I . COMPOSÉS NON-TERPÉNIQl ES
Nous mentionnerons, parmi les composés non-terpéniques dont la formation dans certains végétaux est due au dédoublement de glucosides : un éther, le salicylate de méthyle ; un phénol, Yeugénol; des aldéhydes, Valdéhyde benzoïque, l 'aldéhyde salicylique et la vanilline ; une lactone, la coumanne ; des nitriles, Yacide cyanhydrique (nitrile formique) et le nitrile phénylacétique ; des isosulfocyanates , tels que Y essence de moutarde (isosulfocyanate d’allyle).
Formation de salicylate de méthyle.
La gaulthérine et la bétulase (gaulihérase). — Proc-
ter1 avait annoncé que l’essence de Bouleau ( Betula tenta L.) contenait un glucoside, et MM. A. Schneegans et J.-E. Gerock2 ont réussi à isoler ce principe tant du Gaultheria procumhens L. que du Betula lenta L.
L’enzyme susceptible de dédoubler la gaulthérine est connu sous le nom de bétulase ou gaulthérase* . Il est soluble dans l’eau et résiste à peu près à l’action de la chaleur et du chlorure mercurique.
La gaulthérine répond à la formule CuH1808. Elle cristallise en aiguilles se décomposant à i4o° sans fondre. Elle réduit à chaud la liqueur cupro-potassique de Fehling. Par hydrolyse, elle fournit du glucose et du salicylate de méthyle :
Cette hydrolyse s’effectue sous l’action des acides minéraux dilués, de la baryte, de l’eau à x3o-i4o° en
duisent pas.
Dans la nature, avons-nous dit, le salicylate de méthyle se forme par hydrolyse de la gaulthérine sous
1 Procter, 1843, t. XV, p. 241 et 1872; t. XLIV, p. 249.
2 A. Schneegans et J.-E. Gerock, 1,1894, t. CCXXXII, p. 437.
3 Schneegans, 1893, t. XXIII, p/ 17 ; et Bourquelot, 1894,
t. CXIX, p. 802.
COOCH3 *
vase clos. La diastase, la salive et l’émulsine ne la pro-
l’influence de la bétulase. M. Bourquelot1 a encore établi ce fait pour un certain nombre d’espèces de Polygala. En outre, M. H. Kræmer avait constaté que, lorsqu’on les froisse, les jeunes pousses de Pensée ( Viola tricolor L.) développent une odeur de salicylate de méthyle. M. A. Desmoulière2 3 a démontré que, là encore, le salicylate de méthyle n’existe pas à l’état de liberté. Il provient du dédoublement d’un glucoside qui est identique à la gaulthérine.
Il est probable que la formation de salicylate de méthyle chez la Tubéreuse au cours de l’enfleurage est due à un mécanisme du même genre.
Diffusion du salicylate de méthyle dans le règne végétal. — M. van Rombürgh a constaté que le salicylate de méthyle est plus répandu encore qu’on ne le croit dans le règne végétal. Sur 9oo plantes examinées par lui, 160 en contenaient. Mais, tandis que les produits de la distillation des feuilles fraîches de certaines de ces plantes ne donnaient pas la réaction de l’éther en question, cette réaction se manifestait quand on distillait ces mêmes feuilles le lendemain de leur cueillette. Il en résulte que le salicylate de méthyle n’y est pas contenu à l’état libre, mais sans doute sous forme de glucoside, comme dans les cas examinés plus haut. Ce fait paraît assez général pour que l’étude de la diffusion du salicylate de méthyle dans le règne végétal corresponde à peu près à celle de la diffusion du glucoside qui l’engendre et trouve dès lors sa place ici.
En i898, M. Kremers et Mlle Martha M. James5
1 Bourquelot.
2 A. Desmoulière, 1904, 6e série, t. XIX, p. 121
3 Kremers et Martha M. James, 1898, t. XVI, p. 100.
ont consigné dans un tableau toutes les plantes dans lesquelles on avait pu, jusqu’alors, déceler le salicylate de méthyle. Depuis, cette liste a été considérablement augmentée. Voici la nomenclature des familles dans lesquelles on rencontre des végétaux plus ou moins riches en salicylate de méthyle :
Acanthacées, Artocarpacées, Apocynacées, Asclépiadacées, Bétulacées, Bixacées, Bignoniacées, Burséracées , Caprifoliacées , Célastracées , Chrysobalanacées, Composées, Dilléniacées , Ebénacées, Éricacées, Erythroxylacées , Euphorbiacées, Graminées, Lauracées, Légumineuses, Liliacées, Méliosmacées , Ménispermacées, Myristicacées, Myrsinacées, Myrtacées, Oléacées, Polygalacées, Pyrolacées, Rhamnacées, Rosacées, Rubiacées, Rutacées, Samydacées, Sapindacées, Sapotacées, Staphyléacées , Styracées, ïiliacées, Ternstrœmiacées, Violacées.
Formation d’eugénol.
La fjêine et la yéase. — Si l’on arrache un pied de Benoîte ( Geum urbanum L.) avec précaution, de façon que la racine reste intacte, on peut constater que celleci ne présente pas d’odeur. Mais si ensuite on la froisse entre les doigts et si l’on attend quelques instants, l’odeur caractéristique se manifeste. C’est là une particularité qui rappelle ce que l’on sait au sujet d’essences ne préexistant pas dans la plante, mais prenant naissance par suite de l’action d’une diastase sur un glucoside (E. Bourquelot et H. Hérissey1).
1 Bourquelot et Hérissey, 1905, t. CXL, p. 870.
MM. Bourquelot et Hérissey ont donné à ce glucoside le nom de géine. Ils ont isolé aussi l’enzyme capable de dédoubler la géine et l’ont appelé géase.
Le composé odorant de la racine de Benoîte provient du dédoublement de la géine. En effet, lorsqu’on ajoute à la solution d’extrait, qui est dextrogyre et légèrement réductrice, de la poudre fermenlaire, on constate, corrélativement à la formation d’essence, une augmentation du pouvoir réducteur et de la déviation (formation d’un sucre droit, vraisemblablement du glucose).
MM. Bourquelot et Hérissey ont démontré, de plus, que le composé odorant est l’eugénol.
L’enzyme est un enzyme particulier. En effet, aucun des ferments essayés par les auteurs (émulsine, invertine, ferments du Sterigmatocystis nigra v. Tgh.) n’est susceptible de dédoubler le glucoside. Il n’a été rencontré que dans la Benoîte, bien qu’il ait été recherché dans plusieurs plantes fournissant de l’eugénol.
Formation simultanée d'un principe aldéhydiqae (aldéhyde benzoïque notamment) ou cétonique et d'acide cyanhydrique.
L’amygdaline et V émulsine ou synaptase. - — En i83o, Robiquet et Boutron - Ciiarlard 1 constatèrent que l’essence ne préexistait pas dans l’amande amère, que la présence d’eau était indispensable à son développement (fait que Planche, Henry et Guibourt avaient déjà observé), et qu’elle ne se produisait qu’en présence d’une autre substance contenue dans les amandes. Ils
1 Robiquet et Boutron- Ch ari.ard, 1830, t. XLIV, p. 352.
isolèrent le principe susceptible de fournir l’essence et lui donnèrent le nom d ’amygdaline. La composition de ce corps, ainsi que ses propriétés, furent étudiées par Liebig et Woehler 1 .
La réaction caractéristique de l’amygdaline est son dédoublement avec formation de glucose (deux molécules), d’aldéhyde benzoïque et d’acide cyanhydrique :
C20H27NO11 + 2H2O = 2C6H12O64-C6H5 . CHO-f H . CN
Ce dédoublement s’effectue sous l’influence du ferment, Yémulsine 2, qui se trouve dans l’amande. Il a lieu aussi sous l’influence des acides chlorhydrique ou sulfurique étendus et bouillants.
Dans la plante, l’amygdaline n’est souvent pas dédoublée; c’est qu’elle se trouve alors séparée de l’émulsine.
L’amygdaline a été encore obtenue cristallisée en partant d’un certain nombre de semences de Rosacées, telles que les graines de Cerisier, de Prunier, de Pommier, de Pêcher, etc., et tout récemment par M. Hérissey3 en partant de celles du Néflier du Japon ( Eriobo trya japonica Lindl.).
Prulaurasine. — Lehmann4 avait proposé, pour désigner le glucoside des feuilles de Laurier-cerise, obtenu à l’état amorphe, le nom de « laurocérasine ». Les recherches plus récentes de M. Jouck5 n’avaient abouti qu’à l’obtention d’une matière amorphe, dont
1 Liebig et Woehler, t. LXIV, p. 185.
2 Robiquet, t. XXIV, p. 326.
3 Hérissey, 1, 1906, 6e série, t. XXIV, p. 350.
4 Lehmann, 1885, t. XXIV.
s Jouck, 1905, t. CCXLIII, p. 421.
la formule ne put être exactement établie. Mais, plus heureux, M. Hérissey1 est arrivé à isoler des feuilles de Laurier-cerise et de celles du Cotoneaster microphylla Wall, un glucoside cristallisé, auquel il a donné le nom de prulaurasine.
La prulaurasine cristallise en aiguilles incolores fusibles à 120-122°, et répondant à la formule
CuH17N06.
Elle est lévogyre. L’émulsine la dédouble en glucose (une molécule), aldéhyde benzoïque et acide cyanhydrique, selon l’équation :
C14H17NO° -f- H20 = C°H120G -f CGHS . CHO -f H . CN.
C’est un isomère de la sambunigrine que nous allons étudier; mais elle en diffère par ses solubilités, son point de fusion et son pouvoir rotatoire.
Sambunigrine. — M. Guignard2 a pu retirer de l’acide cyanhydrique du sureau noir ( Sambucus nigra L.) et constater que ce corps existe non à l’état de liberté, mais sous forme de glucoside. La combinaison cyanhydrique du sureau est différente de l’amygdaline. Elle est dédoublée par un enzyme se comportant comme une émulsine, accompagnant le composé dédoublable dans la feuille et dans l’écorce verte et existant seul dans les racines.
La présence d’un glucoside cyanhydrique dans le sureau noir a été confirmée par MM. E. Bourquelot et E. Danjou3, qui ont constaté en même temps que
1 Hérissey, 2, 1905, t. CXLI, p. 959 ; 1, 1906, 6e série, t. XXIII, p. 5, et t. XXIV , p. 537.
2 Guignard, 2, 1905, t. CXLI, p. 17.
3 E. Bourquelot et E. Danjou, 1, 1905, t. CXLI, p. 59.
le dédoublement de cette substance donne une aldéhyde dont MM. L. Guignard et J. Houdas1 ont démontré l’identité avec l’aldéhyde benzoïque. MM. E. Bourquelot et E. Danjou2 ont isolé ensuite le glucoside en question et constaté qu’il s’agit d’un corps nouveau, auquel ils ont donné le nom de sambunigrine .
La sambunigrine cristallise en longues aiguilles incolores fusibles à i5i-i52°. Elle est léArogyre. Sa formule est CuHl7N08. L’émulsine l’hydrolyse en donnant du glucose (une molécule) , de l’aldéhyde benzoïque et de l’acide cyanhydrique :
CuH17]N06 + IPO — C6Hl2Oc + CCH3 . CHO + H . CN. .
Dhurrine. — Tous les glucosides que nous venons de passer en revue fournissent, par dédoublement, en même temps que du glucose et de l’acide cyanhydrique, de l’aldéhyde benzoïque. La clhurvine retirée par MM. Dünstan et Henry3 des jeunes pousses du Sorgho vulgaire (grand Millet, appelé en Egypte Dhurra shirshabi ) , dont la toxicité est connue depuis longtemps des agriculteurs indigènes, se dédouble, sous l’influence d’un enzyme, apparemment identique à l’émulsine, en donnant du glucose, de l’acide cyanhydrique et de l’aldéhyde para-oxy benzoïque.
Ce glucoside, obtenu bien cristallisé, possède la formule CuHirN07.
La plante, séchée à l’air et mesurant 3o — 35 cm. de hauteur, a fourni par kilogramme jusqu’à plus de 2 gr. d’acide cyanhydrique.
1 L. Guignard et J. Houdas, 1905, t. CXL1 , p. 448.
2 E. Bourquelot et E. Danjou, 1, 1905, t. CXLI, p. 598.
3 Dunstan et Henry, 1902, t. LXX, p. 153.
Glucoside du Sorghum vulgare d’Amérique. — M. Slade1 a extrait du Sorghum vulgare Pers., cultivé dans l’Amérique du Nord, un glucoside assez voisin de la durrhine, mais non identique à cette dernière.
Phaséolunatine. — Elle a été extraite par MM. Dunstan et Henry des graines de Phaseolus lunatus L. Ce glucoside serait fusible, d’après les auteurs, à i4i°, et sa formule serait C10H17NO6.
La phaséolunatine, accompagnée d’une diastase analogue à l’émulsine, se dédouble, en présence de l’eau, en glucose, acétone et acide cyanhydrique.
MM. Dunstan, Henry et Aüld2 ont, en i9o6, repris l’étude de la cyanogénèse dans le Linum usitatissimum Hayn. , isolé un glucoside que M. Jorissen avait déjà examiné en i883 sous le nom de « linamarine ». Il a identifié ce glucoside avec la phaséolunatine. Ce môme glucoside est aussi celui qu’on rencontre dans la racine de Manioc amer. Quant à l’enzyme, il est probablement identique à celui du Haricot de Java (Phaseolus lunatus L.).
La présence du même principe dans des plantes aussi différentes et appartenant à des familles aussi éloignées est digne de remarque.
Gynocardine et gynocardase. — Les semences de Gynocardia odorala R. Br. , plante de la famille des Bixacées, fournissent un glucoside cyanogénétique , la gynocardine, d’abord isolé par MM. Power etGoRNALL3, puis étudié à nouveau par MM. Power et Lees4. Ce
1 Slade, 1903, t. XXV, p. 55.
2 Dunstan, Henry et Auld, 1906, t. LXXVIII, p. 145 et 152.
3 Power et Gornall, 1904, t. XX, p. 137.
4 Power et Lees, 1905, t. XXI, p. 88.
glucoside cristallise en aiguilles fusibles à i62-i63°. Sa formule est. C13H19N09. Il est dextrogyre. Les acides étendus et bouillants l’hydrolysent avec difficulté, tandis que, au contraire, il est aisément dédoublé à la température ordinaire par un enzyme particulier, la gynocardase, isolé des graines. Les produits de ce dédoublement sont : le glucose (une molécule) , l’acide cyanhydrique et soit une trihydroxyaldéhyde C3Hi(OH)3 . CHO, soit une trihydroxycétone C5H3(OH)3 ; CO.
Lotusine et lotase. — En i9oo, MM. Dunstan et Henry1 ont extrait la lotusine, glucoside du Lotus arabicus L., petite plante de la famille des Légumineuses. La lotusine répond à la formule C'28H3lN016. Par hydrolyse au moyen de l’acide chlorhydrique dilué, à chaud, ou sous l’influence d’un ferment particulier, la lotase, que renferme la plante, le glucoside se dédouble en donnant deux molécules de glucose, de l’acide cyanhydrique et une matière colorante jaune, la lotojlavine.
La lotase peut être comparée à l’émulsine, mais elle en diffère cependant à certains égards. L’émulsine des amandes amères n’attaque la lotusine que très lentement, tandis que la lotase n’a qu’une faible action sur l’amygdaline. La lotase perd son pouvoir hydrolytique beaucoup plus rapidement que l’émulsine.
Karakine. — M. Skey et ensuite MM. Easterfield et Aston2 ont extrait un glucoside, la karakine, de l’amande du fruit du Corynocarpus læviqata Forst. , Anacardiacée de l’île nord de la Nouvelle-Zélande et des îles Chatham. Un glucoside obtenu par MM. Easter-
1 Dunstan et Henry, 1900, t. LXVII, p. 224 et 1901; t. LXVIII, p. 374.
2 Easterfield et Aston, 1903, t. XIX, p. 191.
field et Aston, et nommé corynocarpine , n’est probablement qu’un produit de l’hydrolyse partielle de la karakine.
Vicianine. - — M. Mallèvre1 a publié une relation sur le dégagement facile d’acide cyanhydrique par les graines de la Yesce à feuilles étroites ( Vicia angustifolia Roth.). Ces feuilles doivent la propriété de produire de l’acide cyanhydrique, quand on les broie avec de l’eau, à la présence d’une diastase qui paraît identique à l’émulsine et qui réagit sur un glucosicle nouveau , auquel M. G. Bertrand'2, qui l’a découvert et étudié, a donné le nom de vicianine.
La vicianine fond à i6o°. Elle est lévogyre.
Distribution de l'acide cyanhydrique dans le r'egnc végétal. — Ce sont les recherches de M. Gresiioff, de M. van Romburgh et, récemment, celles de AI. Guignard, qui ont le plus largement contribué à augmenter nos connaissances sur l’existence de l’acide cyanhydrique dans les végétaux. Actuellement plus de 180 espèces, réparties entre 80 genres environ, appartenant à plus de 3o familles 3 de Phanérogames et quelques espèces de Cryptogames, sont indiquées comme productrices de cet acide. Passons en revue les différentes familles, en ne nous occupant' que des espèces les plus intéressantes.
Chez les Renonculacées , nous citerons, comme plantes à acide cyanhydrique, l’Ancolie ( Âquilegia vulgaris L.), certaines Renoncules (Ranunculus arvensis L., R. repens L.) et 1 eThalictrum aquilegi folium L. D’après
1 Mallèvre.
2 G. Bertrand, 1, 1906, t. CXL1II , p. 832.
3 Greshoff.
M. van Itallie1 2, ioo gr. de feuilles fraîches de cette dernière plante fournissent 5o-ëo mgr. d’acide cyanhydrique ; le glucoside paraît se dédoubler de la même manière que la phaséolunatine.
Parmi les plantes à acide cyanhydrique, on trouve aussi des représentants des familles des Crucifères, des Bixacées, des Sterculiacées, des Tiliacées, des Linacées, des Rutacées, des Dichopétalacées, des Olacacées. des Célastracées , des Rhamnacées, des Sapindacées, des Anacardiacées.
Parmi les Légumineuses à acide cyanhydrique, nous mentionnerons tout d’abord le Haricot de Java ( Pha seolus lanatus L.), qui contient, dans les organes végétatifs , à la fois de l’acide cyanhydrique libre et combiné, dans les graines seulement de l’acide cyanhydrique combiné (phaséolunatine). Dans les feuilles jeunes, n’ayant atteint que le tiers ou le quart de leurs dimensions définitives, M. Treub- a montré que la proportion est relativement considérable (o, i5o — o,25o °/0 , parfois même 0,280). Dans les feuilles adultes, le total, qui est en moyenne de o,o85 °/0, dépasse rarement 0.100. Chez les feuilles âgées, il descend à o,o3o °/„ et même au-dessous.
Dans la graine3, la proportion varie selon l’origine. Les Haricots de Java sont, parmi les graines arrivées dans le commerce, les plus riches en principe cyanogénétique (o,i9o — -o,4o8 °/„). Dans les Haricots de Birmanie, rouges ou blancs, le chiffre d’acide cyanhydrique ne semble pas dépasser 0,020 a/0. Quant aux
1 L. van Itallie, 1906, 6e série, t. XXII, p. 337.
2 Treub, 1904, t. XIX, p. 86.
3 Guignard, 3, 1906, t. XIII, p. 401.
autres variétés, Haricots du Cap. de Madagascar, de Lima et de Sieva. la culture en a fait disparaître en très grande partie le principe vénéneux, qui ne dépasse pas d’ordinaire 0,010 °/0.
C’est chez les Rosacées qu’on rencontre le plus grand nombre d’espèces à acide cyanhydrique. On connaît maintenant plus de 7 5 de ces espèces, appartenant aux tribus des Amygdalées, des Pirées et des Spiréées. Chez les Prunus et les Amygdalus , les feuilles et les graines sont les organes qui renferment d’ordinaire le plus de substance cyanogénétique. Les feuilles du Laurier-cerise peuvent fournir jusqu’à 0,180 °/0 d’acide cyanhydrique et même 0,286 °/o d’après M. Guignard, dans la variété schipkaensis , introduite récemment en France. La racine ne donne en moyenne que o,oi5 °/0. Dans les amandes amères, la quantité d’amygdaline est très variable et correspond à des productions d’acide cyanhydrique comprises entre o.o65 et 0,221 °/0. Les amandes douces ne donnent pas trace d’amygdaline; mais, lors de la germination, l ’acide cyanhydrique apparaît en quantité notable.
Dans la tribu des Pirées, le genre Photinia comprend un certain nombre d’espèces exotiques, parmi lesquelles le P. serrulata Lindl., dont les feuilles ont fourni, en novembre, de o.oi5 à 0,120 °/0 d’acide cyanhydrique suivant la provenance. L’âgé des feuilles présente ici une influence assez marquée sur la teneur en glucoside cyanogénétique. M. Guignard1, opérant sur l’individu qui a donnéo, 1 20 % d’acide cyanhydrique en novembre, a constaté un maximum (0,170 °/0) dans les bourgeons.
1 Guignard, 2, 1906, t. CXLIII, p. 451.
Cette proportion diminue lorsque la feuille s’accroît rapidement, et vers la lin de l’année se produit un relèvement jusqu’à l’hiver. A partir de cette période et pendant la seconde année, la richesse demeure à peu près constante (o,i35 °/0). La tige fournit une petite quantité d’acide cyanhydrique, mais on n’en obtient pas avec la racine.
Dans le genre Cotoneaster on remarque de très grandes différences, suivant les espèces, dans la richesse des feuilles en acide cyanhydrique (de o,oo5 à 0,129 °/0).
Dans la tribu des Spiréées, il est intéressant de noter que chez le Spiræa Aruncus L. , plante herbacée, le glucoside cyanogénétique s’accumule dans l’organe vivace, la racine, qui peut donner 0,070 u/0 d’acide cyanhydrique, alors qu’en juillet, avec les feuilles, on en a obtenu seulement 0,027 °/0.
Dans les tribus des Pirées et des Spiréées, parmi les organes végétatifs, ce sont ordinairement les feuilles qui fournissent la plus forte proportion d’acide C)anhydrique.
Parmi les représentants de la famille des Saxifragacées, nous trouvons également des espèces à acide cyanhydrique. Le Groseillier rouge (Ribes rubrumL.) et le Groseillier jaune (H. aureum Pursh.) offrent, au point de vue de la présence et de la localisation du principe cyanhydrique dans les divers organes, et aussi de la répartition de l’émulsine , la plus grande analogie avec les Sureaux1. Vei’sle milieu de juin, la teneur moyenne en acide cyanhydrique libérable des feuilles cueillies sur des pieds portant des fruits encore verts est de
1 Guignard, 2, 1905, t. CXLI, p. 448.
o, oo35. Elle diminue ensuite progressivement. La racine et le fruit n’cn contiennent pas trace.
Les feuilles du Cassis, du Groseillier épineux et de plusieurs autres espèces sont exemptes d’acide cyanhydrique.
Continuant l’examen des diverses familles botaniques, nous rencontrons des plantes à acide cyanhydrique chez les Combrétacées, les Myrtacées, les Mélostomacées. les Samydacées.
Certaines espèces de la famille des Passilloracées1 contiennent, dans la racine, des proportions abondantes d’un composé cyanhydrique (o,o54 °/0 d’acide cyanhydrique dans le Passiflora cœrulea L., o,o32 °/0 dans le P. racemosa Brot.). Les feuilles fournissent également des quantités variables (o,oo4 — o,o/|8 °/„) d’acide cyanhydrique. Au moment de leur chute, à la fin de novembre, M. Guignard a constaté que celles du P. cœrulea renfermaient, ressemblant en cela aux feuilles du Sureau, à peu près autant de principe cyanhydrique que pendant leur période de végétation la plus active.
Dans la famille des Caprifoliacées , on trouve de l’acide cyanhydrique chez le Sureau noir ( Sambucus nigra L.) d’abord, puis chez ses deux variétés, le Sureau lacinié et le Sureau pyramidal2. Le glucoside est ici la sambunigrine. La teneur en acide cyanhydrique est en moyenne de 0,02 2 5 °/0.
Des feuilles prises sur des rameaux encore peu développés renferment très sensiblement, dans le cas
1 Guignard, 3, 1906, t. XIII, p. 603.
2 Guignard, 2,1905, t. GXLI, p. 16 et p. 1193. — Bourquelot et E. Danjou, 1, 1905, t. GXLI, p. 59; 2, 1905, 6e série, t. XXII,
de Sureau noir, la même quantité de glucoside que les feuilles du sommet des rameaux âgés de cinq ou six mois (0,02 25 °/t d’acide cyanhydrique). Des feuilles prises sur un arbre âgé et peu vigoureux n’ont donné que 0,0071 — 0,0075 °/0 d’acide cyanhydrique. Chez le Sureau noir, l’écorce des rameaux renferme, à poids égal, d’autant moins de principe cyanhydrique que ces rameaux sont plus âgés. En somme, dans l’écorce comme dans la feuille, la proportion du glucoside paraît être en relation avec celle de la chlorophylle. Vers la fin de la période végétative, le glucoside n’émigre pas en nature dans la tige, il reste dans la feuille qui tombe.
Les fruits verts fournissent de l’acide cyanhydrique, mais ce dernier a complètement disparu dans le fruit mûr. La racine et la graine mûre du Sureau noir, bien que contenant de l’émulsine, ne renferment pas de glucoside.
Le Sureau à grappes ( Sambucus racemosa L.) et le Hièble (S. Ebulus L.) ne fournissent d’acide cyanhydrique par aucun de leurs organes.
Des plantes à acide cyanhydrique se rencontrent aussi dans les familles des Rubiacées, des Composées, des Sapotacées, des Asclépiadacées , des Convolvulacées, des Bignoniacées , des Euphorbiacées , des Urticacées, des Aracées.
Parmi les Graminées, le Glyceria aquatica Wahl, est la première plante dans laquelle l’acide cyanhydrique ait été signalé, par M. Jorissen1, en J 884- Quelques années plus tard, MM. Dunstan et Henry2 le
1 A. Jorissen, 1885, 5e série, t. XI, p. 286.
2 W. R. Dunstan et T. A. Henry, 1902, t. LXX, p. 153.
rencontraient dans le Sorgho, M. Brunnicii1 dans certains Paniculum, M. Pouchet 2, puis MM. Heim et Hébert3 dans des Stipa du Sud de l’Amérique ; et enfin tout récemment M. Jitschy4 ajoutait à cette liste certains Melica et le Gynérium argenteum Nus., cette dernière espèce pouvant en fournir jusqu’à 0,023 °/0.
Le cas le mieux étudié et le plus intéressant parmi ceux des Graminées à acide cyanhydrique correspond au Sorgho (Sorghum vulgare Pers.), qui est cultivé souvent comme fourrage dans les régions chaudes du globe , éventuellement aussi dans les régions tempérées. C’est, avons-nous vu, à la présence de la dhurrine que cette plante doit ses propriétés nocives. La culture du Sorgho sur un sol abondamment fumé avec le nitrate de sodium augmente, ainsi que l’a constaté M. Brunnicii3 6, la production d’acide cyanhydrique dans les tiges et les feuilles.
Dans le Sorghum halepense Pers., M. Guignard0 a signalé également l’existence du glucoside cyanhydrique .
Nous ajouterons, pour terminer cette énumération, que l’acide cyanhydrique a été mentionné chez quelques Cryptogames7.
1 J.-C. Bkunsich, 1903, t. LXXXI11, p. 788.
2 Pouchet, 1903, 3e série, t. LII, p. 611.
3 F. Heim et A. Hébert, 1894, n° 9, p. 382.
4 P. Jitschy, 1906, 6e série, t. XXIV, p. 355.
5 Brunnich, 1903, t. LXXXIII, p. 791.
6 L. Guignard, 2, 1905, t. GXLI , p. 1193.
7 Pour plus de détails eu ce qui concerne les plantes à acide cyanhydrique , le lecteur pourra lire avec profit une excellente étude consacrée à cette question par M. P. Guérin, 1907, 5° série, t. VIII, p. 65 et 106.
La greffe des piaules à acide cyanhydrique . — Continuant ses très intéressantes recherches sur les plantes à acide cyanhydrique, M. L. Guignard1 a observé que lorsqu’un végétal à glucoside cyanhydrique est greffé sur un autre végétal totalement dépourvu de ce composé, ou inversement, il n’y a aucun transport du glucoside ni du greffon dans le sujet, ni du sujet dans le greffon .
Chez celles des Rosacées qui possèdent comme caractère physiologique commun la faculté d’élaborer des glucosides cyanhydriques, la migration de ces substances n’a lieu entre les individus associés par le greffage qu’autant que ces individus représentent deux espèces d’un même genre et renferment le même glucoside.
Malgré les échanges de matières qui s’effectuent pour la nutrition et le développement chez les plantes greffées, certains principes organiques restent localisés dans l’un ou dans l’autre des conjoints : c’est là un fait que le travail de M. L. Guignard met très nettement en évidence. Dans la symbiose artificielle que réalise le greffage, chaque espèce conserve son chimisme propre et son autonomie.
Formation d’aldéhyde salicylique.
La salicine et le glucoside de la Reine des prés. — Dans plusieurs espèces de Saules et de Peupliers il existe un glucoside, la salicine, C13H1807 , qui, par.
1 L. Guignard, 2, 1907, t. CXLV, p. 1376.
hydrolyse sous l’influence de l’émulsine , donne du glucose et de la saligénine (alcool salicylique) :
Par oxydation, la salicine fournit de l’aldéhyde sali-
Peschier1 d’une part, Buchner2 d’autre part, pensaient que la salicine existait dans les bourgeons floraux de la Reine des prés ( Spiræa Ulmaria L.) et qu’elle se transformait en aldéhyde salicylique par oxydation au moment de la floraison. MM. Schneegans et Gerock.3 4 ont montré que le glucoside en question n’est pas de la salicine et que les fleurs ne contiennent pas d’aldéhyde salicylique en liberté. Cette aldéhyde ne se forme ordinairement qu’au moment de la distillation par l’action d’un ferment sur une substance autre que la salicine.
M. H. 1 ECOMTE a publié un fort intéressant travail sur la formation du parfum de la vanille. Il a reconnu, dans les divers organes du Vanillier, la présence constante d’un ferment oxydant.
Chez le fruit mûr, c'est le parenchyme interne du
1 Peschier , t. XLIV, p. 418.
2 Buchner, t. LXXXVIII, p. 284.
3 Schneegans et Gerock, 2, 1892, p. 164.
4 H. Lecomte, 1901, t. CXXXI1I, p. 745.