IDÉES D'UNE BOURGEOISE
Il est évident que les paresseux, les fourbes, les malpropres, les haineux, les superstitieux, les hypocrites, les voleurs, les cyniques, ont parfaitement abrogé en eux-mêmes la morale de Jésus- Christ.
Ce ne sont pas ces espèces qui soutiendront le gouvernement pontifical, qui exposeront leur vie ou leur liberté pour le défendre, qui lui resteront fidèles s'il est renversé, qui travailleront à le rétablir.
Au contraire, ils pilleront les églises, donneront la coltellata, seront les mains du droit nouveau. Et si madame Dudevant visite Rome « régénérée, » ils la charrieront au Capitole dans leurs bras.
Après cette injustice très hypocrite envers le peuple du droit nouveau, la veuve se lâche contre Rome. Elle parle comme Coquelet, et je ne m'en étonne pas. Au fond, l'illustre veuve, est bourgeoise.
« Rome, dit-elle, n'est qu'une laide, triste et sale grande ville, prosaïque, sans caractère. La Rome moderne ne sert qu'à avilir l'ancienne. Ne s'est-on pas avisé de gâter le Colisée par un chemin de Croix ! »
Les Franciscains prêchent le chemin de la Croix dans le Colisée. « Des bouffons, dit la veuve; leur burlesque fait rire le haut clergé, qui le tolère pour ne pas mécontenter le peuple. »
Enfin, cette Rome moderne fait un si déplaisant contraste avec l'ancienne, qu'il faudrait la trans-
planter ailleurs. Alors on aurait « un beau temple dédié au génie des siècles. » Voilà une idée !
Dans cette Rome « assainie » au moral et au physique, dans « ce musée de l'univers, » l'excellente bourgeoise retrouverait « la véritable Rome de ses rêves d'enfant. » Madame veut ses rêves d'enfant !
Certainement Madame est un maître écrivain. Dans un âge avancé elle conserve quelque fleur. — Mais elle a trop fréquenté la mauvaise compagnie. Les cuistres ont déteint sur elle.
PAROLES d'une PAYSANNE
Le Très Révérend Abbé de Solesmes et un moine de Saint-Paul, visitant le tombeau des Scipions, furent surpris par la pluie. Ils s'arrêtèrent sous un auvent et, attendant que l'averse fût passée, ils dirent le bréviaire.
Une vieille contadine, pauvre et portant un petit fagot, vint au même abri. Elle se tint discrètement auprès des religieux pendant qu'ils priaient.
Ils arrivèrent à la fin du Te Dewn : In te, Domine, speravi, non confundar in œternum. Là, ils firent une pause, regardant si la pluie allait cesser. La bonne vieille alors ouvrit la bouche:
— Signori, dit-elle aux deux religieux, che hella parola : Domine, in te speravi ; non confundar in ceternum ! Elle les salua noblement, remit son fagot sur sa tête et s'éloigna.