RÊVE D'UN PATRIOTE ITALIEN
Au pied de cette coupole à faire sauter, mais qui ne saute pas; à la base de ce diadème, comme un cercle de diamants, éclatent ces mots en lettres de deux coudées: Tu es Petrus, et toute la divine promesse.
Il faut un commentaire perpétuel à ces mots qui doivent traverser le temps. Ce commentaire est fait par toutes les langues que peut comprendre l'oreille humaine, langues amies, langues ennemies, langues du diable, langues de Dieu. Elles parlent à la fois, elles parlent tour à tour.
Pour nos oreilles, en ce moment, c'est la politique de Moab qui commente. Dieu parle aussi cependant. Nous ne l'entendons pas, mais les âmes saintes l'entendent. Elles savent qu'il aura le dernier mot.
C'est pourquoi tant de quiétude sourit sur le visage de cette humble femme assise entre l'autel et la chaire, les yeux tournés vers le Crucifix. Le commentaire de Moab ne trouble point sa paix, et ne lui fait que mieux comprendre le commentaire de Dieu.
C'est pourquoi tant de sérénité éclaire le visage du Pontife assis sur cette chaire stable au milieu des orages. De son trône, trois mots de l'impérissable inscription lui apparaissent: Super hanc Petram. Il lit ces mots malgré les nuages qui couvrent le ciel: il les entend malgré la tempête qui mugit.
Rois, peuples, princes de la science, princes du mal, princes du monde, possesseurs de la force, docteurs du crime, prêtres de l'enfer, un seul
i8 LE PARFUM DE ROME
cadavre à l'entrée du Vatican forme un obstacle que vos armées ne peuvent franchir; Pimodan mort garde encore le Pontife et le temple. Dieu seul est fort, Dieu seul est grand!
L'autel de l'abside, dans Saint-Pierre, placé sous la chaire de l'Apôtre, en face de l'autel principal, exigeait des réparations. Pie IX l'a fait refaire en plus beaux marbres, et l'a voulu consacrer luimême, comme évêque de Rome. J'ai pu suivre de près le cérémonie, le Pontificale romanitm à la main. C'est un livre que peu de catholiques connaissent. On le croit spécial aux évêques, sans intérêt pour les simples fidèles. Cette erreur nous dérobe des lumières qui nous rempliraient de joie et d'amour. Combien de catholiques savent-ils à fond ce que c'est qu'un autel catholique ?
J'ai vu dérouler un magnifique tissu des choses de la terre et des choses du ciel, une trame divine, faite de matière et d'esprit, qui enveloppait mon entendement d'un vêtement de Dieu. J'ai entendu le Pontife évoquer la création matérielle, la purifier, la délivrer du pouvoir du démon et, l'ayant ainsi rétablie dans sa dignité première, l'associer au travail qu'il faisait pour la gloire de la clémence du Christ. Par la même autorité qui chasse le démon, je l'ai entendu appeler d'une voix respectueuse, mais souveraine, les Anges de Dieu, et les
commettre à l'accomplissement de l'œuvre; et les Anges allaient et venaient du ciel à lui et de lui au ciel. — Interrogeant et pressant Dieu lui-même, il lui demandait de consommer le miracle, et il savait que Dieu daignait obéir.
La consécration de l'autel se peut voir partout en pays catholique. C'est néanmoins ce que j'ai vu de plus grand dans Rome. Je voudrais en fixer une ombre, dérober un accent à cette poésie de la liturgie, égale à la poésie des Livres saints. Car l'Église du Christ a absorbé et accompli la poésie de la 'Synagogue, comme la loi du Christ a accompli et absorbé la loi de Jéhovah. Pierre est Moïse, et de plus il est Pierre. Tout le temple de Jérusalem est dans l'Église de Rome, plus Jésus-Christ, vivant, enseignant et régnant.
Mais ce que j'entreprends de peindre, une plume à la main, je l'ai contemplé dans la splendeur de la basilique remplie du Pape, et plus rayonnante de cette présence que de tout l'or qui ruisselle sur ses marbres et de tout le soleil qui l'inonde; ce que je veux redire, mon oreille l'a reçu éclatant de la double harmonie de la langue sacrée et du chant sacré. C'était la voix de Pie IX, douce et sonore, qui me transmettait ces paroles sublimes, vivantes du feu de son cœur. Je ne prétends pas donner une traduction; je crois même qu'une traduction est impossible. J'espère saisir pourtant quelque rayon de cette poésie incomparable, et surtout je dirai ce que c'est qu'un autel.
Les cierges sont allumés. On a préparé le saint
chrême, l'huile sainte, l'encens, l'eau, lefeu, la cendre, le sel, le vin, la cire, la chaux et le sable, toutes les matières et tous les instruments qui serviront à la consécration. On a chanté les psaumes. Le pontife invoque l'assistance divine:
« Soyez présent ici, Dieu un et tout-puissant. Père, Fils et Saint-Esprit. Seigneur, inspirez nos actiorjs, aidez-nous à les accomplir. Que notre prière et toute œuvre de nous ait toujours par vous son commencement, et par vous aussi s'achève. »
Le Chœur entonne le chant des litanies, où sont invoqués deux fois le Saint en l'honneur de qui l'autel est dédié et ceux dont les reliques y seront incluses. Or le Pape replaçait dans cet autel les reliques des saints Clément et Félicissime, martyrs, que le Pape Benoît XIII avait déposées dans l'autel ancien; et il le consacrait à la Vierge Marie, à l'Apôtre Pierre et à tous les Saints qui ont été Souverains Pontifes.
Les litanies sont une supplication de toute la terre à tout le ciel. L'impression en est grande dans cette basilique peuplée et comme bâtie d'ossements sacrés. Nous invoquons les saints Apôtres: plusieurs sont là; les saints Pontifes confesseurs: vingt-quatre Papes saints reposent sous les dalles; les saints Docteurs: leurs images réjouissent nos yeux, les restes de beaucoup d'entre eux nous entourent; les saints Martyrs: Etienne, Laurent, Vincent, Fabien et Sébastien, Jean et Paul, Cosme et Damien, Agnès et Cécile habitent le temple ou la cité.
0 Jésus vainqueur, entendez-nous! — O Pontifes, ô Docteurs, ô Martyrs unissez- vous à nos
prières, et qu'elles triomphent auprès de Dieu! — Afin que tu gouvernes et que tu conserves ton Église sainte, nous te prions, Seigneur, exaucenous ! — Afin que les ennemis de ton Église soient humiliés et confondus, nous te prions. Seigneur, exauce-nous ! — Afin que la concorde règne entre les nations et que tout le peuple chrétien jouisse de la paix dans ta lumière, nous te prions, Seigneur, exauce-nous ! — Afin que nos esprits s'élèvent aux célestes désirs, afin que nos âmes et celles de nos proches et celles qui nous ont aimés soient préservées de la damnation éternelle, nous te prions, Seigneur, exauce-nous! — Afin que tu daignes donner l'éternel repos aux fidèles défunts; nous te prions. Seigneur, exauce-nous! — Afin qu'en ton honneur cet autel soit béni, soit sanctifié, soit consacré, nous te prions, Seigneur, exauce-nous!
Le Pontife procède à l'exorcisme et à la bénédiction du sel, de l'eau, de la cendre et du vin ;
« Sel, créature, je t'exorcise au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui a dit à ses Apôtres : Vous êtes le sel de la terre, et qui, par l'Apôtre, nous dit: Qi4e votre parole soit toujours imprégnée du sel de la grâce. Je t'exorcise afin que, sanctifié pour la consécration de cet autel, tu serves à chasser le démon, et qu'à tous ceux qui te prendront tu sois pour l'âme et pour le corps une guérison, un secours et la confirmation du salut. Qu'il en soit ainsi. Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ Notre Seigneur, Votre Fils, qui viendra juger les vivants et les morts et le monde par le feu.
« Eau, créature, je t'exorcise au nom de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit; et que par toi le diable soit repoussé d'auprès des justes, et contraint de fuir l'ombre de cette église et de cet autel. Et vous. Seigneur Jésus, mettez r Esprit-Saint dans cette église et dans cet autel, afin qu'il donne la santé du corps et de l'âme à ceux qui vous
adorent, et que votre nom soit glorifié parmi les nations, et que les incrédules se tournent de cœur vers vous et n'aient point d'autre Dieu que vous seul, Seigneur, qui viendrez juger les vivants et les morts et le monde par le feu.
« Dieu tout-puissant et éternel, pardonnez aux pénitents, soyez propice aux suppliants, et daignez envoyer du ciel votre Ange pour qu'il bénisse et sanctifie ces cendres, afin qu'elles deviennent un remède à tous ceux qui s'accusent et pleurent devant vous, invoquant votre miséricorde parce qu'ils ont péché; et que par votre nom très saint, ces cendres qu'ils répandront sur eux-mêmes pour le rachat de leurs prévarications, procurent à leurs corps la santé et à leur âme votre grâce. »
Le Pontife invitant la très sainte Trinité, fait le mélange du sel, de la cendre et de l'eau. Il bénit ensuite le vin:
« Seigneur Jésus qui, à Cana de Galilée, avez transformé l'eau en vin et qui êtes la vigne véritable, multipliez sur nous votre miséricorde et daignez bénir et sanctifier cette créature, le vin, afin qu'en tout lieu où il sera répandu, là se répande l'abondance de votre bénédiction et de votre sanctification. Dieu qui, avec le Père et l' Esprit-Saint, vivez et régnez dans tous les siècles des siècles, qu'ainsi soit!
« Que le vin, le sel, la cendre et l'eau soient mêlés ensemble au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit! »
La consécration de l'autel commence. Une sublime prière exprime le sens de l'œuvre sainte:
« Au nom de la Victime unique de propitiation offerte pour nous racheter sur cet autel de la Croi.x qui fut préfiguré par le patriarche Jacob, lorsqu'il érigea une pierre en autel de sacrifice et que d'en haut s'ouvrit l'oracle de la porte du ciel; suppliants devant vous. Seigneur, nous vous prions de commander que la matière polie de cette pierre, où s'offriront les célestes sacrifices, soit enrichie de l'abondance de votre sanctification, Vous qui autrefois avez écrit la loi sur des tables de pierre.
« Dieu, créateur de toutes choses visibles et invisibles, et consécrateur de toutes les sanctifications, daignez être présent à la dédicace de cette table d'autel. Elle va être bénie et marquée par nous, indigne, avec l'imile sacrée
et le saint chrême : mettez en elle la vertu de votre consécration; sanctifiez -la, Seigneur, et que tous ceux qui l'approcheront pour vous prier ressentent votre secours. »
Le Pontife, prenant l'eau bénite, la chaux et le sable, compose un ciment, et ensuite, précédé de la croix, se rend processionnellement au lieu où, dès la veille, ont été déposées avec révérence les reliques qui doivent être incluses dans l'autel. Avant d'entrer, il s'adresse à Dieu: «Faites-nous dignes. Seigneur, de toucher les membres de vos Saints ! » Il reçoit les reliques et les porte à l'autel qu'il doit consacrer. Le Chœur chante:
« Vous sortirez avec joie, vous serez escortés avec joie, et les montagnes et les collines vous attendent et tressaillent de joie. Alléluia !
« Saints de Dieu, levez-vous de vos demeures, sanctifiez ces lieux, bénissez ce peuple; et nous, hommes pécheurs, gardez-nous dans la paix!
« Saints de Dieu, allez au lieu prédestiné qui a été préparé pour vous : et nous, hommes pécheurs, gardez-nous dans la paix ! »
En présence des reliques, déposées avec honneur au milieu des lumières, le Choeur dit le psaume Cantate Domino canticum novmn et le psaume Laudate Dominum in sanctis ejus, deux chants de triomphe. En même temps, le Pontife oint avec le chrême les cavités qui ont été préparées dans l'autel. Le Chœur:
« Saint de Dieu, vous avez reçu un siège sous l'autel de Dieu: intercédez pour nous auprès de Notre Seigneur Jésus-Christ.
« Sous l'autel de Dieu, j'ai entendu la voix de ceux qui ont été tués. Ils disaient: Pourquoi ne défendez-vous pas notre sang? Et ils ont reçu cette réponse divine: Attendez encore un peu, jusqu'à ce que soit complet le nombre de vos frères.
tt Les corps des saints sont ensevelis dans la paix; les noms des Saints vivront éternellement. »
Le Pontife a fermé le tombeau. Il prend l'encensoir. Le Chœur:
« Un ange était debout près de l'Autel du Temple; dans sa main il tenait un encensoir d'or, et on lui donna des parfums en grand nombre, et la fumée des aromates monta devant Dieu. Alelluia ! »
Le Pontife:
« Qu'en votre présence. Seigneur, notre prière s'élève comme l'encens. Que ceux qui auront offert avec dévotion sur cet autel le saint sacrifice, ou qui en auront reçu l'aliment sacré, obtiennent et le secours pour la vie présente et la rémission de leurs péchés, et la grâce de l'éternelle rédemption. »
Une voix rappelle de nouveau la pierre de Jacob, préfiguration de l'autel véritable, et le Chœur entonne le psaume Quant dileda iahernacula tua, ce soupir que David, dans la nuit de l'attente, au pied de l'autel périssable, poussait vers le Tabernacle éternel :
«Mon âme soupire; elle est dans la défaillance, elle aspire aux parvis du Seigneur.
« Jacob érigea une pierre en autel, il y répandit l'huile et offrit un sacrifice au Seigneur.
« Mon cœur et ma chair éclatent de joie et d'amour dans le Dieu vivant.
« Jacob érigea une pierre en autel. . . .
« Car le passereau trouve une maison pour s'y retirer et la tourterelle un nid pour y placer ses petits;
« Jacob érigea une pierre en autel. . . .
« Et moi j'ai vos autels. Seigneur des Puissances, mon Roi et mon Dieu ! »
Parmi tant de sublimes inspirations qui tiennent la liturgie au niveau de la parole de Dieu, il n'y en a point d'où jaillissent plus de lumières, que l'emploi
qu'elle fait des textes de l'Ancien Testament. La liturgie est un commentaire divin de l'Écriture, elle en explique tous les sens, elle en étale toutes les beautés, elle montre l'accomplissement de toutes les prophéties et la certitude de toutes les promesses.
Le Pontife, employant l'huile des catéchumènes et l'eau bénite, fait de nouveau le signe de la croix sur la pierre sacrée, appelle de nouveau les largesses de la bonté divine, en faveur de quiconque aura prié à cet autel. Le souvenir de l'autel de Jacob revient durant le chant du psaume Bonum est confiteri Domino, destiné à célébrer la justice de Dieu.
« L'homme insensé ne pourra connaître les pensées du Seigneur et le fou n'en aura point l'intelligence.
(( — Jacob se leva dès l'aurore. . . .
« Après que les pécheurs auront poussé comme l'herbe, et que tous ceux qui commettent l'iniquité auront jeté leur éclat, ils périront éternellement.
« Et vous, Seigneur, vous êtes le Très Haut éternellement.
(( Et voici que vos ennemis, Seigneur, vont périr, et tous ceux qui commettent l'iniquité vont être dispersés.
« Et mon œil a méprisé mes ennemis, et mon oreille entendra parler du malheur des méchants. * « Le j uste fleurira comme le palmier, et se multipliera comme le cèdre du Liban.
« Jacob se leva dès l'aurore. ... «
On dit le psaume XLIV, qui s'adresse au Messie et à son Église, et le psaume XLV, qui peint la sécurité de l'Église de Dieu :
«Dieu est notre refuge et notre force; il nous assiste dans la grandeur de nos afflictions.
« Le Seigneur est au milieu de la cité sainte, elle ne sera point ébranlée: Dieu la protégera dès le grand matin.
« Les nations ont été remplies de trouble et les royaumes ont été abaissés. Dieu a parlé et la terre a été secouée. . . .
a6 LE PARFUM DE ROME
« Soyez en repos, c'est moi qui suis Dieu: je serai élevé au milieu des nations, je serai élevé dans toute la terre. »
Le Pontife mêle l'huile sainte et le saint chrême sur la pierre, et le Chœur chante le psaume Fundamenta epis in montibus sanctis, glorification prophétique de la nouvelle Jérusalem, également applicable à Rome et à l'Église:
« Glorieuses sont les choses que l'on dit de toi, cité dr Dieu!
« Ne dira-t-on pas de Sion: Un grand nombre d'hommes sont nés dans elle, et le Très Haut lui-même l'a fondée? «
Cependant le Pontife, d'une façon plus pressante et plus tendre, invite encore le peuple à prier. Le Chœur rappelle l'autel de Moïse, comme il a rappelé l'autel de Jacob: «Moïse éleva un autel et il y offrit un sacrifice du soir qui s'éleva en odeur de suavité devant le Seigneur Dieu, en présence des fils d'Israël. »
Mais avant que le sacrifice soit offert sur la pierresacrée, elle devra porter quelques figures des sacrifices de l'ancienne loi. Le Pontife y a disposé cinq croix, chacune formée de cinq grains d'encens qu'il vient de bénir, afin que par son odeur les embûches du démon soient éloignées de l'homme, œuvre des mains de Dieu, racheté du sang précieux de Jésus- Christ, et qu'ainsi l'homme puisse échapper à là morsure du serpent d'iniquité. » L'encens brûle; le Chœur invoque l'Esprit-Saint. Le Saint-Père était debout à l'angle de l'autel, grave et doux, plein de la présence de Dieu. On chantait
(( L'Ange se tenait près de l'autel du leinplt;, il. av^ait à
la main un encensoir d'or, on lui donna des parfums en grand nombre, et la fumée des aromates monta en présence de Dieu. »
Et je me suis dit: — J'ai vu l'ange du Seigneur; je l'ai vu debout près de l'autel du Temple; il avait à la main un encensoir d'or, et son cœur brûlait, et il portait vers Dieu toutes les prières du peuple de Dieu.
Le Pontife:
w En haut les cœurs, et rendons grâce^i au Seigneur notre Dieu.
« Il est véritablement digne et juste, équitable et salutaire que toujours et partout nous vous rendions grâces. Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu clément et éternel, qui n'avez point commencé et qui serez toujours; Dieu qui avez voulu être tout ce que vous êtes; Dieu saint et admirable dont les éléments ne sauraient contenir la majesté. Nous vous bénissons, nous vous supplions: que cet autel soit à vous. Seigneur, comme celui que notre père Abraham, qui mérita de vous voir, érigea et consacra en invoquant votre nom, et sur lequel le prêtre Melchisédech exprima la force du sacrifice triomphal. — Que cet autel soit à vous. Seigneur, comme celui sur lequel Abraham, croyant de tout son cœur en vous, de tout son cœur offrit son fils Isaac, source de notre foi, et où fut manifesté le sacrement du mystère de salut, la passion du Seigneur, lorsque, le fils étant offert, l'agneau fut immolé.
— Que cet autel soit à vous. Seigneur, comme celui qu' Isaac, ayant trouvé un puits d'une eau profonde et pure, auquel il donna le nom d'Abondance, consacra à votre majesté.
— Que cet autel soit à vous. Seigneur, comme cette pierre que Jacob avait placée sous sa tête lorsque, dans son sommeil révélateur, il vit l'échelle mystérieuse par où les anges montaient et descendaient. — Que cet autel soit à vous. Seigneur, comme celui que Moïse, ayant reçu vos ordres, et figurant le collège apostolique, forma de douze pierres. — Que cet autel soit à vous. Seigneur, comme celui que Moïse purifia par une purification de sept jours, et qu'après un entretien céleste avec vous il appela le Saint des Saints, parce que vous lui aviez dit: Que celui qui touchera cet autel soit sanctifié. — Que sur cet autel donc soit le culte d'innocence; que la superbe y soit
immolée, la colère anéantie, la luxure et toute mauvaise passion blessée à mort; que sans cesse y soit offert le sacrifice de chasteté figuré par les tourterelles, et le sacrifice d'innocence figuré par les petits des colombes. «
Après ce résumé des saintetés de l'autel, éclate le psaume Exnrgaf Deus, prophétie de la victoire totale et de l'ascension de Notre-Seigneur :
« Que le Seigneur se lève et que ses ennemis soient dissipés, que ceux qui le haïssent fuient de devant sa face!
« Comme la fumée disparaît, qu'ils disparaissent; comme la cire fond devant la face du feu, que les pécheurs périssent devant la face de Dieu !
« Il est le père des orphelins et le juge aes veuves, le Dieu (jui réside dans son lieu saint!
« Notre Dieu est le Dieu qui sauve. Il délivre de la mort.
« Il brisera les têtes de ses ennemis, des superbes qui marchent dans le péché! »
Une dernière onction est donnée à la pierre qui désormais portera le corps de Jésus-Christ vivant. Le Pontife demande encore que tous ceux qui viendront prier à cet autel obtiennent la bienheureuse éternité.
11 est des intelligences que le besoin de l'harmonie tourmente noblement. Victimes de cette rupture qui a produit le désaccord et la nuit, elles sentent que l'harmonie a existé et que l'harmonie est la même chose que la lumière. Elles cherchent partout la lumière et l'harmonie, sauf dans l'Église, croyant qu'il n'j^ a pas même à chercher par là. Qu'elles regardent pourtant!
Le Dieu Un n'a fait qu'une chose, et la variété de la création, sans limite pour nous, ne constitue qu'une seule création. Toutes les choses créées, visibles et invisibles, sont parfaitement distinctes
et se tiennent parfaitement. Rien ne manque, il n'y a rien de trop, tout est dans la mesure voulue par la perfection d'un ensemble auquel nul détail ne reste étranger. Pas une étoile de trop dans le firmament, pas un atome de moins dans les parties qui composent un atome. D'une parcelle du limon de la terre qu'il avait créée. Dieu a formé l'homme, cet atome; d'une parcelle de ce limon de la terre devenu l'homme. Dieu a tiré l'humanité sacrée de son Fils unique et éternel, le Christ, Notre Seigneur.
L'Église, qui fait l'œuvre de Dieu, ramasse toute la nature en cette unité et cette concorde premières, par l'emploi qu'elle lui donne dans la matière du culte et dans la forme sensible des sacrements. Le Protestantisme rejette la nature, le Paganisme la souillait; l'Église la consacre, catholique encore en ce point. Remettant l'homme en union avec Dieu, pur esprit, elle le remet aussi en communication légitime avec la nature inférieure. Tout inférieure qu'elle est, la nature matérielle est pourtant la sœur de l'homme.
On sait le rôle auguste que l'Église assigne au blé et au vin : ils sont les moyens du sacrifice suprême. L'Église prend le sel de la mer, la liqueur qui donne le fruit de l'olivier, la sève parfumée que laisse échapper l'arbre résineux, la tige de l'hysope, les fibres du lin, la cire des abeilles, la toison des agneaux, l'or, l'argent, les pierres précieuses, et ils deviennent dans ses mains autant de ministres secondaires et d'instruments du culte divin. Elle les emploie pour conférer ses sacrements, par