VERVEINE
Jusqu’ici les recherches exposées ont porté, lorsqu’il s’est agi de plantes vivaces (le cas du Géranium excepté), sur des rameaux ne formant qu’une partie d’un ou de plusieurs pieds. Les études que MM. Ciiarabot et Laloue1 ont faites sur la Verveine (Verbénacées) ont eu pour but d’examiner à des stades différents dè la végétation un nombre déterminé de pieds complets. Elles ont en même temps permis d’envisager le cas d’une essence à constituant principal aldéliydique.
Formation et distribution de l’essence.
Des plantations de Verveine, effectuées en mars i9o5, ont donné lieu à deux coupes : l’une, le 16 septembre i9o5, au moment de la floraison; l’autre, le i octobre i9o5, après la fructification.
1 E. Chararot et G. Laloue, 1, 1907, 4e série, t. I, p. 640; 2, 1907, t. CXLIV, p. 808, et t. CXLV, p. 201.
PLANTES VIVACES
iCI Stade : Floraison. — La floraison était encore irrégulière. On a distillé séparément les racines, les tiges, les feuilles et les inflorescences, et constaté que l'inflorescence est un peu moins riche que la feuille en huile essentielle, contrairement à ce qui a lieu fréquemment à ce stade de la végétation.
D’autre part, il est intéressant de faire remarquer que, dans le cas actuel, la proportion d’essence contenue dans la tige s’est montrée particulièrement faible.
Examinant comment l’essence se trouve distribuée entre les divers organes d’un pied, on a vu que, au point de vue absolu, comme en proportion centésimale, c'est la feuille qui est l’ organe le plus chargé d'essence.
2° Stade : Après la fructification. — La proportion d'huile essentielle a presque doublé dans la matière sèche des racines et des tiges; elle a diminué dans les feuilles et surtout dans les inflorescences. Il y a eu également diminution dans la plante entière, ce qui correspond à une consommation, car il a été observé que la plante n’avait pas augmenté de poids depuis le stade précédent.
Entre les deux stades considérés, le poids d'essence s’est accru de 16 — io = 6 mgr. dans les racines eh de 16 — 8=8 mgr. dans les tiges de chaque pied. Par contre, les feuilles et les inflorescences ont perdu un poids sensible de produits odorants : les feuilles,
24a — 1 92 = 5o mgr. ;
les inflorescences, 77 — 56 = 2 1 mgr. Dans chaque pied il y a eu disparition de 337 — 280 = 67 mgr. d’huile essentielle. La plante a consommé , pendant la fécondation, une partie de ses principes odorants.
En examinant avec attention leurs résultats numériques, les auteurs ont pu remarquer que, chez la Verveine, la tige renferme un poids d’essence particulièrement faible par rapport à celui contenu dans la plante entière. Il en est de même pour l’inflorescence. Cette remarque mérite une attention particulière. On a déduit, d’expériences que nous indiquerons d’ailleurs plus loin, en ce qui concerne l’Absinthe, d’une part le rapport (A) entre le poids d’essence contenu dans la tige et celui contenu dans un pied entier, d’autre part le rapport correspondant (B) établi entre les inflorescences et un pied entier.
Ces rapports ont pris successivement les valeurs
suivantes :
Avant
Au début de
En pleine
A la fin de la floraison
la floraison.
la floraison.
floraison.
(nouvelle poussée).
Rapport (A)
Rapport (R)
TÔÔ’
Tôô '
Dans le cas actuel, celui de la Verveine, le rapport entre le poids d’essence contenu dans la tige et celui contenu dans un pied entier prend, aux deux stades
considérés , les valeurs — — et . Le même
ioo ioo
rapport, établi pour la comparaison des infloi’escences à un pied entier, s’élève à au premier stade
et à 20 au deuxième stade, ioo
Enfin, chez le Géranium étudié, où la fleur était très rare et ne pouvait par conséquent renfermer qu’une
PLANTES VIVACES
proportion infime de l’essence totale, la tige était précisément dépourvue de matière odorante.
Tous ces résultats montrent qu’en ce qui concerne les produits odorants, la part de l’inflorescence n’est pas indépendante de celle de la tige.
Tenant compte des résultats obtenus, on peut comparer la feuille et l’inflorescence à deux réservcfirs communiquant entre eux à l’aide d’une canalisation qui serait la tige. On conçoit aisément que le niveau du second réservoir soit d’autant moins élevé que la canalisation amène moins de matière, c’est-à-dire que la tige contient moins d’essence. Et lorsque la fleur ne renferme qu’une fraction faible ou nulle de l’huile essentielle de la plante, il est naturel que chez la conduite, formée par la tige , qui la relie à la feuille , se manifeste une circulation insignifiante ou nulle.
Ainsi se trouve confirmé le fait de la migration des produits odorants de la feuille vers l'inflorescence.
Répartitions successives des composés terpéniques entre les divers organes de la plante.
L’essence de Verveine renferme dès composés terpéniques, principalement du géraniol, et l’aldéhyde correspondante, le citral. Les différences qui se manifestent entre les deux époques considérées sont celles qui correspondent à l’accomplissement des fonctions de la fleur. Et il ne faudra pas perdre de vue qu’il s’agit là d’une période de consommation de matières odorantes. La conclusion la plus nette à laquelle conduise l’examen des résultats fournis par l’analyse des essences est relative à la teneur élevée de l'essence d’inflores-
cences en titrai (53.4 % au premier stade, au lieu de 35,4 % dans l’essence de feuilles). On constate, en même temps, que l’essence qui reste en dissolution dans les eaux de distillation est notablement plus riche en citral et plus pauvre en terpènes que l’essence qui se décante. En d’autres termes, l’essence d’inflorescences possède Ja composition d’un produit plus soluble que l’essence de feuilles. Pendant l’accomplissement des fonctions de la fleur, l’essence d’inflorescences s’enrichit en éther ; au contraire , sa teneur en citral diminue sensiblement. A ces variations correspond, on s’en souvient, une consommation importante de produits terpéniques. C’est donc principalement à cette consommation qu'il y a heu de les attribuer.
La composition de l’essence de feuilles ne subit pas, durant la même période, de variation sensible. En établissant le bilan de la plante en ce qui concerne les principes odorants, on constate que le poids de l’alcool libre et celui de l’alcool combiné n’ont subi aucune variation, tandis qu'il y a eu une consommation importante de dirai. On constate aussi une diminution du poids du citral dans les feuilles d’un pied, mais dans des proportions moindres. En somme, c’est principalement sur ce corps que porte la consommation.
Ainsi, une portion relativement soluble quitte la feuille, où l’essence a pris naissance, pour se rendre dans l’inflorescence. Et là sont consommés, au moment de la fécondation . une partie des produits odorants ; parmi ceux-ci c’est notamment le citral qui disparaît, probablement par voie d’oxydation.
Avant de passer à l’étude qui dpit suivre, nous devons remarquer que la teneur élevée de l'essence d’inflores-
PLANTES VIVACES
cences en citral peut être due en partie à ce que la modification qui donne naissance à cette aldéhyde est particulièrement active dans les organes en question. Mais elle doit être attribuée aussi en partie à un phénomène de migration : le citral est un principe relativement soluble, et l’on sait qu’un tel caractère a pour conséquence, au moment de la floraison, le transport de l’essence de la feuille à l’inflorescence.