ORANGER A FRUITS AMERS
Tiges et feuilles.
L’étude évolutive de l’essence de tiges et de feuilles d’Oranger à fruits amers a permis de préciser les conclusions qui précèdent.
MM. C marabot et Laloue 1 ont extrait l’essence de jeunes pousses et l’essence de rameaux vieux prélevés sur les mêmes arbres. Ils ont pris soin d’épuiser les eaux de distillation pour en extraire la portion de l’huile essentielle qu’elles retenaient , et ont pu ainsi reconstituer l'essence qui se trouvait dans le végétal.
L’essence de feuilles et de tiges d’Oranger à fruits amers renferme notamment : des terpènes (limonène , dipentène , etc.), du linalol gauche, du géraniol, du nérol et leurs éthers acétiques, du terpinêol droit. Le fait que le linalol et le terpinébl sont de signes optiques contraires, comme lorsque ce dernier corps prend naissance aux dépens du premier sous l’influence des acides, tend à montrer que c’est bien ainsi qu’il se forme chez la plante. Sachant en outre que le linalol, dans l’organisme végétal, se modifie sous l’influence des acides organiques pour s’élhérifier et se déshydrater, on sera conduit à admettre qu’il puisse aussi s’isomé-
1 E. Chauabot et Laloue, 1, 1904, 3e série, t. XXXI, p. 88 4 ; 2, 190i, t, CXXXVIII, p. 1229. »
riser en donnant du géraniol, du nérol et du terpinéol, comme cela a lieu in vitro. Les résultats auxquels nous allons arriver nous montreront, en effet, que le linalol peut se convertir en géraniol chez la plante.
Avec l’essence de tiges jeunes on n'a pu faire un dosage précis du géraniol ; mais on a pu constater toutefois que cette essence était moins riche en linalol et plus riche en géraniol (le nérol est compté avec le géraniol) que l’essence de feuilles.
Au début de la végétation , l’essence de feuilles est moins riche en éther, moins riche en alcool total que l’essence de tiges. Le rapport entre l’alcool combiné et l’alcool total est, chez la feuille, plus faible que chez la tige.
L’essence de feuilles vieilles est très sensiblement moins riche en éther que l’essence de tiges. La première renferme une proportion plus notable d’alcool total (contrairement à ce qu’il en était au premier stade), plus de géraniol et moins de linalol que la seconde. Rappelons que , chez la tige jeune, l’essence était plus riche en géraniol que chez la feuille jeune.
Dans l’intervalle compris entre les deux stades considérés, il s’est produit dans l’essence de feuilles une faible augmentation de la proportion d’éther, de la valeur du rapport de l’alcool combiné à l’alcool total et de la proportion de géraniol total; par contre, on observe une diminution de la proportion de linalol total; la composition du mélange d’éther ne varie pas sensiblement, tandis que le mélange alcoolique libre s’enrichit en géraniol. Les transformations subies par l’essence de tiges pendant le développement de ces organes consistent en une augmentation notable de la
proportion d’éther et en une diminution de la proportion d’alcool total.
En examinant la composition des huiles essentielles que fourniraient d’une part les rameaux jeunes entiers, d’autre part les rameaux vieux entiers, également, MM. Charabot et Laloue ont constaté que, au cours de la végétation, une portion des alcools s’éthérijïe, car le rapport de l’alcool combiné à l’alcool total augmente; on observe aussi qu’une portion des alcools se déshydrate . En effet, leur proportion diminue alors que la proportion des éthers augmente. Tous ces phénomènes sont identiques à ceux que l’on observe quand on fait réagir in vitro l’acide acétique, par exemple, sur le linalol : il y a éthérification, déshydratation et en même temps isomérisation avec formation de géraniol, de nérol et aussi de terpinéol déviant le plan de polarisation de la lumière en sens inverse du linalol employé.
En formulant ces remarques relatives à l’évolution des composés terpéniques, MM. Charabot et Laloue ont eu soin d’envisager non pas les essences correspondant aux différents organes (feuilles .et tiges) séparés, mais bien l’essence contenue dans les rameaux entiers. Ils ont démontré en effet, comme nous l’avons vu dans le précédent chapitre, qu’une circulation de ces substances s’établit. Dans ces conditions, la composition de l’huile essentielle d’un organe est modifiée, non seulement par les transformations chimiques qu’elle subit, mais encore par les substances qu’elle reçoit des organes voisins ou qu’elle déverse dans ceux-ci. Si les produits odorants se métamorphosaient dans un organe sans l’abandonner, nous constaterions dans l’essence de feuilles, «où
la proportion d’éther augmente, que l’éthérification s’est effectuée aux dépens du géraniol, alcool primaire, plutôt qu’aux dépens du linalol , alcool tertiaire. Or , tout en observant une augmentation de la proportion de géraniol total et une diminution de la proportion de linalol total , on ne note pas de variation sensible dans les proportions de géraniol et de linalol combinés. On est donc fondé à admettre, par ces seules considérations, qu’une circulation s’est établie entre la feuille et la tige en ce qui concerne les composés odorants. Or cette circulation a été démontrée, d’autre part, dans le chapitre précédent. On voit donc que tous les faits observés cadrent parfaitement avec les interprétations qu’en ont données les auteurs.
Fleurs.
Au cours de leurs travaux sur la formation et la circulation des composés odorants, MM. Charabot et Laloue1 ont été amenés à comparer la composition des huiles essentielles extraites des boutons floraux et des fleurs épanouies.
L’essence de fleurs d’Oranger renferme, en même temps que des terpènes, du linalol et du géraniol libres et combinés, un éther d’acide amidé, Y anthranilate de méthyle.
Pendant le développement de la fleur, l’huile essentielle s’enrichit en éthers terpéniques, en anthranilate de méthyle et en alcool total. Le rapport entre la quan-
1 E. Charabot et G. Laloue, 1, 1901, 3e série, t. XXXI, p. 939; 2, 1901, t. CXXXVIII, p. 1513.
tité d’alcool combiné et celle d’alcool total s’accroît; en d’autres termes, à en juger par ce qui se passe dans les autres parties de la plante et par la composition de l’essence reçue par la lleur, Y éthérification se continue. La proportion de géraniol augmente et celle de linalol diminue, si bien que le mélange alcoolique s’enrichit en géraniol.
Entre l’huile essentielle extraite des pétales et celle provenant des autres organes lloraux, on n’observe pas, après l’épanouissement des fleurs, des différences de composition bien sensibles; toutefois, la première est un peu plus riche en anthranilate de méthyle que la seconde.
11 convient de remarquer que, chez la fleur, le rapport entre l’alcool combiné et l’alcool total est sensiblement plus faible que chez la feuille et que chez la lige.
En suivant l’essence jusque dans le fruit, on rencontre finalement dans cette matière une proportion notable de terpènes. Donc, dans l’écorce verte du fruit, les alcools ont continué de se déshydrater.
Ainsi se précise la nature des phénomènes chimiques qui, particulièrement dans les organes chlorophylliens, modifient les composés terpéniques. Ces phénomènes réalisent , par voie de déshydratation , le passage de l’alcool à ses éthers composés et, finalement, aux terpènes. En même temps, sous l’influence des acides végétaux, se produisent des isomérisations identiques à celles que l’on observe dans le ballon du chimiste. Puis l’oxydation de l’alcool conduit à l’aldéhyde correspondante, s’il s’agit d’un alcool primaire. Il es^ logique de penser que cette dernière réaction se pro-
duira particulièrement dans les organes et aux époques de la vie où l’oxygène sera fixé avec le plus d’intensité dans la cellule végétale. Nous vérifierons plus loin cette manière de voir.