‹ Le parfum chez la planteChapitre 80 sur 130 · ABSINTHE · texte numérisé non relu

ABSINTHE

Pour compléter leurs recherches, MM. Ciiarabot et Laloie 1 ont examiné le cas de l'Absinthe et suivi cette plante depuis son origine jusqu’à l’achèvement des fonctions de la fleur. Les semis ayant été faits au début du printemps i9o4 et les plantules repiquées à la fin mai, la floraison se produisit en juillet i9o5.

Formation et distribution de l’essence.

Ier Stade : 26 septembre i9o4, longtemps avant la floraison. — • Les racines ne renferment pas encore d'essence. Quant aux feuilles, elles en contiennent une proportion notablement plus élevée que les liges (proportion onze fois supérieure). Ce dernier résultat est tout à fait conforme à ceux que MM. Chahabot et Lalole avaient obtenus avec d’autres plantes.

Comme dans les cas examinés antérieurement, c’est

1 E. Charabot et Laloue, 1, 1907, 4e série, t. I, p. 280 et 483 ; 2, 1907, t. CXLIV, p. 152 et 435.

dans les feuilles que se trouve la quantité la plus importante d’essence.

2e Stade : io juillet i9o5, début de la floraison. — La racine , qui ne renfermait pas d’essence au premier stade, devient plus riche que la tige. Dans tous les organes, la proportion d’huile essentielle a augmenté. Chez la feuille elle a doublé. La formation de l’essence par rapport à la matière sèche assimilée entre le premier et le deuxième stade considérés est demeurée sensiblement la même qu’au début de la végétation. Si, malgré une proportion d’essence devenue plus notable partout, elle n’a pas varié dans la plante entière, c’est parce que se sont surtout développés les organes en contenant le moins.

Maintenant encore, parmi les divers organes, c’est la feuille qui renferme la plus grande quantité absolue d’essence.

Depuis le stade précédent, on constate que 61 mgr. d’essence se sont accumulés dans les racines de chaque pied ; de plus, les inflorescences, qui ont pris naissance récemment, en renferment 327 mgr. Chez chaque individu, le poids de l’huile essentielle s’est accru : dans les tiges, de i32 — 26 = 106 mgr. ; dans les feuilles, de 535 — 34i = i94mgr. ; dans la plante entière, de io55 — 367 = 688 mgr. Il y a eu, par conséquent , formation d’une quantité importante d’essence jusqu'au moment de la floraison. Mais cette formation coïncide avec un accroissement de la plante ; et il convient de ne pas oublier que la proportion des matières odorantes par rapport à la matière sèche est demeurée sensiblement la même qu’au premier stade.

3e Stade : 4 août i9o5 ,f oraison avancée. — L'accu -

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mutation de l’essence dans les racines devient de plus en plus importante . On n’avait pas constaté de fait semblable dans le cas d’une plante annuelle.

La proportion d’huile essentielle diminue sensiblement dans les tiges, dans les feuilles et surtout dans les inflorescences, ainsi que dans la plante entière. C’est donc au début du développement de la plante que se forment le plus activement les composés odorants.

Pour chaque pied on constate, depuis le stade précédent : i° qu’il s’est accumulé dans les racines 88 — - 6 1 = 27 mgr. d’essence; 2° que le poids d’essence a baissé de i32 — 106 — 27 mgr. dans les tiges, de 535 — 3oi = 234 mgr. dans les feuilles, de 327 — - 272 = 55 mgr. dans les inflorescences (et cela malgré un accroissement du nombre des inflorescences) , enfin de io55 — 766 = 289 mgr. dans la plante entière.

La conclusion est qu’il y a eu consommation de matières odorantes par suite du travail de la fécondation. Elle est identique à celle à laquelle les auteurs avaient été conduits dans le cas du Basilic.

Une remarque s’impose ici au point de vue positif, remarque relative à l’intérêt de choisir d’une façon judicieuse l’époque de la récolte des plantes à essences. Dans les expériences ci-dessus, selon que la récolte est effectuée le 10 juillet ou le 4 août, chaque pied fournit io55 mgr. ou seulement 766 mgr. d’essence; dans ce dernier cas, on subit donc une perte d’environ 28 °/0 du précédent rendement absolu. En d’autres termes, on arrive toujours à cette conclusion pratique qu'il y a intérêt à extraire l’essence avant que le travail de la fécondation ne soit accompli.

4e Stade : 2 septembre i9o5, floraison achevée. —

Les fleurs et les feuilles commençaient de se dessécher; mais un grand nombre de ces dernières provenaient d’une abondante poussée nouvelle qui s’était produite vers la base. Il y avait lieu de tenir compte de cette circonstance dans l’interprétation des résultats.

La proportion d’huile essentielle dans la racine a encore augmenté d’une façon considérable. Dans la matière sèche de la tige, la proportion d’essence a augmenté un peu ; dans la feuille sèche, elle n’a pas varié sensiblement. Dans l’inflorescence on constate une diminution ; mais si l’on examine la plante entière , on observe que celle-ci, par suite de la poussée nouvelle, s’est enrichie en essence après avoir subi des pertes notables.

En somme, l’accumulation de l’essence dans les racines continue. On en trouve, dans ces organes, io5 — 88=17 mgr. de plus qu’au stade précédent. Par contre, le poids d’essence dans la tige a diminué de io5 — 67 = 48 mgr., tandis que chez les feuilles on constate une augmentation de 558 — 3oi = 257 mgr., due à la poussée nouvelle, puisque la proportion de l’huile essentielle dans la matière sèche n’a pas varié. Dans les inflorescences, 272 — 2 18 = 54 mgr. d’essence ont disparu.

Si l’on trouve maintenant dans la plante entière une augmentation de 938 — 766 = 172 mgr. du poids de l’essence, c’est à l’apparition des feuilles nouvelles que cette production doit être attribuée.

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Répartitions successives des composés terpéniques entre les divers organes de la plante.

L’essence d’ Absinthe renferme notamment : du thuyol, partie à l’état libre, partie à l’état d’éther, et de la thuyone, cétone correspondant au thuyol.

Ier Stade : 26 septembre i9o4, longtemps avant la floraison. — On constatera, à tous les stades, que l’essence extraite des eaux renferme des proportions moindres de thuyol combiné et de thuyone , une proportion plus élevée de thuyol libre que l’essence séparée par décantation. Comparant l’essence de tiges à celle de feuilles, on a vu que celle-ci était un peu plus soluble que la première.

20 Stade : 10 juillet i9o5, début de la floraison. — Pendant l’intervalle compris entre le premier et le second stade considérés, il s’est formé du thuyol et de la thuyone.

3e Stade : 4 août i9o5, floraison avancée. — Comme on l’a constaté pour le Basilic , l’essence d’inflorescences est devenue plus soluble pendant l’accomplissement des fonctions de la fleur. Cette essence est, dans ce cas encore, plus soluble que celle des feuilles.

On a constaté que. pendant la fécondation, le poids d’essence diminuait et dans la feuille et dans l’inflorescence. Quel est, de ces deux organes, celui dans lequel s’effectue la consommation? Les résultats analytiques ont établi que c’était l’inflorescence. Ils ont montré, en effet, que la diminution du poids des composés terpéniques était particulièrement sensible pour le thuyol, tandis que dans les inflorescences le poids

de ce même principe, qui est relativement soluble, augmentait malgré une diminution de la quantité d’essence. Il y a donc lieu de penser, comme nous l’avons fait jusqu’ici, qu’un mélange relativement soluble est déversé de la feuille dans la fleur. Dans ces conditions, il faut qu’il y ait chez la fleur une consommation active au moment de la fécondation pour que , en dépit de l’apport fait par la feuille , elle subisse encore une perte.

4e Stade : 2 septembre i9o5 , floraison avancée. — Il ne faut pas oublier que, entre le troisième et le quatrième stade considérés , une abondante poussée s’est produite apportant des feuilles nouvelles et venant par conséquent rajeunir la plante.

Tous les principes odorants qu’on a dosés ont continué de s’accumuler dans la racine, tandis que la tige, au contraire, a continué de se vider.

Dans la feuille , le poids de tous les composés terpéniques augmente par suite de la nouvelle poussée. L’essence continue de disparaître partiellement de l’inflorescence. Remarquons bien, en effet, qu’il s’agit toujours ici des mêmes organes, aucune inflorescence ne s’étant formée sur les jeunes pousses. La disparition d’essence constatée dans l'inflorescence est maintenant différente de celle observée durant la précédente période, car cette fois la perte relative est supportée principalement par le thuyol libre, c’est-àdire par le constituant le plus soluble parmi ceux qui ont été dosés. L’huile essentielle paraît donc retourner en partie dans les organes verts, lorsque la fleur a achevé d’accomplir ses fonctions. La même conclusion a été formulée dans le cas du Basilic.

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Conclusions.

En résumé, les observations de MM. Charabot et Laloue permettent de formuler les conclusions suivantes :

La matière odorante apparaît dans les organes verts jeunes.

Elle continue de se former et s’accumule jusqu’à la floraison, mais avec une activité qui se ralentit d’une façon plus ou moins sensible.

Elle se rend de la feuille dans la tige et, de là, dans l’inflorescence, obéissant aux lois de la diffusion : une partie entre en dissolution et, par osmose, pénètre dans la tige. En arrivant dans un milieu déjà saturé de produits analogues, une portion se précipite, tandis que le reste, qui forme un mélange relativement soluble, continue de se diffuser à travers les membranes, pour se rendre dans les organes de consommation, en particulier dans les inflorescences.

En même temps que s’accomplit- le travail de la fécondation, une certaine quantité d’huile essentielle est consommée dans l’inflorescence. Il est possible et même probable que les organes verts produisent en même temps de nouvelles quantités de matières odorantes ; l’expérience permet seulement de constater que la différence entre la production et la consommation se chiffre par une perte au moment de l’accomplissement des fonctions de la fleur.

La conséquence pratique de cette dernière conclusion est que la récolte des plantes à parfums devra être

effectuée un peu avant cette consommation, c’est-à-dire avant l’acte de la fécondation.

Cet acte accompli , les principes odorants paraissent redescendre dans la tige et d’une manière générale dans les organes autres que la fleur, migration provoquée probablement par la dessiccation des inflorescences qui entraîne , toutes choses égales d’ailleurs , une augmentation de la pression osmotique et une précipitation partielle, sur place , des principes les moins solubles.

Il importe maintenant de relier les notions que les recherches chimico- physiologiques de MM. Charabot et Laloue nous ont fait acquérir, avec les résultats de l’étude anatomique que nous avons faite dans le chapitre précédent.

Nous venons de dire que, d’après MM. Charabot et Laloue, les produits odorants circuleraient dans la plante soit sous forme de solutions aqueuses, soit sous des formes de transport. Ils pénétreraient ainsi de proche en proche de la feuille, leur lieu d’élaboration, vers toutes les parties de la plante. Ils pourraient, en certains points particuliers, déjà saturés d’huile essentielle, se précipiter, et ce sont ces points que nous nommons cellules sécrétrices, canaux sécréteurs, etc. Cette grande facilité de transport, la solubilité évidente dans l’eau (solubilité plus ou moins grande) des produits odorants, nous conduisent à ne pas adopter, telles que les ont présentées leurs auteurs , les vues de M. Tschirch et de ses élèves. Il n’y aurait pas non plus à envisager de sécrétion proprement dite, mais un dépôt d’essence dans certaines cellules qui auraient la propriété de précipiter de leurs dissolutions aqueuses les

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formes dissoutes, ou de détruire les formes de transport. C’est donc sous l’une de ces deux formes que les huiles essentielles traverseraient les membranes des cellules à essence ou des cellules actives des appareils sécréteurs. Dans ce cas , le rôle de la membrane mucilagineüse , à laquelle M. Tschirch donne le nom de couche résinogène, s’expliquerait mal , ou du moins devrait- on lui retirer la plus grande partie de son importance dans les phénomènes de précipitation des essences.

Enfin les organes qui contiennent les essences devraient cesser d’être désignés sous le nom d’organes de sécrétion, pour être désignés sous le nom de réservoirs. Déjà, d’ailleurs, l’école allemande a désigné ces organes sous le nom de Sekretbehàlter , Harzbehàlter , et il semble qu’il serait plus logique de les appeler en français : cellules à huiles essentielles, de même que l’on dit cellules à tanins, réservoirs à huiles essentielles, au lieu de canaux et poches sécrétrices.

Quoi qu’il en soit, il semble nécessaire, pour poursuivre plus avant l’étude de ces phénomènes, que le botaniste s’arme de réactifs véritablement micro-chimiques des principales substances contenues dans les huiles essentielles. C’est dans cette voie qu’il faudrait chercher, à notre avis, la vraie méthode d’analyse botanique des phénomènes de transport et de dépôt des matériaux constitutifs des essences.

Les produits odorants chez la fleur isolée.

La question de la formation et de la circulation des composés odorants vient d’être examinée dans le cas le plus général, celui où la matière odorante n’apparaît pas seulement dans la fleur, mais bien dans d’autres organes et, en particulier, dans l’appareil chlorophyllien. D’autre part, la plante a été considérée dans l’ensemble de ses organes à divers stades d’une vie et d’une évolution normales. M. Hesse a envisagé une autre question fort intéressante, celle de l’apparition du parfum chez la fleur préalablement séparée de la plante et livrée par conséquent à ses seules ressources.

Il y a quelques années, J. Passy 1 émit l’hypothèse que certaines fleurs coupées, la fleur de Jasmin, par exemple, sont susceptibles de produire du parfum si on les maintient dans des conditions qui en prolongent la vie. Partant de cette idée, M. À. Hesse a déterminé la quantité de matière odorante fournie par différentes fleurs selon le procédé d’extraction employé , tel procédé arrêtant brusquement la vie de la fleur et par conséquent fournissant uniquement l’essence accumulée lors du traitement, tel autre procédé prolongeant au contraire la vie de la fleur et permettant de capter, en plus du parfum déjà formé au moment où l’expérience commence, celui qui se formera éventuellement au cours de celle-ci. Remarquons bien qu’il s’agit ici de fleurs séparées de la plante.

J. Passy, 1895, t. CXXI, p. 783.

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