‹ Le parfum chez la planteChapitre 73 sur 130 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

Les matières odorantes se rencontrent dans les organes les plus variés , et , dans un grand nombre de cas, elles se trouvent distribuées en tous points chez la plante. Lorsqu’il en est ainsi, le champ offert à l'étude est particulièrement vaste, et la recherche prend un caractère tout spécial de généralité. La matière odorante peut être examinée au lieu même où se trouve sa source probable, c’est-à-dire dans les organes d’assimilation, puisque c’est là que s’effectue la synthèse des matériaux organiques, capables, en se modifiant, de porter dans les diverses parties de la plante l’énergie nécessaii'e au travail physiologique qui s’y accomplit.

L’étude de la formation des produits odorants nécessitera l’établissement du bilan de la plante à toutes les époques importantes de son évolution normale, en ce qui concerne ces produits. On pourra voir ainsi dans quel organe et à quel moment prend naissance l’huile essentielle, en quel point elle est utilisée, si toutefois elle est susceptible d’utilisation , quelles sont les parties qui fournissent , quelles sont celles qui empruntent, quelle est la nature des échanges qui se

produisent et quel en est le mécanisme. Cette étude, due à MM. E. Charabot et G. Lalole, sera celle des produits odorants chez la plante entière envisagée au cours de son évolution normale et abandonnée à son processus naturel.

Mais il est des végétaux dont la fleur seule renferme de la matière odorante. Dans ce cas, les constituants aromatiques ne sont pas encore formés dans les organes d’assimilation, à moins qu’ils n’y soient emprisonnés dans des combinaisons inodores. Si le rassemblement des matériaux qui concourent à la production du parfum nécessite l’intervention d’un autre organe, il semble alors que la fleur seule produise le dernier travail de métamorphose. -Et il y a lieu , au moment où l’organe est susceptible d’avoir fait son approvisionnement aux dépens des parties qui l’alimentent, de l’envisager livré à ses propres moyens, c’est-à-dire séparé d’avec les autres organes végétaux. Les recherches effectuées dans cet ordre d’idées par M. A. Hesse vont être exposées ici sous le titre : les produits odorants chez la fleur isolée.

Les produits odorants chez la plante entière.

L’étude de celte question a été poursuivie par MM. Eug. Charabot et G. Laloue. Elle a dû, comme nous l’indiquions plus haut, viser à la connaissance de la distribution de l’huile essentielle et de chacun de ses constituants principaux dans les divers organes de la plante au fur et à mesure que s’accomplissent les fonctions fondamentales de la vie. Pour donner un caractère de généralité à leurs résultats et à leurs déduc-

tions, les auteurs ont fait porter leurs déterminations sur un choix de plantes différentes au point de vue botanique et aussi au point de vue de la nature chimique de leurs principes odorants.

Ils ont envisagé tout d’abord le cas des plantes annuelles et choisi , comme exemple , une plante de la famille des Labiées, le Basilic ( Ocimum Basilicum L.).

Ensuite, passant au cas des plantes vivaces, l’étude d’un certain nombre de végétaux de la famille des Rutacées : l’Oranger à fruits doux ( Citrus Aurantium L.), l’Oranger à fruits amers ( Citrus Bigaradia Duhamel), le Mandarinier ( Citrus nobilis Lam.), leur a montré les relations entre la feuille et la tige d'une part, entre les différentes parties de la fleur d’autre part. Une Géraniacée, le Géranium ( Pélargonium odoratissimum Willd.) , leur a fourni un exemple de plante chez laquelle le parfum ne va généralement guère au delà de la feuille. Enfin, l’étude d’une Yerbénacée, la Verveine ( Verbena triphylla L.), et d’une Composée, l’Absinthe ( Avtemisia Absynthium L.), leur a permis d’opérer sur un nombre déterminé de pieds entiers aux principales phases de la végétation.

Avant d’examiner les résultats obtenus, il importe de dire un mot de la méthode de travail employée.

Les cultures qui ont fourni les matériaux d’étude ont toujours été établies dans des terrains uniformes, et, pour obvier au défaut d’homogénéité des poussées, les coupes de plantes ont été faites en suivant les rangées et prenant un pied sur deux, sur trois, etc., selon que l’on désirait effectuer un nombre de prélèvements égal à deux, trois, etc.

A chaque prélèvement on mettait de côté un nombre

déterminé de pieds pour l’analyse (dosage de l’eau et de la matière sèche) , et l’on y déterminait l’importance absolue et relative des divers organes, ainsi que leur nombre par pied.

Aussitôt après la récolte d’un nombre de pieds donné, les racines étaient débarrassées de la terre, les differentes parties de la plante étaient séparées, pesées et distillées. On recueillait par décantation l’essence restée insoluble dans l’eau de distillation, et on la pesait. On épuisait ensuite les eaux comme il a été dit (Ch. I, p. i3), et on déterminait le poids de l’essence soluble ainsi extraite. Il est presque inutile de dire que les distillations ont toujours été effectuées dans le même alambic et en prenant toutes précautions nécessaires pour rendre les résultats comparatifs.

Les essences étaient analysées et les résultats rapportés à ioo parties de matière fraîche et à ioo parties de matière sèche. D’autre part, lorsque les études ont porté sur une partie seulement des organes d’un ou de plusieurs pieds, comme dans le cas de l’Oranger et du Mandarinier, on a calculé le poids d’essence et de ses constituants contenu dans une feuille et dans le poids de tige correspondant : ce calcul est très rationnel , et ses résultats sont très instructifs. La feuille est en effet l’organe assimilateur par excellence, et la tige l’organe de distribution. Il était donc du plus haut intérêt de connaître la quantité de matière contenue dans la portion de tige qui est en quelque sorte alimentée par une feuille. Lorsque les expériences ont pu être effectuées sur un nombre déterminé de pieds entiers, on a calculé les nombres correspondant à un pied et à chacun des organes d’un pied.

Plantes annuelles.

Correspondant à ce cas, MM. E. Charabot el G. Laloue1 ont, avons-nous dit, choisi l’exemple du Basilic.

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