LA BRUTE
Quels cris ils poussent ! Quelle langue ils parlent ! Quels blasphèmes ils hurlent sans fin! Comme cette meute est affamée de déchirer le Christ !
Non pas tous, pourtant. Il y a de ces hurleurs qui hurleraient volontiers autre chose ; il y en a qui se tairaient s'ils n'étaient payés pour hurler.
Il y en a d'ignorants, blasphémateurs de ce qu'ils ignorent, et c'est même le grand nombre. Ils dévoreront ce qu'on leur fait blasphémer.
Il y en a de pervers, qui secrètement honorent ce qu'ils consentent d'insulter. Ils ont en poche les trente deniers du traître ; quelques-uns se pendront.
Il y a la brute ignorante et perverse à la fois, qui ne sait pas et ne veut pas savoir, qui est tourmentée de haine et qui veut haïr.
Les chrétiens aux bêtes ! La brute crie pour son compte. Il y a longtemps que le Christianisme projette sur elle une clarté qui l'humilie.
Si le Christianisme était enfin étouffé, si cette lumière pouvait disparaître, la brute n'aurait plus conscience de sa bassesse et de sa laideur.
La brute serait tranquille dans sa fange, car il n'y aurait plus d'êtres sans tache; tout le genre humain serait plus près du niveau de la brute,
La brute, incapable de construire, prendrait une pioche et elle démolirait. La brute, incapable de raisonner, prendrait un couperet et réfuterait les docteurs.