‹ Le parfum chez la planteChapitre 8 sur 130 · P MF P' — M F · texte numérisé non relu

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APPLICATION DU PHÉNOMÈNE DE LA DISTILLATION A L’EXTRACTION DES ESSENCES

On peut résumer d’une façon plus simple les théories que nous venons d’exposer succinctement. Lorsqu’on chauffe dans le même vase deux substances non miscibles, chacune d’elles émet des vapeurs indépendam-

1 Naumann, 1877, t. X, p. 1421.

DISmi.ATlOiN

ment de l’autre. Les effets des tensions de ces vapeurs s’ajoutent alors pour vaincre la pression qui, s’exerçant à la surface du liquide, s’oppose à leur ascension. Et, par conséquent, l’ébullition simultanée de deux substances insolubles l’une dans l’autre se pi’oduit à une température inférieure même au point d’ébullition de la substance la plus volatile.

Si donc on ajoute à une essence que l’on veut distiller une certaine quantité d’eau, les deux substances, essence et eau, distilleront simultanément à une température inférieure à 100" sous la pression normale. Dans ces conditions, l’huile essentielle ne subira pas d’altération trop profonde et ne sera accompagnée d’aucun produit de pyrogénation.

Le procédé de la distillation employé industriellement pour extraire les matières odorantes consistera donc à chauffer dans un alambic, avec un certain poids d’eau, la fleur ou les autres parties de la plante renfermant le parfum , à condenser dans un serpentin réfrigérant le mélange de vapeurs d’eau et d’essence qui passe, et à l’ecueillir les deux liquides condensés. Ces deux liquides, pratiquement insolubles l’un dans l’autre, se disposeront en deux couches qu’il suffira de séparer. On aura ainsi une huile essentielle , et des eaux de distillation qui retiendront une proportion plus ou moins grande d’essence selon la solubilité de celle-ci. Nous dirons plus loin un mot de ces eaux.

Le chauffage était jadis effectué au bois ou au charbon, à feu nu. C’est d’ailleurs de cette façon que l’on distille encore aujourd’hui dans la montagne, à l’aide d’alambics portatifs, certaines plantes à essences qui ne peuvent être transportées dans des usines.

Mais, dans les manufactures, on chauffe à l’aide de la vapeur, ainsi que nous allons l’indiquer.

PERFECTIONNEMENTS APPORTÉS AU PROCÉDÉ DE LA DISTILLATION AVEC LA VAPEUR d’eAU

Le principal perfectionnement apporté au procédé de la distillation consiste, ainsi que nous venons de le dire, dans le chauffage à la vapeur d’eau. Celle-ci peut être amenée directement dans l’alambic contenant les matériaux à essence et de l’eau. Elle est alors conduite par une spirale perforée de façon à se répartir dans toute la niasse.

Le chauffage peut aussi s’effectuer en amenant la vapeur dans l’enceinte limitée par un double fond entourant l’appareil distilla toire.

Les applications que l’on peut faire de la distillation avec la vapeur d’eau sont extrêmement variées, ainsi d’ailleurs que les dispositifs que l’on peut concevoir en vue de ces applications. Les essences ne sont pas toujours extraites d’organes végétaux, on a quelquefois à les séparer d’avec des produits résineux non volatils. Et souvent se pose le problème de la séparation de substances de volatilités différentes. En nous plaçant à un point de vue général , nous pouvons dire que l’opération est susceptible de s’effectuer de deux façons :

i° Les deux substances non miscibles (essence et eau, par exemple) sont chauffées dans un même appareil distillatoire , où elles se disposent en deux couches superposées.

2° Les deux substances étant contenues dans des

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vases différents, l'une d’elles est soumise à l’ébullition, et ses vapeurs sont dirigées au sein de la seconde.

Examinant tout d’abord la première disposition, MM. E. Charabot et J. Rociierolles1 ont fait les observations suivantes :

Le t'apport entre le poids d’un corps et le poids d’eau qui distillent simultanément croît avec la température lorsqu’il s’agit d’un produit pour lequel ce rapport est inférieur à l’unité. Il décroit, au contraire, lorsque la température augmente, s’il s’agit d’un corps pour lequel ce rapport est supérieur à l’unité.

Dans le premier cas, il y aura donc intérêt à élever la température d’ébullition simultanée des deux corps par [un accroissement de pression à la surface de la masse liquide. Dans le second cas, il sera avantageux de réduire cette pression.

MM. Charabot et Rocherolles2 ont aussi étudié le second dispositif : les deux substances sont contenues dans des vases différents; l’une d’elles est soumise à l’ébullition, et sa vapeur est dirigée au sein de la seconde. Si l’on maintient la substance (l’essence) traversée par la vapeur du corps le plus volatil (l’eau dans le cas qui nous occupe) à une température inférieure à la température à laquelle se produit l’ébullition simultanée des deux liquides, cette vapeur se condensera ; on aura alors deux liquides non miscibles superposés, et la vapeur qui arrivera fournira la chaleur nécessaire pour produire l’ébullition simultanée des

1 E. Charabot et J. Rocherolles, 1904, 3e série, t. XXXI, p. 534.

2 E. Charabot et J. Rocherolles, 1904, 3e série, t. XXXI, p. 537.

deux substances. On sera ainsi ramené au cas correspondant au premier dispositif.

Le phénomène prend une tournure toute différente lorsque la température à laquelle on maintient la substance la moins volatile (l’essence) est supérieure à celle à laquelle les deux corps entreraient simultanément en ébullition s’ils se trouvaient dans un même vase. Dans ce cas. la substance la plus volatile seule entre en ébullition, les vapeurs émises par l’autre étant constamment entraînées. On se trouve en présence d’un cas très intéressant, en ce sens que l’on peut facilement faire varier entre des limites très étendues les proportions relatives des deux corps que l’on distille en même temps. Le rapport entre le poids de la substance la moins volatile et celui de la substance la plus volatile que l’on recueille simultanément augmente : i° lorsque croît la température à laquelle on maintient la première substance, 2° lorsque décroît la pression qui règne dans l’appareil. On peut donc aisément distiller avec un courant de vapeur d’eau une substance non miscible à l’eau et la recueillir en proportion abondante en la chauffant convenablement et en opérant sous pression réduite.

L’étude de MM. Charabot et Rocherolles donne le moyen de préciser les conditions dans lesquelles doit être effectuée , selon le but que l’on poursuit, la distillation avec la vapeur d’eau. Elle a permis d’apporter aux procédés de la distillation de nombreux perfectionnements ; en particulier, elle a conduit à des applications nouvelles et avantageuses de la distillation avec la vapeur d’eau dans le vide.

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