MANDARINIER
Formation et distribution de l'essence dans les parties vertes.
Pour cette étude, MM. Charabot et Laloüe2 ont examiné la feuille et la tige de Mandarinier à deux
1 E. Charabot et G. Laloue, 1, 1904, 3e série, t. XXXI, p. 937; 2, 1904, t. CXXXVIII, p. 1513.
2 E. Charabot et G. Laloue, 1, 1904, 3e série, t.XXXI, p. 193; 2, 1904, t. CXXXVII, p. 996,
stades différents de leur développement, en s’adressant aux mêmes arbres.
Ier Stade : Jeunes pousses. — Deux séries d’expériences ont été effectuées, l’une en i9o2, l’autre en i9o3, qui ont permis de vérifier que les feuilles sont plus riches en essence (pie les tiges.
En valeur absolue , la feuille renferme , au premier stade considéré, environ cinq fois plus d’essence que la tige.
2e Stade : Rameaux vieux. — IL a été distillé, d'une part un lot de feuilles sans tiges, d’autre part un lot de rameaux contenant feuilles et tiges. Dans le second cas, la partie de l’essence en dissolution n’a pas été extraite, de sorte que la comparaison a été faite entre les portions non dissoutes au cours de la distillation.
Comparant les parties correspondantes de l’essence, on a constaté que, pendant la végétation , la proportion d’huile essentielle diminuait dans la matière sèche.
La présence des tiges a réduit le rendement en essence ; il en résulte que , comme cela a lieu chez les jeunes pousses, les tiges sont moins riches en essence que les feuilles. Le calcul a montré que les rendements (en ce qui concerne la partie de l’essence séparée par décantation) ne dépassaient pas o,i5 °/0.
La comparaison des résultats obtenus au premier et au deuxième stade a conduit à la conclusion que le poids d’essence contenu dans une feuille augmente un peu, et que la quantité absolue d’essence produite par la plante est assez notable ; car pour chaque feuille, dans l’intervalle des deux stades considérés, le poids d’essence contenu dans la tige s’accroît de
0,733 — 0,182 =omgr,55i
PLANTES VIVACES
(en ne tenant compte que de l’huile essentielle qui, lors de la distillation, se sépare de l’eau).
Répartitions successives des divers composés odorants entre la feuille et la tige.
L’essence de feuilles et de tiges de mandarinier est formée principalement de méthylanthranilate de méthyle'. Elle renferme en outre des composés terpéniques. Nous allons faire connaître les répartitions de ces corps entre la feuille et la tige aux deux stades considérés.
Mais, au préalable, nous indiquerons que le méthylanthranilate de méthyle s’est montré sensiblement plus soluble que les composés terpéniques de l’essence.
Ier Stade : Jeunes pousses. — Au début de la végétation, les essences de feuilles et de tiges ont des compositions peu différentes.
2° Stade : Rameaux vieux. — L'essence extraite des feuilles est plus riche en méthylanthranilate de méthyle, c’est-à-dire plus soluble que l’essence retirée des rameaux complets, et à plus forte raison que l'essence des tiges. En comparant les résultats analytiques obtenus dans l’examen des essences aux deux premiers stades considérés, on a vu que l'essence de feuilles, à l'inverse de l'essence de tiges, s'enrichissait en produit relativement soluble. On a constaté, en effet, que la première renfermait une proportion croissante de méthylanthranilate de méthyle, tandis que, au contraire, la seconde s’enrichissait sensiblement en composés terpéniques; car la teneur de l’essence des rameaux entiers en ces com-
* E. Charabot, 3, 1902, 3e série,, t. XXVII, p. 1117.
posés, a augmenté malgré que leur proportion ait diminué dans les feuilles.
Le poids absolu de méthylanthranilate de méthyle contenu dans chaque feuille augmente pendant le développement de celle-ci, tandis que le poids absolu de composés terpéniques diminue. Dans la portion de tige correspondant à une feuille , il y a à la fois augmentation du poids de méthylanthranilate de méthyle et augmentation du poids de terpènes.
Voyons maintenant de plus près de quelle façon s’effectue la distribution de ces substances. Chaque feuille gagne, entre les deux stades considérés et en ne tenant compte que de la portion de l’huile essentielle séparée par décantation,
i,o32 — o,856 = omsr, 176
de méthylantranilate de méthyle. Par contre, elle perd 0,239 — o, i48 = omgI',o9i de produits terpéniques. Il y a donc dans la feuille formation de méthylanthranilate de méthyle et dépense de terpènes (probablement départ à destination d'un autre organe).
La portion de tige correspondant à une feuille a gagné o,4i6 — oi4o = o mgr., 276 de méthylanthranilate de méthyle et 0,317 — o,o4i — omgr., 276 de terpènes. Le poids de terpènes gagné par la tige étant supérieur à celui perdu par la feuille, on peut conclure qu’i'Z y a eu formation d'une quantité nouvelle de ces corps; mais nous insistons bien sur le fait que la formation des composés odorants se ralentit par rapport à celle de la matière végétale totale.
L’ensemble des résultats obtenus concorde avec les
PLANTES VIVACES
précédents pour établir les relations déjà indiquées entre la feuille et la tige : les matières odorantes formées dans la feuille jeune sont en partie dissoutes et gagnent ainsi la tige par osmose; là, une portion relativement peu soluble est précipitée, alors que le reste continue son déplacement à destination d’autres organes. C’est ainsi que la solubilité de l’essence de tiges va en diminuant, puisque dans cet organe s’accumulent les produits les moins solubles. Quant à la feuille, elle continue de produire des matières odorantes; mais cette production va en se ralentissant.