LE PARFUM CHEZ LA FLEUR DE JASMIN
Une première étude faite sur le Jasmin a montré1 que le produit extrait au moyen des dissolvants volatils ne renferme ni anthranilate de méthyle, ni indol. Or M. Hesse a précisément caractérisé ces corps dans l’essence provenant de l’épuisement des pommades de Jasmin. On sait, d’autre part, que la pommade de Jasmin s’obtient par enfleurage à froid , c’est-à-dire en abandonnant pendant vingt- quatre heures les fleurs au contact de la graisse froide. Dans ces conditions, on peut admettre que les fonctions vitales continuent de s’exercer, tandis que, lors de l’épuisement au moyen de l’éther de pétrole, la vie de la fleur est immédiatement arrêtée. Aussi M. Hesse a-t-il conclu de son observation que F anthranilate de méthyle et l’indol prennent naissance pendant l’enfleurage, c’est-à-dire après la cueillette de la fleur. D’ailleurs, dans une publication ultérieure, le même savant2 a fait connaître les résultats suivants : i° par enfleurage, les fleurs de Jasmin fournissent environ dix fois plus d’essence que par extraction au moyen des dissolvants volatils ; 2° l’anthranilate de méthyle existe réellement dans l’essence extraite de la pommade et paraît se former après la cueillette de la fleur.
M. Erdmann3 a bien signalé la présence de l’anthranilate de méthyle dans l’essence extraite du produit de
1 A. Hesse, 1900, t. XXXIII, p. 1585.
a A. Hesse, 1901, t. XXXIV, p. 291.
3 Erdmann, 1901, t. XXXIV, p. 2281 et 1902; t. XXXV, p. 28.
l’épuisement des fleurs au moyen de l’éther de pétrole et combattu les conclusions de M. Hesse ; mais, en réalité, il n’a pas effectué d’essais comparatifs entre les divers procédés d’extraction, et le dernier mot reste à M. Hesse1, dont les résultats que nous allons indiquer confirment, en les précisant, les observations antérieures.
L’auteur a soumis différents lots de fleurs aux divers traitements : i° extraction au moyen des dissolvants volatils ; 2° distillation avec la vapeur d'eau et épuisement des eaux distillées; 3° enfleurage, distillation des fleurs retirées des châssis et épuisement des eaux de distillation. Les résultats qu’il a obtenus peuvent être ainsi résumés et interprétés.
Un fait est particulièrement frappant. Après avoir fourni par enfleurage une quantité importante de matière odorante, les, fleurs de Jasmin en emportent autant qu’elles en renfermaient avant l’opération. De plus, les différences des essences au point de vue de leurs teneurs en antbranilale de méthyle et en indol sont considérables. L’essence obtenue par distillation est analogue à celle provenant des extraits au moyen de l’éther de pétrole ; elle renferme cependant i , 5 °/0 d’anthranilate de méthyle, mais pas cl’indol. L’essence extraite de la pommade contient o, 2 4 — o, 3 °/0, d’anthranilate de méthyle et environ 2,5 °/0 d’indol. Que l’opinion de M. Erdmann sur la présence de l’anthranilate de méthyle dans l’essence retirée des produits par la méthode des dissolvants volatils soit justifiée ou non. il résulte nettement des expériences de M. Hesse
1 A. Hesse, 1901, t. XXXIV, p. 2916.
que la fleur , pendant l’enfleurage, c’est-à-dire lorsqu'on prolonge sa vie après la cueillette, est susceptible de produire une nouvelle quantité ‘d’essence. Dans une publication ultérieure, ce dernier chimiste1 annonce qu’il a obtenu avec les fleurs de Jasmin, par épuisement au moyen des dissolvants volatils, un rendement double de celui qu’il a indiqué précédemment. Il en résulte que le procédé par enfleurage ne donne pas dix fois plus d’essence que l’extraction, mais seulement cinq fois plus. Cela ne modifie nullement la conclusion relative à la formation d’une certaine quantité d’essence pendant l’enfleurage, conclusion qui d’ailleurs se trouve confirmée par des essais effectués sur la Tubéreuse. M. A. Hesse pense que l’anthranilate de méthyle et l’indol. en particulier, n’existent pas à l’état libre dans les fleurs de Jasmin. Ces corps s’y trouvent à l’état de combinaisons complexes se dédoublant aisément soit au cours de la distillation, soit pendant l’enfleurage.