CHAPITRE Y
Lorsqu’on éluclie la composition des huiles essentielles, on est frappé de la coexistence de substances ayant le même squelette moléculaire, présentant les indices d’une parenté immédiate : c’est ainsi qu’un alcool est souvent accompagné de ses éthers composés, de ses produits d’oxydation, aldéhydes ou cétones, voire même d’hydrocarbures qui en dérivent par simple élimination des éléments de l’eau.
Ces relations avaient, dès i893, attiré l’attention de M. G. Bertrand1, qui concluait ainsi, à la suite de son étude sur l’essence de Niaouli : « Si on néglige les produits secondaires, on observeque l’essence de Niaouli est formée, en dehors du térébenthène (pinène) dextrogyre, par un mélange de trois corps : l’eucalyptol, un carbure bouillant à iyS0 (probablement limonène) et un terpinol : c’est précisément la composition du « terpinol de List », et l’on sait que celui-ci s’obtient en chauffant, avec de l’eau acidulée, la terpine C'°H16,2H20, résultant elle-même de l’hydratation spontanée des terpènes C10H16. Ainsi préexiste dans un pro-
1 G. Bertrand, 2, 1893, 3e série, t. IX, p. 437.
duit naturel toute une série de corps que nous faisons dériver les uns des autres, dans nos laboratoires, par des réactions d’une extrême simplicité. Il y a là au moins une coïncidence remarquable, pleine d’intérêt au point de vue de la synthèse naturelle des essences chez les végétaux. » En suivant, dans les diverses parties d’un végétal, au fur et à mesure de son développement, les variations subies par ces substances, on devait donc arriver à établir l’ordre dans lequel elles se succèdent, la nature des réactions qui les modifient, les liens qui existent entre ces métamorphoses et les principales fonctions physiologiques de la plante.
Ainsi envisagée, la question comprend deux problèmes bien distincts : le premier, relatif à la nature des transformations chimiques subies par les produits odorants au fur et à mesure que s’accomplissent les fonctions de la vie ; le second, ayant trait aux mécanismes qui président à ces transformations.
La première partie du sujet a été traitée par M. Charabot1, et son étude a été complétée à l’aide de divers documents analytiques accumulés par MM. Charabot et Laloue au cours de leurs recherches sur la formation et la circulation des composés odorants.
La seconde a été résolue par MM. Charabot et Hébert2. Nous allons examiner successivement ces deux questions.
1 E. Charabot, 1, 1900, 7e série, t. XXI, p. 207.
2 E. Charabot et Hébert, 1, 1904, 8e série, t. I, p. 362.
Modifications chimiques subies par les composés terpéniques chez la plante.
Pour étudier leur évolution, nous passerons en revue un certain nombre de composés terpéniques qui forment plusieurs groupes de corps, les représentants d’un même groupe faisant partie des principes constitutifs d’une même essence :
i° Des composés du groupe du linalol ;
2° Des composés du groupe du géraniol ;
3° Des composés du groupe du thuyol ;
4° Des composés du groupe du menthol.
Nous devons rappeler ici que le linalol est un alcool tertiaire. Il répond à la formule :