‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 60 sur 92 · LES <(ACTA MARTYRUM · texte numérisé non relu

LES <(ACTA MARTYRUM

En vous donnant à lire le chapitre sur sainte Cécile, je vous ai tendu un piège, et vous y êtes tombé.

Par ce privilège d'immortalité, même terrestre, que Dieu fait à un grand nombre de ses saints, Cécile toujours vivante n'a pas cessé d'avoir des amis, L'Église l'a vénérée et chantée, elle a gardé sa maison, y a placé sa tombe. Sur cette tombe, toujours connue des pauvres, la richesse a prodigué ses dons, les arts sont venus s'inspirer; la science n'est pas restée en retard.

Un grand savant de notre époque, un grand et doux esprit tout baigné de belle lumière, aussi pieux que docte, aussi hardi que pieux, qui n'a jamais cru que le mensonge fût nécessaire à la vérité, Dom Guéranger, abbé de Solesmes, vint un jour prier au tombeau de Cécile. Il médita cette noble page d'un poème divin, le poème de l'amour de Dieu.

Il avait entendu Tillemont et ses pareils ; il les a tous écoutés, il sait ce qu'ils disent tous, et pourquoi ils le disent. Par amour de Dieu, par vénération pour sainte Cécile, par pitié pour vous autres, qui vous laissez misérablement écarter de la beauté de Dieu, et qui languissez loin des clartés fécondes au milieu desquelles nous vivons, il résolut d'écrire une histoire de sainte Cécile.

Cette histoire existe. Dom Guéranger l'a écrite avec toute la flamme de son cœur, avec toute la gravité de sa science et de sa profession. Il n'a pas voulu que le moindre doute pût rester sur la sincérité de ses Actes, contestés en haine du culte des saints et de l'Église romaine. Aucun doute n'est plus possible en effet.

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Si j'avais cité Dom Guéranger, vous n'auriez pas osé produire vos objections, car ce nom impose le respect; mais j'aime que vous disiez ce que vous avez dans le cœur. A présent, lisez l'Histoire de sainte Cécile. Elle vous apprendra beaucoup sur l'histoire chrétienne et sur l'histoire païenne; elle vous fera connaître aussi le génie de Tillemont.

Nous voici chez la grande Romaine, entrons avec son historien. Vous ne connaissez pas encore toute cette vie; elle n'a pas fini au martyre, il y a une suite, c'est l'histoire du tombeau. Vous allez voir d'autres miracles; vous allez entendre la tombe attestant que Dieu est admirable en ses saints.

Au neuvième siècle, le pape Paschal se rendit célèbre par sa piété envers les restes des martyrs. Il en retira une grande quantité des cimetières souterrains, et leur donna dans les sanctuaires de Rome une sépulture en même temps plus accessible et plus assurée. La seule église de Sainte-Praxède en reçut deux mille trois cents. On y réunit quatorze papes et quelques-unes des plus illustres Romaines, entre autres Praxède elle-même, sa sœur Pudentienne, Symphorose, Felicula, Zoé, Darie, Émérentienne. Paschal chercha longtemps Cécile, mais cette tombe précieuse ne se trouva point. L'on crut ou que les Goths l'avaient ravagée, ou qu'elle avait été vidée par les Lom-

bards. Cependant Paschal, faisant réparer la basilique de sainte Cécile, souhaitait d'y déposer ses reliques. Il tenta un dernier effort, descendit en personne dans les cryptes et ne fut pas plus heureux.

Peu de temps après, un matin, assistant à l'office divin dans la basilique de Saint-Pierre, il s'assoupit et il vit apparaître une jeune femme très belle et d'aspect virginal, vêtue magnifiquement. C'est lui-même qui le raconte. L'apparition lui dit: « — Nous devons te rendre grâces ! Sur les simples récits du vulgaire, as-tu donc abandonné les recherches que tu faisais pour me retrouver? Un instant tu t'es rencontré si près de moi que nous aurions pu discourir ensemble. « Paschal répliqua : « Et qui es-tu, qui me parles de la sorte ? » Elle répondit : « Cécile, servante du Christ. » Paschai objecta le bruit depuis longtemps répandu que le corps de la sainte martyre avait été enlevé par les Lombards. La vierge reprit qu'en effet les Lombards l'avaient cherchée, mais que, par la protection de la mère de Dieu, son corps était où il avait toujours reposé: «Continue tes recherches, ajouta-t-elle; il a plu au Dieu tout-puissant pour l'amour de qui j'ai souffert, de me révéler à toi. Tu enlèveras donc mon corps avec les autres corps saints qui sont près de moi, et tu nous déposeras dans l'église que tu as fait restaurer. »

Paschal retourna aux Catacombes. Au point d'intersection de deux sentiers, un tombeau encore inexploré, simple, mais de forme particulière, attira ses regards. Le marbre enlevé laissa voir un

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cercueil de cyprès. Dans cette arche, Cécile dormait telle qu'Urbain l'y avait déposée, encore revêtue de sa robe tissue d'or. Les linges, imbibés de son sang, étaient roulés à ses pieds. On retrouva aussi, à peu de distance, les restes de Valérien, de Tiburce et de Maxime. Par une inspiration de tendresse, Paschal reprit à l'église de Sainte- Praxède le corps du pape saint Urbain, et le réunit à ses enfants spirituels pour lui faire partager leur triomphe. Comme Urbain, il laissa la vierge dans l'attitude où elle était morte. Il se contenta de garnir d'une étoffe de soie le cercueil de cyprès, et d'étendre sur tout le corps un tissu léger. Cécile fut placée seule dans un sarcophage en marbre blanc ; un autre reçut Valérien, Tiburce et Maxime ; un troisième, le pape Urbain et l'un de ses successeurs, Lucius, aussi martyr. Les trois sarco phages, entourés d'un mur épais, devinrent les piliers de l'autel principal.

Dans l'église rebâtie et magnifiquement ornée, une immense mosaïque, représentant le Christ entouré des saints parmi lesquels on reconnaît Valérien et Cécile, couvrit le fond de l'abside. Nous en pouvons lire encore l'inscription : « Ici, plein d'allégresse, Paschal a réuni, pour l'amour du Seigneur, les corps sacrés de Cécile et de ses compagnons. Cette famille brillante de jeunesse, dont l'heureuse dépouille fut si longtemps cachée sous l'ombre des cryptes, repose maintenant ici. Rome en tressaille de joie, et la gloire qui en rejaillit sur elle l'embellit à jamais. » Rotna résultat ovans semper ornata per cevum ! O terre des âmes, où les

murailles elles-mêmes chantent ces choses douces et grandes !

En 1599, Paul-Émile Sfondrate, neveu de Grégoire XIV, et cardinal du titre de Sainte-Cécile, ayant dessein de placer d'autres reliques sous l'autel principal de sa basilique, fut amené à rouvrir les sarcophages : le premier contenait une arche de cyprès, fermée simplement d'une planche mobile très mince, retenue au moyen d'une couUsse. Sfondrate lui-même fit glisser l'obstacle, et le corps de la vierge apparut tel que le pape saint Paschal, huit siècles auparavant, l'avait trouvé au fond des catacombes, et l'avait confié à son sépulcre nouveau. A travers la gaze de soie, présent de Paschal, l'or des vêtements scintillait aux yeux des spectateurs. On ôta ce voile. Sur la robe brochée d'or on put distinguer les glorieuses taches de sang. Étendue sur le côté droit, les bras affaissés en avant du corps, Cécile semblait dormir, la tête retournée vers le fond du cercueil. Le cou portait les cicatrices du glaive; le corps se trouvait dans une complète intégrité.

Le second sarcophage contenait trois corps étendus côte à côte, enveloppés séparément d'un linceul. On reconnut Tiburce, Valérien et Maxime. La tête de Tiburce avait été enlevée par saint Paschal; celle de Valérien était détachée du tronc; celle de Maxime adhérente. Le crâne de Maxime, tué à coup de lanières plombées, était fracturé en plusieurs endroits ; il portait tout entière sa chevelure brune collée de sang.

Baronius, envoyé par Clément VIII, vit et attesta

ces choses qui eurent quantité d'autres témoins. Rome se remplit d'un parfum de miracle. Vidimus, cognovimus d adoravimus, dit le grand annaliste. Il ajoute: «On voyait avec admiration que ce corps n'était pas étendu comme ceux des morts dans leurs tombeaux, mais la très chaste vierge, couchée sur le côté droit, offrait plutôt l'aspect d'une personne endormie, inspirant à tous un tel respect, que, malgré l'attrait d'une pieuse curiosité, nul n'osa soulever les vêtements pour découvrir ce corps virginal. Chacun se sentait ému d'une ineffable vénération, comme si l'Époux céleste, veillant sur le sommeil de son épouse, eût proféré cet ordre et cette menace : Ne réveilUz pas ma hienaimée jusqu'à ce qu'elle le veuille elle-même. » Un autre grand témoin, Bosio, cet homme admirable qui, dans ce temps-là, par des prodiges de zèle, de courage et de science, retrouvait les Catacombes abandonnées et quasi oubliées, a laissé une relation complète de l'événement. Il marque cette circonstance, que l'on s'abstint de brûler des parfums près du saint corps, « parce qu'une suave odeur de roses et de lis émanait sans cesse du cercueil de la vierge, et embaumait le sanctuaire où il était déposé. »

Le pape vint à son tour. Clément VIII était ce ferme pontife qui avait refusé deux ans l'absolution à Henri IV victorieux. Devant les restes de Cécile, l'austère vieillard pleura. « Il ne voulut point, dit Bosio, soulever les tissus, ni considérer le corps dans l'état où la mort et tant de siècles l'avaient réduit. Le sang, épanché dans ce tom-

beau, rappelait trop cette chaste rougeur gardienne de la modestie virginale. » Sfondrate craignit moins, et acquit une preuve nouvelle de la sincérité des Actes. Au moment de remettre Cécile dans le tombeau, il voulut retenir quelque chose de ses vêtements. Sans toucher à la tunique de soie qui recouvrait immédiatement le corps, il détacha un morceau de la robe. Alors, dit Dom Guéranger, il osa, avec un respect profond, interroger Cécile elle-même sur les secrets de sa pénitence, et il sentit, à travers les vêtements, les noeuds du cilice qui, comme une forte armure, avait protégé les combats de la vierge martyre.

Telle était cette merveille, que les témoins voulurent transmettre leur admiration à la postérité. Sfondrate en demanda une représentation au statuaire Etienne Maderno, encore très jeune et déjà célèbre. Le dessin fut levé avec une religieuse exactitude, et l'artiste lit la belle statue couchée que nous voyons au pied de l'autel. « Voici, dit l'inscription, l'image de la très sainte vierge Cécile que moi, Paul, du titre de Sainte-Cécile, j'ai vue ainsi étendue dans son sépulcre. J'ai voulu que ce marbre exprimât ce qu'il m'a été donné de voir. » Un détail significatif, que l'artiste eut soin de rendre sensible, peut n'être pas compris aujourd'hui de tous les spectateurs: les trois premiers doigts de la main droite étaient étendus; ceux de la gauche fermés, sauf l'index. Unité de la substance divine, trinité des personnes: c'est la foi de l'Église et le sens du geste symbolique qui attestait, après tant

de siècles, la croyance pour laquelle Cécile avait versé son sang.

Les cérémonies de la translation s'accomplirent au milieu de l'allégresse publique, avec une pompe toute royale. Le Sacré Collège chantait : « Heureuse Cécile! Vous avez triomphé d'Almachius; c'est vous qui avez appelé Tiburce et Valérien à la couronne du martyre. » Prosterné sur le seuil du tombeau, Clément, priant avec larmes, fit à Cécile les adieux de l'Église, et le grand sépulcre, repeuplé de ses hôtes saints, fut fermé encore une fois.

BoNiFACE était le chef des soixante-quatorze intendants qui gouvernaient les domaines d'Aglaé, fille de proconsul; mulier magna, disent les Actes, grande Dame, et grande dame dans Rome, situation dont nous avons peu l'idée. Aglaé était chrétienne de nom, païenne en effet.

Jeune, belle, hardie, elle jetait ses richesses et son âme. Elle avait donné trois fois des jeux publics. Elle cherchait toutes les voluptés de la vie et toute la pompe des voluptés. Boniface était son complice; chrétien comme elle, et comme elle oubliant Dieu.

Du moins, elle et lui voulaient oublier, mais Dieu ne voulait pas. Il ne leur permettait pas de l'enfouir dans l'oubH. C'était au temps d'Agnès, vers 307. La persécution sévissait en Orient. A

Rome, elle avait cessé, mais le sang des martyrs rougissait encore le pavé de la ville.

Quelques gouttes de ce sang avaient rejailli sur les cœurs les plus endurcis par les délices du monde et les rouvraient à Jésus-Christ exilé. Qui n'a senti cette pointe vengeresse et miséricordieuse, cette blessure triomphante?

Qui heurtera les seuils d'Agnès, de Cécile, de Bibiane, de Martine, qui suivra la voie sacrée, qui franchira l'entrée de l'Amphithéâtre et pourra n'être point réveillé, ne point pousser un soupir, ne point demander que Dieu l'arrache tout à fait du sommeil?

Qui n'a gémi de profaner par les oublis du monde, et ce sol que les martyrs ont foulé, et cet air encore plein de leur souffle, et cette liberté que leur sang généreux a conquise pour nous aider à servir Jésus- Christ ? Qui n'a senti la meurtrissure et la morsure des liens de fleurs ?

Qui, même enivré et vaincu, n'a pourtant rendu cet hommage au Crucifié, ce témoignage à ses témoins ? Le sang des martyrs ravive la grâce du baptême! la grâce du baptême crie en nous. O Dieu des vierges, secourez-nous! O vierges de Dieu, priez pour nous! O Christ, fais triompher ton sang répandu pour nous !

Captif de la volupté, troublé en son âme. Boniface essayait de se racheter par des œuvres de compassion. Il assistait l'étranger, il allait la nuit à la recherche des pauvres et leur donnait secours. Au milieu de ses splendeurs souillées et devenues pesantes, Aglaé pleurait.

Dieu voulait davantage, et sa miséricorde persécutait ces âmes dont il voyait encore la beauté contaminée et quasi perdue. Aglaé dit à Bonif ace : « — Nous sommes pécheurs, nous vivons dans le crime et il faudra rendre compte à Dieu. Ami, j'ai peur du jugement de Dieu!

« Or j'ai ouï dire que si quelqu'un honore ceux qui souffrent pour le nom de Jésus-Christ, il aura part à leur gloire; et je sais que les serviteurs du Christ combattent en Orient, subissant les tortures et la mort pour rester fidèles au Seigneur.

« Va donc, et apporte-nous des reliques de ces saints, afin que les honorant, nous puissions être sauvés par la vertu de leurs prières, nous qui n'avons point servi Dieu, mais plutôt le démon. »

Boniface se munit d'argent pour racheter les corps saints et pour assister les pauvres. Quittant Aglaé, il lui dit : « Madame, s'il est possible de se procurer des reliques, j'en aurai. » Il ajouta: « Si c'était mon corps que l'on vous apportât pour celui d'un martyr, le recevriez- vous ? »

Aglaé ne l'entendit point et le reprit de plaisanter sur un pareil sujet. Cependant Boniface s'éloignait tout autre qu'il n'avait été. Pour se rendre digne de toucher les membres des martyrs, il fit le voyage en pénitent, joignant aux jeûnes la prière et les larmes.

Il vint à Tarse en Cilicie, où Simplicius, flattant la furie des empereurs, persécutait les serviteurs de Dieu. Sans arrêter, envoyant ses équipages à l'hôtellerie, Boniface se rendit seul au palais.

Simplicius, occupant son tribunal, faisait cruellement tourmenter une troupe de chrétiens.

Ils étaient au nombre de vingt, souffrant divers genres de supplices. Le peuple regardait plein d'épouvante; les martyrs resplendissaient de sérénité. Boniface marcha droit à eux, les embrassa et s'écria: «Qu'il est grand, le Dieu des saints martyrs! » Le gouverneur, irrité, lui demanda qui il était ? Il répondit : « Je suis chrétien. »

Aussitôt il fut soumis aux tortures les plus savantes. Lui, après avoir imploré le secours du Christ, demandait les prières des autres martyrs expirants. Le peuple, admirant sa constance, s'indigna contre les bourreaux, et s'écria: «Qu'il est grand, le Dieu des chrétiens ! »

Le lendemain, le gouverneur, voyant que les tourments ne pouvaient vaincre ce saint martyr, lui fit trancher la tête. Boniface pria pour la rémission de ses fautes et pour la conversion de ses persécuteurs. Sa prière finie, il reçut le coup de la mort.

Cependant ses gens le cherchaient par la ville, lorsqu'ils apprirent qu'un étranger avait été décapité pour le nom du Christ. Ils reconnurent son tronc et sa tête et les achetèrent au prix de cinq cents pièces d'or. Puis, emportant ces précieux restes et rendant gloire à Dieu, ils reprirent le chemin de Rome.

Aglaé, instruite de tout, bénit en pleurant le Christ victorieux. Avec la sainte audace d'une amie et presque d'une épouse, elle rassembla en grand nombre des fidèles et des prêtres, et portant

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des flambeaux et des parfums, ils allèrent ensemble au-devant du corps sanctifié. Ils le rencontrèrent à quelque distance des murs, sur la voie Latine.

En ce même lieu, la patricienne déposa les reliques de Boniface, et elle y éleva un oratoire digne de l'amour nouveau dont son cœur l'honorait. Glorifiant le nom de Jésus-Christ, elle affranchit ses esclaves, distribua ses biens aux pauvres et se condamna au joug de l'humilité. Après quinze années de pénitence, elle mourut dans la grâce divine et fut ensevelie auprès du martyr.

Par la suite, les reliques de saint Boniface furent transportées au mont Aventin, dans l'église qui porte le nom de Saint-Alexis. Les deux saints sont placés sous le même autel, le héros de la virginité angélique à côté du héros de la pénitence, redevenu ange par le baptême du sang, angelicatus homo.

Sur l'Aventin fleurissent d'autres églises très antiques. Sainte-Sabine, avec son illustre couvent de Frères Prêcheurs, en est le joyau. Par la vertu de sa servante Séraphie, la patricienne Sabine fut amenée au culte du vrai Dieu, et la servante et la maîtresse obtinrent le martyre. Un prêtre de rillyrie leur éleva cette belle église.

Là, saint, Grégoire le Grand a prononcé plusieurs de ses homélies dictées par la colombe; là, vécut saint Dominique; là, saint François, saint Thomas Becket, saint Pie V ont habité; là, pria sainte Catherine de Sienne, cette Jeanne d'Arc plus lumineuse, triomphante par le glaive de la parole. Comme un manteau d'or semé de diamants,

l'histoire chrétienne couvre partout la vieille infamie du sol païen.

L'Aventin était une montagne de honte. Non loin du bois obscène qui entourait la fontaine des Faunes, on y célébrait les mystères ignominieux de la bonne déesse. Le sang des martyrs et les larmes des vierges ont emporté ces souillures.

O sang, ô larmes, ô prières, vous délivrez l'âme captive dans une prison de boue, vous lui rendez la vue du ciel, vous lui en ouvrez le chemin! Que cette histoire du martyr Boniface est profonde! Comme on y sent cette divine nostalgie de l'âme qui a exilé mais qui veut revenir! Et quelle que soit sa faiblesse, quoi que fasse l'ennemi, armée seulement de son bon désir, elle reviendra.

Écoutez l'humble et forte réponse d'un pécheur. Par faiblesse, transgressant la loi de Dieu dans ses œuvres, il ne voulait pas du moins l'abjurer.

On lui disait : « Vous et la plupart des vôtres, vous êtes vaincus. Cette loi austère du Christ, elle est trop dure aussi pour vous, et vous ne l'observez pas. Au fond, vous aimez nos délices, elle vous ont enlacés, elles vous ont désarmés. Vous êtes pécheurs. »

« Oui, dit-il, mais nous en gémissons, et nous nous condamnons, et nous obtiendrons de Dieu cette grâce de ne point nous laisser ignorer que nous avons besoin du martjTe. »

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