‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 81 sur 92 · PAROLES DE UÉVÊQUE DE TULLE · texte numérisé non relu

PAROLES DE UÉVÊQUE DE TULLE

revenir trop souvent: c'est une félicité que vous m'envierez plutôt. L'évêque de Tulle est la véritable voix de l'heure, la voix du lieu, la voix des esprits et des âmes. Il n'avait jamais vu Rome, et il la connaît dans son essence divine. Il sait ce qu'elle est et pourquoi elle est, et son langage est le vêtement, la couleur et la saveur propres des idées qui planent et qui chantent ici. On disait les mêmes choses avec le même accent dans les Catacombes illuminées par le miracle et réjouies des assurances de la victoire ; on enseignait ainsi aux âges théologiques, dans la sérénité resplendissante des écoles, lorsque les eaux immenses de la doctrine couvraient pour ainsi dire le monde, et que toute intelligence s'abreuvait aux profondeurs de Dieu.

L'évêque avait près de lui un de ces livres que peu de savants en ce temps-ci connaissent, même de nom, qu'un plus petit nombre encore consultent, et que seul peut-être il sait bien traduire! Connaissez-vous Lucas Tîidensis, ou Luc, évêque de Tuy, en Espagne au treizième siècle, qui écrivit contre les Albigeois ? Écoutez ce que cet écrivain a dit de Rome :

« Le Christ, suspendu à la croix, avait le front suspendu vers l'hémisphère occidental; sa tête s'inclina de ce côté quand il mourut. Ce prêtre souverain, par l'oblation de son esprit et de son corps, par l'effusion de son sang sacré, consacra le monde, et en particulier la région de l'Occident. Et, en effet, dans cette région a fixé sa demeure le Pontife de Rome, celui à qui, par-dessus tous les

évêques de la terre, le Christ a conféré par excellence le droit de lier et de délier dans toute la plénitude du pouvoir.

« Cette dignité ineffable, le démon l'avait soupçonnée lorsqu'il ambitionnait de mettre son trône dans les flancs de l'aquilon. Il espérait devenir semblable à Dieu, pourvu qu'il lui fût donné d'exercer son cruel empire sur les hommes. ... Le prince du mal s'était donc installé dans Rome. De là, par ses cultes sacrilèges et son précepte mauvais, il tyrannisait l'univers. Notre Seigneur Jésus-Christ, monté sur la croix d'où il devait le vaincre, s'appropria la ville.

« Rome, quoique faisant partie de l'Occident, a son site dans une région brûlante : c'est l'emblème des attributions de la reine et mère de toutes les cités ; embrasée de la flamme de la charité divine, elle réchauffe les glacés par les saints exemples et la bonne renommée, elle illumine les ignorants par la divine science. N'est-elle pas la brillante Reine assise à la droite de Dieu, avec son manteau couvert de broderies? Dans son sein habite celui qu'à cause des splendeurs de son très excellent pouvoir, toutes les nations appartenant à l'ordre du salut proclament avec amour le Pontife romain, le suprême Prince, le plus élevé des Prêtres.

« Ville mystérieuse, elle est littéralement la cité du grand Roi, la cité de Dieu. Dans son enceinte, le Seigneur déploie spécialement sa puissance. C'est sur son sol que se lève la plus haute des souverainetés reconnues par les citoyens de la Foi. On l'appelle à bon droit la montagne du

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