la sécrétion Pour cet auteur, la partie
Fig. 14. — Glande écailleuse de Pyrethrum balsamisla. (Fig. extraite de Habert.andt, Physiologische Pflanzenanatomie).
externe, subcuticulaire de la membrane, joue ici le même rôle que la couche résinogène dans les canaux sécréteurs.
Nous verrons plus loin, en étudiant le mécanisme de la sécrétion dans les canaux sécréteurs, que les moyens microchimiques dont nous disposons à l’heure
actuelle ne nous permettent pas, d’une façon certaine, de résoudre cette difficile question.
LATICIFÈRES
Malgré l’importance considérable de ces appareils dans le règne végétal , nous n’insisterons pas longuement sur leur constitution, car leur contenu ne présente qu’un intérêt secondaire au point de vue qui nous occupe. Il est néanmoins indispensable de dire ici un mot de leur anatomie.
Les laticifères se présentent sous la forme de laticifères monocellulaires ou de laticifères pluricellulaires.
Ceux du premier type sont constitués par des cellules plurinucléées , -qui se sont développées entre les tissus dans toute la longueur d’un végétal, en produisant çà et là des ramifications, et qui proviennent d’une seule cellule initiale.
Les laticifères pluricellulaires sont formées par des séries de cellules, disposées soit en files, soit en réseau.
Les cloisons latérales ne persistent pas ou se percent des ponctuations qui font communiquer les cellules les unes avec les autres. Il se forme ainsi des « vaisseaux laticifères » , dont le rôle physiologique est encore mal connu et qui, dans certains cas, contiennent des réserves.
Appareils sécréteurs à sécrétion externe.
Dans cette catégorie se rangent deux sortes d’appareils sécréteurs, jouant un grand rôle chez les végétaux : les poches sécrétrices (ou glandes internes ) et les canaux sécréteurs.
Il n’y a pas lieu de séparer dans notre description ces deux catégories d’appareils. En effet, ils sont très voisins les uns des autres, et naissent de la même façon. En principe, ils sont constitués par une cavité bordée de cellules vivantes, généralement désignées sous le nom de « cellules sécrétrices ». Cette cavité peut être de forme sphérique, comme, c’est le cas, par exemple, dans les feuilles du Millepertuis ; elle constitue alors une poche sécrétrice. Au contraire, elle peut être très allongée et former alors un canal sécréteur.
On trouve tous les intermédiaires entre ces deux types extrêmes, et il est difficile de tracer une limite entre eux.
Ce n’est donc pas en tenant compte de la longueur plus ou moins grande de ces organes qu’il est possible de les classer d’une façon absolue, mais mieux en considérant leur mode de développement, qui peut être schizogène, lysigène ou schizolysigène.