COMPOSÉS TERPÉNIQUES
Le principe amer du Safran, la picrocrocine. est susceptible de donner, par hydrolyse, en même temps qu’un sucre, un terpène C10H10 :
G88HG6017 -f H20 = 3 CuH12Ou -f- 2 G10H16.
Voilà donc un exemple de composé terpénique qui peut prendre naissance par dédoublement d’un glucoside.
Ce cas est, à notre connaissance , le mieux caractérisé. Mais il n’est pas unique. On sait, en effet, grâce aux observations de M. Carles1, que l’essence de Valériane, renfermant elle aussi des composés terpéniques, se forme sous l’influence [d’une oxydase.
Enfin, les feuilles fraîches de Patcliordi sont inodores ou à peu près inodores, et l’huile essentielle prend naissance au cours d’une fermentation. Pour provoquer la formation des principes odorants, les feuilles de Patchouli sont soumises au traitement suivant : On les sèche rapidement sur des claies en bambou , en ayant soin de les retourner souvent. Lorsqu’il ne reste que l’humidité nécessaire pour provoquer une légère fermentation, on met les feuilles en tas, et on laisse se produire un léger échauffement. On les étend alors à nouveau, pour terminer la dessiccation. En examinant des feuilles de Patchouli récoltées au Jardin colonial de Nogent-sur-Marne, nous avons pu vérifier nous-mêmes que le parfum ne préexistait pas dans ces feuilles.
1 Gari.es, t. XII, p. 148.
Genèse des matières odorantes.
Depuis longtemps les botanistes se sont efforcés de rechercher non seulement le siège de la sécrétion des matières odorantes, mais encore la nature des matières premières aux dépens desquelles elles s’élaborent.
Bien entendu, toutes les théories qui ont été émises reposent sur des bases microchimiques, et l’imperfection des réactifs que nous possédons rend impossible toute recherche sérieuse faite dans ce sens.
Tout d’abord nous avons eu , au cours de cet ouvrage, l’occasion de montrer combien variés sont les constituants des composés odorants. Aussi peut-on penser que leur source ne soit pas unique.
Les recherches physiologiques de MM. Charabot et Laloue ont mis en lumière que le siège de la formation des essences est le parenchyme chlorophyllien, fait admis déjà, à la suite de recherches microchimiques, par MM. Blondel1 et Mesnard2.
Mais on pouvait penser que c’était dans la cellule active même ou dans sa membrane que s’élaboraient les produits odorants, aux dépens de substances généralement contenues dans les végétaux.
C’est ainsi, par exemple, que l’abondance des matières tannantes au voisinage des réservoirs à sécrétion a conduit certains auteurs3 à admettre que les constituants des essences se formaient aux dépens des tanins et des matières tannoïdes.
1 Blondel.
2 Mesnard.
3 WlLKE.
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En réalité, M. Tschirch1 a montré qu’il existe une étroite parenté entre certaines résines et les matières tannantes. Il a désigné ce groupe de résines sous le nom de résines tannoliques, sécrétions résineuses qui renferment les éthers des résinotannols et d’acides aromatiques appartenant aux séries de l’acide benzoïque et de l’acide cinnamique.
Mais les matières tannantes se rencontrent si abondamment dans les tissus des végétaux, même dans ceux qui ne renferment pas de sécrétion, ou dont les sécrétions ne renferment pas de résinotannols (Conifères) , qu’il est impossible d’établir dans ce sens une théorie de la formation des constituants des parfums.
M. Mesnard2, en se basant également sur des réactions chimiques, considère les matières odorantes comme des produits d’usure de la chlorophylle. La série :
Chlorophylle. — Composés tannoïdes intermédiaires. — Baumes. — Résines. — Huiles essentielles.
constituerait une suite de produits de désassimilation de la chlorophylle. On ne peut guère considérer cette manière de voir que comme une hypothèse , que les réactifs employés par son auteur ne permettent pas d’appuyer d’une façon suffisamment sûre.
On a encore recherché une parenté entre la membrane cellulaire3, l’amidon4 et les composés odorants, sans pouvoir l’établir avec la moindre précision.
1 Tschirch, 3, 1907, t. XVIII, p. 750.
2 Mesnard.
3 Wigaud, 1850, t. VIII. — Karsten, 1857, t. XV.
4 WlESNER. — MÔLLER. — HaNAXJSEK.
Enfin M. Tschirch a montré que certains des alcools contenus dans la résine, que l’on désigne communément sous le nom de résinols, peuvent dériver de sucres en CB.
La question reste donc entière, et il ne semble pas qu elle soit soluble, ainsique nous avons eu déjà l’occasion de le dire, par les moyens actuellement en notre pouvoir.
Disons enfin que la consistance presque toujours mucilagineuse de la partie externe des membranes des cellules actives, celle que M. Tschirch appelle la couche résinogène, fait penser à cet auteur que les hémicelluloses sont dans les rapports les plus étroits avec la sécrétion des huiles essentielles et des résines.
L’ensemble des observations dont les résultats ont été indiqués dans ce chapitre va nous permettre d’indiquer un mécanisme plus vraisemblable de la formation des produits odorants chez la plante.
Les travaux de MM. Charabot et Laloue ont montré que les huiles essentielles se forment dans les organes verts, lorsque la fleur n’est pas la seule partie odorante de la plante. On pourrait avoir quelque étonnement à constater que, chez certaines plantes, le parfum se rencontre, malgré cela, uniquement dans la fleur. M. Hesse a, d’autre part, observé que certaines fleurs, comme le Jasmin et la Tubéreuse, sont susceptibles de produire, ou plutôt, pour employer une expression qui rend mieux notre pensée , de libérer du parfum alors qu’on prolonge leur vie. D’autres au contraire, comme la fleur d’Oranger, renferment à l’état libre une quantité d’essence qui n’augmentera plus lorsque la fleur aura été séparée du végétal. Ce résultat présente un réel intérêt, surtout si on le met en parallèle
GENESE DES MATIERES ODORANTES
avec ce fait que les lleurs de Jasmin et de Tubéreuse sont précisément produites par ces plantes dont aucun des autres organes n'est odorant. L’Oranger, au contraire, renferme une huile essentielle dans toutes ses partiés.
M. Hesse a interprété les résultats de ses très intéressantes expériences en disant que la fleur de Jasmin et la fleur de Tubéreuse sont capables, pendant le cours de leur vie. d’émettre du parfum d’une façon continue. De sorte qu’une partie seulement de la matière odorante produite reste emprisonnée dans les cellules, et le reste se répand dans l’atmosphère. Il exprime l’opinion que, lors de l’enfleurage, la graisse ne se parfume pas au contact de la fleur, mais quelle absorbe les matières odorantes qu’elle a rejetées. J. Passy avait, d’ailleurs, la même manière de voir.
Nous donnerons une explication des phénomènes qui présentera quelques différences avec celle deM. Hesse. Pour nous, pendant l’opération de l'enfleurage, la graisse joue réellement le rôle d’un dissolvant. Elle constitue un milieu qui ne se trouve séparé du contenu cellulaire que par la paroi semi-perméable formée par le tissu des pétales. Et il y a contact entre la graisse et la fleur. Dans ces conditions, un échange se produit; la matière odorante, par osmose, se rend dans la graisse. La preuve du contact réel entre la fleur et la graisse réside dans le fait que celle-là emporte avec elle une proportion notable de matières grasses après l’enfleurage, et que lorsqu’on veut la soumettre à certains traitements en vue de l’extraction du parfum qu’elle retient encore, on y constate la présence de ces corps gras en quantité assez abondante. 11 semble même
que ces corps gras ne représentent qu’une fraction de la matière primitive, ce qui montrerait que leur enlèvement ne serait pas du à une simple adhérence. Quant à la graisse qui, étendue sur la face inférieure du châssis, ne se trouve pas en contact direct avec les (leurs, elle n’emporterait pas de bien grandes quantités d’essence, si l’on ne prenait la précaution de la charger de fleurs le lendemain, après avoir retourné le châssis. Et, d’ailleurs, il serait difficile de concevoir comment le parfum du Jasmin pourrait se répandre plus aisément dans l’atmosphère que celui de la fleur d’Oranger, puisque tous deux sont dus à des matières analogues et ont même une partie de leurs constituants identiques. Nous pensons que la production de parfum qui a lieu après la cueillette de la fleur de Jasmin est due à une autre cause que nous allons indiquer.
Nous avons vu qu’un grand nombre de produits odorants, très variés par leurs fonctions et leurs structures chimiques, prennent naissance par dédoublement hydrolytique de glucosides bien définis. 11 suffirait de concevoir la généralité d’un tel mécanisme pour arriver à expliquer d’une façon satisfaisante tous les faits exposés dans ce chapitre. C’est d’ailleurs bien l’opinion exprimée par M. Hesse à la suite de ses recherches.
Il y a lieu de penser, nous semble-t-il , que le glucoside susceptible de fournir l’essence se forme ou tend à se former dans les parties vertes.
Le plus souvent ce glucoside rencontre immédiatement les conditions de milieu favorables à son dédoublement, et alors l’essence apparaît aussitôt dans les parties vertes pour circuler, évoluer et jouer son rôle d’après les lois énoncées dans cet ouvrage. Il se peut
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même que le milieu se prête si bien au dédoublement du glucoside, que celui-ci ne puisse se former; dans ce cas, la totalité de l’essence se trouvera à l’état de liberté dans les organes verts.
Dans d’autres cas, le glucoside ne rencontrera le ferment hydrolysant que dans la Heur. Ce sera donc seulement après avoir circulé jusqu’à cet organe, en subissant en cours de route des modifications plus ou moins profondes, qu’il pourra libérer les constituants de l’huile essentielle, et la fleur seule sera odorante. Il n’est pas impossible que, chez certaines fleurs, le milieu soit si favorable au dédoublement du glucoside, que celui-ci se scinde intégralement dès son arrivée. De semblables fleurs. s’il en est, ne donneraient pas par enfleurage des rendements supérieurs à ceux qu’elles fourniraient par les autres méthodes d’extraction, alors même qu’elles proviendraient de plantes ayant toutes les autres parties inodores.
La formation de nouvelles quantités d’essence au fur et à mesure de l’enfleurage s’explique par un phénomène d’équilibre chimique. La réaction :
Glucoside -j- Eau = Glucose Essence
sera limitée par la réaction inverse, et on arrivera à un étal d’équilibre quand le glucose et l'essence auront atteint une certaine proportion. Aussi la fleur de Jasmin ou de Tubéreuse, comme les autres Heurs, abandonnée à elle-même, conserve- t-el le une quantité de parfum qui n’augmente pas. Au contraire, si l'huile essentielle est enlevée au fur et à mesure de sa formation, la décomposition du glucoside continuera de se produire, et l’on verra au dehors une (pian ti té d’essence
relativement grande, encore que la (leur elle-même continue d’en renfermer. Par conséquent, l’apparition d’une nouvelle quantité de parfum chez la fleur dont on prolonge la vie, et dont on écarte constamment la matière odorante, se manifeste comme la conséquence d’un phénomène d’équilibre chimique dans la cellule végétale.
On peut se demander si, dans les organes verts, ce ne sont pas les phénomènes de consommation et de départ du glucose qui, tendant à mettre en œuvre d’une façon continue cette substance, favorisent chez certaines plantes à ce point la décomposition du glucoside ou des glucosides à essences, que la matière odorante se trouve mise en liberté aussitôt formée. Certes, dans cet ordre d’idées, les voies ouvertes à l’hypothèse sont nombreuses. Nous avons suivi celle qui nous a paru s’écarter le moins des faits positifs.
Influence de la nature du milieu extérieur sur la formation de l’essence.
Nous terminerons ce chapitre sur la formation des produits odorants par une étude d’ordre pratique. Il ne nous serait guère possible d’aborder dans toute sa générali té l’intéressant problème de l’influence du milieu sur la formation des parfums. Les recherches qu’il faudrait entreprendre pour cela seraient longues et nombreuses. Leurs résultats, d’ailleurs, seraient particuliers à chaque cas examiné. Notre but sera d’appeler l’attention sur ce fait que, en étudiant les besoins de chaque plante à parfum en principes constitutifs, il
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sera possible d’augmenter dans des proportions notables la production en essence. Un exemple suffira pour bien mettre en lumière l’importance de cette question.
On verra plus loin que MM. Charabot et Hébert ont étudié , à divers points de vue. l’influence des sels minéraux sur une plante à essence, la Menthe poivrée, qui est l’objet, dans le Sud-Est de la France, d’une exploitation importante. Entre autres observations, MM. Charabot et Hébert rapportent que, d’une manière générale, l’addition au sol de sels minéraux s’est montrée favorable à la récolte, et les sels employés ont, presque dans tous les cas, joué le rôle d’engrais. L’accroissement du poids de la plante a été souvent considérable. 1) y aura donc, pour le cultivateur, un intérêt puissant à faire une étude des matériaux à ajouter au sol selon la nature de celui-ci et aussi selon la plante à cultiver. L’industrie trouvera à son tour un avantage réel à cette manière de faire, car les plantes qu’elle recevra seront elles-mêmes notablement plus riches en essence , si l’engrais a été convenablement choisi. MM. Charabot et Hébert ont obtenu, à cet égard, des résultats très significatifs.
Nous plaçant au point de vue pratique, les travaux de MM. Charabot et Hébert ontmontré que les meilleurs résultats étaient fournis par le chlorure d’ammonium, qui a pour ellet d’augmenter considérablement le rendement en huile essentielle (celui-ci s’est trouvé presque doublé), tout en assurant une récolte sensiblement plus abondante.
Il y a donc là une méthode tout, indiquée pour rendre plus productive la culture des plantes à parfums, dont le Sud-Est de la France tire une si grande partie
de ses richesses. Nous allons précisément montrer que cette question a reçu une orientation pratique.
En s’appuyant sur les travaux cle MM. Ciiarabot et Hébert, que nous exposerons plus loin et dont le résultat a été en particulier que la Menthe poivrée contient 0,25 °/o d’azote, o, i46 °/0 d’acide phosphorique et 0,79/1 °/0 de potasse, M. Belle1 a composé de la façon suivante, pour les sols normaux, un engrais approprié :
Fumier
Sulfate de potassium . .
En employant, comme on le fait d’habitude, des tourteaux de Sésame pour la fumure, on gaspille de l’azote et on introduit une quantité insuffisante de potasse.
L’engrais ci-dessus est employé de la façon suivante : On ajoute au sol le salpêtre en deux fois, le tiers lors de la plantation et un tiers vers le milieu de mai. Au salpêtre du Chili peut être substitué le sulfate d’ammoniaque, que l’on ajoute lors de la plantation à raison de 226 kgr. à l’hectare. Le superphosphate et le sulfate de potassium sont introduits en même temps que le fumier.
1 M. L. Belle, 1907, t. XX, p. 80.
Salpêtre du Chili Superphosphate .