BASILIC
Cette Labiée renferme des composés terpénitpies de la série du linalol et un composé non-terpénique , l'estragol.
Deux séries d’expériences ont été effectuées : la première, en i9o3 ; la seconde, plus complète, en i9o4, de façon à obtenir des résultats parfaitement contrôlés. Effectivement les nombres obtenus furent tout à fait concordants, ce qui démontre à la fois la régularité des phénomènes observés et la précision des méthodes dont il a été fait usage. Nous nous bornerons ici à résumer les résultats d’une série d’expériences. Dans ce cas, comme dans la plupart de ceux que nous étudierons ensuite, nous nous occuperons: i° de la formation et de la distribution de l’essence ; 2° des répartitions successives de ses constituants entre les différents organes.
Formation et distribution de l'essence.
ior Stade : 4 juillet i9o4- avant la floraison. — Il y avait prépondérance des feuilles, et l’on a constaté que celles-ci étaient sensiblement plus riches que les liges en
1 E. Charabot et G. Laloue, 1, 1905, 3e série,. t. XXXIII, p. 236 et 585; 2, 1905, t. CXXXIX , p. 928 et CXL, p. 667.
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composés odorants, et que l'essence se trouvait déjà formée chez la feuille jeune.
De plus, le poids d'essence contenu dans les feuilles était considérablement plus élevé que le poids d’essence contenu dans les tiges.
2e Stade : 21 juillet i9o4, début de -la floraison. — Les tiges sont alors prédominantes.
Par distillation, les racines n’ont pas fourni la moindre quantité d’essence; les eaux de distillation elles-mêmes n’en renfermaient aucune trace. Donc, la racine du Basilic ne contient pas d'huile essentielle.
Le dosage de l’huile essentielle, a montré que dans les organes verts secs, la proportion centésimale d'huile essentielle subit une diminution au début de la floraison. L’inflorescence est- déjà un peu plus riche en composés odorants que l’ensemble des feuilles et des tiges.
Comparant la totalité des organes aériens au stade précédent et au stade actuel, on a observé que la formation de l’essence s'est un peu ralentie par rapport à celle des autres substances végétales.
Entre les dèux époques considérées, le poids d’essence contenu dans un pied s’est accru de .
100 — t9 = 8imgr.
En d’ autres termes, il y a eu apparition de 81msr d'essence dans chaque pied.
3° Stade : 26 août i9o/l, floraison avancée (prépondérance des inflorescences). — Depuis le stade précédent, le nombre de feuilles et le nombre d’inflorescences ont considérablement augmenté.
On a pu tirer, de l’étude de la distribution des matières odorantes, les conclusions suivantes :
La proportion centésimale d'huile essentielle diminue très sensiblement dans les parties vertes pendant que s'accomplissent les fonctions de la fleur. Cette proportion diminue aussi, mais d'une façon moins sensible, dans les inflorescences. Entre le deuxième et le troisième stade ; en d’autres termes , pendant la fécondation , l’apparition de l’huile essentielle s’est sensiblement ralentie par rapport à celle des autres principes. C'est donc au début de la végétation que les composés odorants s'accumulent avec le plus d’intensité.
Depuis le stade précédent, dans l’ensemble des feuilles et tiges de chaque pied, il y a eu une diminution du poids d'essence qui s’est élevée à 76 — 5a = 23mgr,
malgré l’augmentation du nombre de feuilles. Dans l’ensemble des inflorescences de chaque pied il y a eu, au contraire, une augmentation de 168 — 25 = i43mgr; si bien que le bilan se traduit par un gain de
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d’essence. En résumé, à une accumulation de l’essence dans l’inflorescence correspond la disparition d’une quantité importante de cette substance dans la feuille et la tige.
4e Stade : i5 septembre, maturité de la graine. — Les racines ne contiennent toujours pas de produits odorants. Il est donc établi que, aux différentes époques de la vie, les racines du Basilic sont exemptes d'essence.
Lorsque la fleur a accompli ses fonctions essentielles, lorsque la graine est arrivée à maturité, on observe que la proportion d'huile essentielle a augmenté dans les parties vertes depuis le stade précédent (celui qui cor-
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respond à la floraison complète) et diminué dans les inflorescences. La plante, considérée dans son ensemble, est devenue moins riche, au point de vue relatif, en composés odorants.
Si l’on considère les organes de chaque pied, on y trouve une augmentation de io3 — 5 2 = 5imsr du poids de l’essence contenue dans les parties vertes , pour une diminution de 168 — 69 = 99mgr du poids de l’essence contenue dans les inflorescences, malgré une poussée nouvelle. En ce qui concerne le pied tout entier, la variation se traduit par la disparition de
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d’huile essentielle., encore que le poids de la plante ait augmenté.
En résumé, l'essence se forme déjà chez la plante jeune et s’accumule le plus activement au début de la végétation. Avant la floraison, la masse des produits odorants contenus dans les organes d’assimilation augmente pour diminuer lorsque s’accomplit la floraison. Mais en même temps que les parties vertes subissent cette perte, on voit augmenter le poids d’essence dans les inflorescences. Si la production relative s’est ralentie, cette production n’en est pas moins positive, car le poids d’essence par pied s’est accru. Tout se passe donc comme si les produits odorants, qu’on a vus apparaître dès le début, dans les organes verts, étaient ensuite en partie déversés dans les inflorescences.
L’acte de la fécondation accompli , nous observons la disparition d’une certaine quantité de matière odorante. Le poids d’essence a augmenté dans les organes verts et diminué dans les inflorescences, contrairement
à ce que l’on avait observé durant la précédente période. De sorte que, à un gain d’huile essentielle réalisé par l’inflorescence, correspond une perte subie par les organes verts et inversement, mais avec un déchet final qui correspond à une consommation.
Ces résultats permettent de penser que l’essence se transporte de la feuille vers la fleur, formant cortège aux hydrates de carbone qui, après s’être solubilisés, se mettent en marche pour aller alimenter ce derniér organe. Puis, la fécondation accomplie, lorsque, les réserves étant faites, cesse l’afflux des principes nutritifs dans la fleur, l’huile essentielle semble retourner dans les organes verts. A ce moment-là, d’ailleurs, la dessiccation de l’inflorescence a été particulièrement importante. Elle a donc contribué à augmenter la pression osmotique dans cet organe, et par conséquent à en chasser une partie des principes dissous. On observe en outre qu’il y a eu consommation de matières odorantes.
L’étude suivante précisera, d’ailleurs, ce mécanisme.
Répartitions successives des principes odorants entre les divers organes de la plante.
En analysant les différentes huiles essentielles extraites aux stades considérés, MM. Charabot et Laloue ont obtenu les résultats que nous allons indiquer.
Ier Stade : Avant la floraison. — En comparant la composition des essences extraites des eaux de distillation à celles des essences correspondantes qui ne se dissolvent pas dans ces eaux et que l’on sépare par conséquent par simple décantation, les auteurs ont
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constaté que les composés terpéniques de l’huile essentielle, et principalement les constituants terpéniques autres que le linalol. sont plus solubles que l’estragol. Cette observation a permis ensuite d’établir les solubilités relatives des huiles essentielles étudiées.
On a pu voir que, chez la plante jeune, l’essence de tiges est plus soluble que l’essence de feuilles.
2e Stade : Début de la floraison. — La floraison commence sur les tiges périphériques unies à la tige centrale par la partie inférieure de celle-ci. Il en résulte que les premières inflorescences apparaissent sur les tiges les plus vieilles. Cette remarque va avoir son importance.
Les premières inflorescences formées renferment une huile essentielle moins soluble que l’ensemble des organes verts de la plante.
MM. Charabot et Laloue pensent que, dans l’inflorescence, des composés terpéniques ont été consommés alors qu’une essence riche en composés terpéniques a pris naissance dans les jeunes pousses. L’hypothèse de la consommation chez la fleur sera justifiée plus loin.
Depuis le stade précédent, le poids de toutes les substances a augmenté dans les organes verts d’un pied et, à plus forte raison, dans un pied tout entier, puisque celui-ci s’est accru des inflorescences.
3e Stade : Floraison avancée. — Le second et le troisième stade sont assez éloignés. C’est pendant l’intervalle compris entre ces deux stades que la floraison a eu lieu et que la fleur a accompli ses fonctions. On constate que l'essence d’inflorescences est, à l’époque considérée , plus soluble que l'essence des organes verts,
alors que l’on avait observé le contraire au stade précédent. Durant la période de la floraison, on a précisément constaté une perte de principes odorants subie par les organes verts et un gain effectué par les inflorescences, et on a été amené à conclure à la migration des composés odorants de la feuille vers l’inflorescence. L’observation que nous venons de relater corrobore celte manière de voir, en indiquant le mécanisme du phénomène. En effet, on conçoit qu’une portion relativement soluble rie l’essence, en dissolution d’abord chez la feuille, gagne la tige par osmose et se déverse ensuite dans la fleur, où au travail de la fécondation et à la formation des réserves correspond un appel de matériaux organiques. Chaque fois que la combustion des substances, leur condensation ou leur insolubilisation produira dans la fleur un abaissement de pression osmotique, des principes immédiats s’y rendront venant de la feuille; les essences y seront appelées ainsi, tout comme les autres substances; mais, produits peu solubles arrivant dans un milieu qui en renferme déjà, elles se précipiteront et pourront s’accumuler de la sorte en divers points de leur itinéraire. Malgré que la solubilité de l’essence soit devenue moindre chez la feuille que chez l’inflorescence, par suite d’un appel de produits solubles dans ce dernier organe, la solubilité de l’essence d’inflorescences ne s’est pas accrue ; c’est que la solubilité de l'essence de la plante entière a décru elle-même à cause de la diminution de sa teneur en composés terpéniques. Il en résulte que ces composés relativement solubles sont partiellement consommés dans l’inflorescence. Mais jusqu’ici la production l’a emporté sur la consommation .
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L’analyse des essences montre que ce sont bien les produits solubles (le linalol et surtout les autres composés terpéniques) qui ont disparu de la feuille. Les auteurs ont constaté que, dans l'inflorescence, les produits les plus solubles (composés terpéniques autres que le linalol) n’augmentent pas dans une plus forte proportion que les autres substances. S’il en est ainsi, c’est que précisément leur quantité diminue dans la plante entièi'e : ils sont partiellement transformés ou consommés,
4e Stade : Maturité des graines. — On se souvient que, durant la dernière période de la vie de la plante, le poids d’essence a augmenté dans les parties vertes et décru dans les inflorescences. La substance odorante, en s'accumulant à nouveau dans les organes chlorophylliens, y est redevenue plus soluble. Cela tend à montrer que, à la fin de la végétation, l’essence non utilisée retourne en partie dans les organes verts. Malgré ce retour à la tige et à la feuille, la solubilité de l’essence d’inflorescences ne semble pas avoir décru ; c’est qu’un travail chimique s’est accompli, augmentant la solubilité de l'essence de la plante entière. Effectivement, l’analyse a montré qu77 y avait eu une consommation d’estragol et de composés terpéniques qui l avait emporté sur leur production, et cela notamment en ce qui concerne l’estragol.
L’étude du Basilic a conduit à des conclusions dont il s’agit d’établir la' généralité.
Plantes vivaces.
Nous allons examiner les différents exemples de plantes vivaces énumérés au début de ce chapitre.