LE PARFUM CHEZ LA FLEUR DE TUBÉREUSE
La Tubéreuse appartient, comme le Jasmin, à la catégorie de plantes dont la fleur est le seul organe odorant.
M. A. Hesse2 a fait avec la fleur de Tubéreuse des expériences analogues à celles qu’il a effectuées avec la fleur de Jasmin.
Ses résultats lui ont montré qu’il se formait pendant l’enfleurage environ douze fois autant d’essence qu'il en
1 A. Hesse, 1904, t. XXXVII, p. 1457.
2 A. Hesse, 1903, t. XXXVI, p. 1459.
existait primitivement dans la fleur. De plus, les fleurs retirées des châssis avaient conservé encore une certaine quantité d’huile essentielle : i ooo kgr. de fleurs fournissent par distillation, après enfleurage, 78 gr. d’essence, poids peu différent de celui qu’elles contenaient préalablement. L’analyse a montré que l’essence retirée par enfleurage se différencie de celle que l’on sépare du produit d’extraction par les dissolvants volatils, par sa plus forte teneur en anthranilate de méthyle et parla présence de salicylate de méthyle.
Il est donc hors de doute que des produits odorants prennent naissance pendant que se prolonge la vie de la plante. Mais il y a lieu de bien remarquer dès à présent que cette formation a été observée au cours d’expériences durant lesquelles la fleur a constamment cédé de l’huile essentielle à la graisse, et qu’elle a conservé à la fin à peu près autant de matière odorante qu’elle en renfermait au début. Cette remarque nous suggérera plus loin des réflexions relatives au mécanisme de la formation des matières odorantes chez les plantes.
LE PARFUM CHEZ LA FLEUR d’oRANGER
En appliquant à la Heur d’Oranger les diverses méthodes d’extraction : distillation, épuisement au moyen des dissolvants volatils, macération, enfleurage, MM. A. Hesse et O. Zeitschel1 ont constaté que c’est la distillation qui fournit les meilleurs résultats quantitatifs. Par ce procédé, le rendement pour 1000 kg.
1 A. Hesse et O. Zeitschel, 190J , 2« série, t. LXIV, p. 245.
de fleurs a été de 800 gr. d’essence séparée par décantation et d’environ 4oo gr. de produit retenu par les eaux de distillation. Au moyen des dissolvants volatils, les auteurs ont obtenu une matière qui a fourni, pour 1000 kgr. de fleurs, environ 600 gr. d essence. Toujours en rapportant les résultats à 1 000 kg. de fleurs, ils ont obtenu, à l’aide de la pommade préparée par macération, 4oo gr. d’essence, et, à l’aide de la pommade préparée à l’enfleurage, moins de 100 gr. de matière odorante. Il est vrai que les fleurs soumises à la macération et celles traitées par enfleurage emportaient encore de l’essence qui ne se trouve pas comptée dans les rendements indiqués. Toutefois les résultats fournis par cette étude démontrent bien que, à l’inverse de ce qui a lieu pour le Jasmin et la Tubéreuse, la fleur d’Oranger ne continue pas de produire du parfum lorsqu’on prolonge sa vie.
Conclusions.
Il existe donc, ainsi que le pensait J. Passy et que l’a démontré M. A. Hesse, deux catégories de fleurs : les unes, continuant de fournir de la matière odorante lorsqu’elles sont placées dans des conditions telles que leurs fonctions vitales puissent s’exercer encore ; les autres, renfermant à l’état de liberté la totalité de leurs principes odorants et incapables dès lors d’en produire à nouveau, même si l’on n’arrête pas leur vie. Au point de vue pratique, il y a lieu de conclure que l’enfleurage est le procédé d’extraction le plus rationnel pour les premières et le moins avantageux, au contraire, pour les secondes. M. A. Hesse émet l’hypothèse fort
plausible de la formation , dans le premier cas , des matières odorantes par dédoublement de certaines combinaisons, peut-être des glucosides. Nous généralisons plus loin cette hypothèse en nous appuyant sur l’ensemble des faits connus. Pour arriver précisément à cette généralisation, nous pourrons invoquer de nombreux exemples de formation de matières odorantes par dédoublement de glucosides.
La formation du parfum chez la plante.
Formation de produits odorants par dédoublement de glucosides.
1 s On a désigné tout d’abord sous le nom de glucosides des principes immédiats extraits des plantes et susceptibles de se dédoubler sous l’influence d’agents spéciaux appelés ferments solubles, diaslases ou enzymes, ou bien encore sous l'influence des acides étendus ou des alcalis, en glucose et en composés très variés (alcools, phénols, aldéhydes, etc.). Plus tard on a étendu cette désignation à des principes immédiats fournissant, par dédoublement. d’autres sucres que le glucose.
Tous les glucosides naturels sont envisagés depuis longtemps comme les éthers-oxydes des aldoses ou des cétoses. Nous décrirons ceux qui donnent naissance, par dédoublement, à des matières odorantes.
Le dédoublement des glucosides par les ferments solubles ne fournit pas toujours les mêmes produits que leur dédoublement par les acides.
Dans les parties des plantes où l’on constate la présence des glucosides, on trouve fréquemment des
enzymes sous l’influence desquels ces éthers se dédoublent en mettant en liberté le sucre. Les enzymes des glucosides sont généralement enfermés dans des cellules spéciales qui les séparent des substances sur lesquelles ils peuvent agir. Ils offrent cette particularité qu’ils sont capables de dédoubler non pas un seul corps, non pas indifféremment tous les glucosides, mais un certain nombre d’entre eux.
Multiples sont les exemples de plantes susceptibles de fournir des produits odorants par dédoublement de glucosides bien définis. Parmi les composés odorants dont une semblable production se trouve jusqu’ici démontrée, on rencontre, il est juste de le reconnaître, une majorité de substances non terpéniques. Mais, ainsi que nous aurons l’occasion de le voir, les composés terpéniques s’y trouvent aussi représentés. Au surplus, on y voit figurer les fonctions chimiques les plus variées. Passons en revue les principaux d’entre eux.