‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 90 sur 92 · ICI · texte numérisé non relu

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coupant, semble contenir une larme non encore tout à fait figée : « Si je ne m'étais arraché de Rome, jamais je n'aurais pu la quitter. Il m'a fallu la violence pour ne pas me laisser séduire, et j'ai fui plutôt que je ne suis revenu. . . . Rendez-moi le Léthé si vous voulez que j'oublie jamais Rome! » Oh! que j'en dirais bien autant! Il est vrai qu'il y a deux Rome, et je suppose qu'Érasme n'en regrettait qu'une, qui n'est pas celle que je préfère; mais qu'importe! Je les aime toutes deux, et mon cœur bat avec le cœur d'Érasme de Rotterdam. Je ne m'y serais pas attendu.

Véritablement la Rome païenne, dans l'état où elle est, mérite bien aussi quelque amour. Elle ne fournit pas un ornement de peu de valeur aux grandes beautés de la ville des Apôtres. C'est un charme indicible d'errer sur le Forum, de suivre la voie Sacrée, de monter le cliviis qui mène au Capitole.

Ici ! ... m. de Maumigny remarque ^ l'importance, la sonorité, la majesté, l'immensité de ce mot dans Rome. Ici César, ici Pierre, ici Charlemagne, ici Raphaël, ici le Tasse, ici Dominique et François d'Assise et Ignace de Loyola! Tant de héros, tant de grands hommes, tant d'histoires demeurant ici f Quam dives urbanum solum! s'écriait le poète Prudence. Les moindres objets deviennent solennels sur ce sol dont la poussière et les pierres sont plus précieuses que l'or et les diamants. Quel moyen d'aller sans émotion de l'Ara-Cœh au temple de Faustine, de la prison Mamertine à la maison de

1 Dans le grave et beau livre intitulé : Les Voix de Rome.

Tibère? d'entrer à Saint Onuphre, où mourut le Tasse, du pas dont on franchirait le seuil de l'Institut? Nulle part on ne sent son rien autant qu'à Rome; et cependant, parce qu'on est ici, l'on prend de soi-même je ne sais quelle idée d'être quelque chose. Les anciens disaient qu'il n'est pas donné à tout le monde d'aller à Corinthe ; ni d'aller à Rome sans doute; et s'y voir est une marque des faveurs de la Providence dont on est enclin à se targuer. Ici! ici!

Dans une salle du Capitole, nous trouvons la louve de bronze, la même qui était sur le Capitole au temps de Tite-Live, et sur laquelle un jour le tonnerre tomba. On nous montre les traces de la foudre. Si c'est bien la louve, si ce sont bien les traces de la foudre, je n'en sais rien. Partout ailleurs, ce bronze ne serait qu'une curiosité; mais ici! Sur la place du Capitole il y a un poste de soldats français; rien de moins intéressant à Paris, et même à Pékin, et même à Rome: mais sur le Capitole, ces soldats sont des Gaulois ; voilà pour Érasme. Et la grande nation des Gaules qui envoie ces soldats, est-elle encore la fille aînée de l'Église; et cette troupe qui garde le Capitole, garde-t-elle aussi le Vatican ? Voilà pour moi.

Et ces enfants qui jouent, ces enfants déguenillés, les mêmes que partout, ne remarquez- vous pas qu'ils jouent autour de la statue de Marc-Aurèle? Enfants baptisés dans le sang du Christ, vrais rois de la terre, germes divins, jouez sur le sommet du Capitole, dispersez en jouant cette poudre qui fut le temple et l'autel de Jupiter, faites-vous un jouet

du simulacre de César! A travers vos rires, j'entends la voix des prophètes qui ont averti Rome et César et la longue suite des dominateurs du monde :

« Tout orgueil est haï de Dieu, toute puissance injuste connaîtra la main de Dieu, toute iniquité des nations est exécrable devant Dieu.

'( Le principe de l'orgueil est l'apostasie. De là les fraudes, les injures, les méfaits infâmes et sans nombre. A cause de ces crimes, l'empire est transféré d'un peuple à un autre; et ceux qui ont apostasie reçoivent des maîtres méchants, jusqu'à ce que le Seigneur les prenne en pitié.

« Dieu a secoué de leurs trônes les princes superbes; il y a fait asseoir à leur place ceux qui étaient humbles et doux. Dieu a fait sécher jusqu'en leurs racines les nations superbes, et il a planté dans leurs terres les humbles qui croyaient en lui.

« Dieu a renversé les nations orgueilleuses, il les a renversées jusqu'aux fondements; et quelquesunes ont été arrachées et exterminées, et leur mémoire a péri,

« Car l'art de faire adroitement le mal n'est point sagesse, et le pécheur périra parce qu'il a réussi. »

Les grands jours sont passés, la ville se dépeuple. La plupart des évêques restés après la Canonisation n'attendaient que la célébration de la fête de saint

Pierre. Ils s'arrachent, le devoir les appelle. Ils courent à leur glorieuse servitude, à leur pauvreté, à leurs angoisses, à leurs périls. Combien en est-il pour qui cette fête de saint Pierre a été la dernière vision de la liberté et des pompes de l'Église ! Tel de ces évêques a bâti de sespropresmains sa cathédrale, dans laquelle il ne peut se tenir debout, et il n'est pas le plus dénué ni le plus à plaindre. D'autres n'ont pas même cette cathédrale de terre et de roseaux; d'autres ont des cathédrales de marbres d'où ils sont bannis par la civilisation moderne, et des églises illustres qu'ils voient profaner par des prêtres apostats, dignes prêtres de cette civilisation qui les bannit; il en est qui, des gradins de l'autel où ils peuvent encore monter entourés d'un semblant d'honneurs, voient la police assise sur les marches de la chaire pastorale, un bâillon à la main. J'assiste aux adieux. Dans les sanctuaires, je reconnais les partants, ceux qui n'ont plus qu'un jour, ceux qui n'ont plus qu'une heure. On vient à Saint-Pierre prendre le suprême congé, dépenser les dernières minutes. Le partant a une manière de regarder et de s'arrêter qui le désignerait entre mille. J'observais ce matin un vieil et saint évêque, maintenant en chemin pour sa rude mission. Mes yeux se mouillèrent. J'allai le saluer. Il étendit la main comme pour toucher tous les autels et tous les murs de la basilique: « Vous, me dit-il, vous pourrez revenir; moi je ne reviendrai point. » Il ajouta: « J'ai rempli mes yeux et mon cœur; que Dieu soit béni! » Je lui baisai la main et je le quittai. Il alla s'agenouiller devant la Confession, le front appuyé

sur la balustrade. Ayant prié, il s'éloigna d'un pas lent. Je le suivais du regard. Il ne s'arrêta point jusqu'au seuil, mais là il s'agenouilla encore, et son front et ses lèvres touchèrent le pavé. O Dieu de miséricorde qui savez où il va, remplissez-le de la joie de vos martyrs!

Et nous aussi, nous avons des figures de partants. Quels regards semblables nous jetons sur ces beautés qu'il faut quitter! Que ces enchantements sont profonds! Que la croix de Saint-Pierre est belle dans l'azur doré du soir!

Entrons, nous dit l'abbé Henri, terminons ce jour devant l'autel, et répétons la prière de Jésus, fils de Sirach :

« Ayez pitié de nous, ô Dieu, Seigneur de toutes choses, et regardez-nous dans votre bonté, et montrez-nous la lumière de vos miséricordes !

« Répandez votre terreur sur les peuples qui ne se mettent point en peine de vous, afin qu'ils connaissent que vous seul êtes Dieu et qu'ils publient vos merveilles. Étendez votre main : qu'ils voient votre puissance !

« Renouvelez vos miracles, faites-en de nouveaux; brisez l'ennemi qui nous persécute, hâtez le temps, et que ceux qui tyrannisent votre peuple tombent dans la perdition. Leurs chefs disent: Il n'y a point d'autre seigneur que nous!

« Rassemblez Jacob, et que toutes ses tribus deviennent votre héritage comme au commencement. Ayez pitié de votre peuple que vous avez

appelé de votre nom, et d'Israël que vous avez traité comme votre fils aîné.

« Ayez pitié de votre Jérusalem, la cité de votre temple, la cité de votre repos : remplissez Sion de la vérité de vos paroles inénarrables ; que votre peuple y voie éclater votre gloire.

« Rendez témoignage qu'ils ont dit vrai, ceux qui dès le commencement du monde ont parlé en votre nom. Récompensez ceux qui vous ont attendu longtemps: que vos prophètes soient trouvés fidèles.

« Exaucez les prières de vos fidèles et conduiseznous dans la voie de la justice, afin que tous ceux qui habitent la terre sachent que vous êtes le Dieu vivant qui voyez tous les siècles devant vous. »

L'Homme-Dieu a été l'homme de douleur. Il n'a fait que des œuvres de justice et de miséricorde et il a été haï, calomnié, bafoué, mis à mort. Ceux qu'il avait guéris par ses miracles, délivrés par sa doctrine, ont crié: Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous! Il a épuisé le calice des iniquités humaines. Ses amis eux-mêmes l'ont abandonné, l'ont renié; il avait nourri de sa chair celui qui l'a vendu. Ses persécuteurs l'ont tué en invoquant l'intérêt du peuple et l'intérêt du ciel; une vile populace a eu licence de l'insulter jusque sur la croix. Voilà l'Homme-Dieu, caché et comme anéanti dans l'homme de douleur.

Cependant il règne, le titre de sa royauté, écrit de la main qui le livre, est cloué à l'instrument du supplice par les mains qui le crucifient. Que d'efforts seront faits pour déplanter ce gibet plus illustre et plus puissant que tous les trônes, pour en arracher ce titre royal! Mais la croix est stable et le titre royal est écrit pour l'éternité. Sans douter jamais de sa faiblesse ni de sa victoire, le divin Supplicié avait dit: J'ai vaincu le monde. Il expire, les ténèbres enveloppent la terre, les morts sortent des sépulcres. Instruit par ces perturbations, l'homme de la force publique, celui-là même qui vient d'assurer l'exécution de l'inique sentence, reconnaît et adore la victime : C'était vraiment le Fils de Dieu ! Nous avons sous les yeux cette histoire et cette figure. La figure est vivante, l'histoire nous a pour témoins. Voici l'homme qui n'est pas semblable aux autres, qui n'est pas né pour les œuvres communes. Dans une chair réservée à la mort, il porte comme nous un esprit exposé à l'erreur, mais non pas cerné dans toutes nos limites et soumis à toutes nos défaillances. Dieu lui est lié par un serment éternel. Il est l'homme à qui le Sauveur a dit : Je suis avec toi. Ici la chair mortelle enferme plus d'immortahté qu'en nous; l'esprit contient plus d'élément divin. Celui-ci est Pierre, qui ne meurt pas et qui ne se trompe pas. Faible, moqué, crucifié comme l'Homme de douleur, invincible comme l'Homme-Dieu, dans les conditions du calvaire il continue l'œuvre du calvaire; il la poursuit depuis dix-huit siècles à la face des hommes prosternés devant le miracle ou stupéfaits et furieux devant le II N 2

problème. Il enseigne, il expie, il délivre, il meurt, il règne; il tient les clefs du ciel, et le ciel est ouvert ou fermé par ses mains.

Il porte un nom incommunicable; il est le Pape, le Père. Toute langue, même rebelle, le nomme ainsi et ne nomme ainsi nul autre. Sa royauté paternelle, la plus ancienne qui soit au monde, est tout ensemble la plus contestée du temps, la plus assurée de l'avenir. La haine de ses ennemis en convient avec l'amour de ses enfants. Ses enfants couvrent la terre, mais disséminés, défaillants, réduits comme force active à une poignée; ses ennemis, au contraire, sont puissants, ardents, coalisés, munis d'armes souveraines. Ils désirent et ils prophétisent la chute de la Papauté. D'où vient qu'ils désespèrent ? D'où vient que la Papauté, environnée de pièges, pressée de soldats, meurtrie de coups et de dérisions, ne voit nulle terre ennemie qu'elle n'espère conquérir? C'est le miracle, c'est le problème; c'est le triomphe permanent et toujours incompréhensible de l'Homme de douleur. Nous avons sous les yeux ce scandale de la raison humaine.

Et comme la raison humaine ne fut jamais plus révoltée contre le Dieu de la Croix et ne nia jamais avec plus d'obstination ses droits sur le monde, jamais son scandale ne fut plus grand. Elle peut se dire qu'elle a tout vaincu. Ce qui n'est pas détruit, elle l'a changé à sa guise. Elle a renversé les institutions, façonné les esprits, paralysé les cœurs. En rompant avec l'ordre surnaturel, ses lois ont proclamé la déchéance du Dieu Christ, dont sa science a nié la divinité et jusqu'à l'existence historique.

Elle a imposé à la terre un droit de sa fabrique, le droit de l'homme, appelé plus tard le « droit nouveau, » et qui est simplement le droit de son caprice. Armée de ce droit, elle a nié et méprisé tout droit antérieur, tout droit de la terre et tout droit du ciel. Elle a violemment dépouillé les rois de leur couronne, les peuples de leur nationalité, les individus de leur propriété, les autels de leur liberté. Ses sophismes corrompent par la peur les âmes où ils n'ont pas éteint la lumière; toute résistance est vaine. Jamais despote plus insolent n'a dit à la conscience: Tais-toi! on ne l'a livrée avec plus de dédain aux huées des sicaires. Oui donc arrête encore la raison humaine, et pourquoi, ayant tout vaincu, n'a-t-elle pas tout emporté? Un seul homme se dresse devant elle sur les débris de la civilisation chrétienne, l'empêche d'en disperser la poussière, et maintient parmi ces ruines l'esprit qui peut tout renouveler suivant les traditions éternelles, sous les ailes de la Croix. Cet homme pacifique dit Non à la raison humaine séparée de la raison divine ; Non à son droit nouveau ; Non à ses entreprises forcenées contre les droits des peuples et contre les droits de Dieu, que l'on annule en les séparant, et dont il est la véritable et complète expression. Dans sa faiblesse, invaincu jusqu'à présent, il garde ce qui ne pourrait périr sans que le genre humain se vît aussitôt replacé sous la dent envenimée du despotisme antique.

Rome appartiendra-t-elle à Pierre, prêtre du Christ, ou à Néron, prêtre de sa propre divinité? Le problème se pose aujourd'hui comme il y a dix-

huit siècles, plus résolument accepté par l'apostasie qu'il ne le fut par l'incrédulité. « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous! « Ce cri de la Synagogue est poussé par des hommes qui ont reçu le baptême. Et comme aux premiers jours, la terre tremble, les ténèbres s'étendent, les morts sortent des sépulcres. Quels fantômes n'épouvantent pas les regards des vivants ? Oui, le sépulcre de Néron peut se rouvrir !

Mais Pierre ne meurt pas.

Pierre! Rangée derrière lui, réveillée à sa voix, émue d'admiration et d'amour, et le saluant des titres magnifiques que lui donnent les docteurs, la Catholicité le nomme encore Moïse, le Patriarche universel, le Père des Pères, l'Héritier des Apôtres, la Bouche et le Chef de l'Apostolat, le Refuge des Évéques, le Pasteur de tous les Pasteurs, le Lien de l'Unité. Un homme donc porte aujourd'hui tous ces noms, est toutes ces choses ; et lorsque Dieu l'eut soudain appelé de la foule, cet homme a entendu encore ces paroles suprêmes qui ne peuvent être adressées qu'à lui: «Reçois la tiare aux trois couronnes. Tu es le Père des Princes et des Rois, le Pasteur de l'univers, le Vicaire ici-bas de Notre Seigneur Jésus-Christ. »

Une partie de l'humanité méconnaît la personne et le pouvoir de Pierre, veut écarter cet homme, veut abolir cette institution; une partie de l'humanité à perdu le sens de la grandeur, a perdu la lumière, veut abolir la dignité humaine et décapiter le genre humain.

Dieu a conduit la vie de Pie IX pour laisser sans

excuse les frénésies qui se révoltent contre son Église. Cette marche laborieuse satisfait même aux conditions que la jalousie moderne réclame des hautes fortunes. Il a passé par les petits emplois, sa piété l'a tenu longtemps au service des pauvres, il a vu de près toutes les misères, pansé de ses mains toutes les plaies; il a donné sa jeunesse aux orphelins, ses veilles à l'étude, son patrimoine aux indigents; il a été toujours plein de générosité, de zèle et de miséricorde. Son premier acte royal fut d'amnistier tous les condamnés ou inculpés politiques, sous le seul engagement d'honneur de se conduire dorénavant en loyaux sujets. Il proclama des libertés désirées et en promit d'autres, ne demandant que le temps nécessaire pour les préparer. L'allégresse des Romains retentit dans le monde entier. Un hosannah incomparable inaugura ce règne qui, sauf de courts intervalles, n'a été qu'une tempête. Le monde eut comme un éblouissement de tendresse. Il entrevit la conciliation possible de l'ordre et de la Hberté. Pie IX ne prétendait rien vendre, ne se faisait rien arracher. Il agissait largement, en homme d'État qui sait jusqu'où il peut aller, en honnête homme qui ne veut pas trop redouter la trahison, résolu même de l'affronter jusqu'aux extrêmes hmites de la prudence, pourvu qu'il y gagne de mettre en lumière sa propre loyauté. Grande et saine politique, mais à l'usage seulement des justes, qui sont seuls les prudents et les forts; poHtique des Papes, par laquelle ils ont conquis toujours, ou plus tôt ou plus tard, l'adhésion de la conscience humaine.

Il est vrai, en un sens, qu'aucune des concessions de Pie IX ne lui a réussi. Ses bienfaits sont tombés sur des traîtres; les politiques ont souri de sa candeur. Le monde est toujours cet ignorant qui, ne voyant rien lever sur les pas du semeur, le raille de sa semence et de son travail perdus. Pie IX a vu le bien possible, il l'a voulu faire; il a cru à la liberté, il lui a tendu les bras; il a cru à l'honneur, et s'est confié aux serments. Rien ne prouve encore que les habiles et les traîtres y aient autant gagné que lui. Par cette expérience, il s'est assuré l'admiration et l'amour des cœurs droits. L'adhésion de la conscience publique est un fonds qui demeure. Elle ne se laisse pas emporter par l'opinion, et elle a son jour.

A l'abondance des bienfaits, les révolutionnaires répondirent par le luxe des trahisons. Les amnistiés renouèrent leurs complots. De l'enthousiasme populaire ils firent une émeute permanente. La sédition, portant des fleurs, s'agenouillait devant le Pontife et lui demandait en hurlant de la bénir. Elle comptait le séduire, elle ne fit qu'éveiller sa prudence; elle crut l'intimider, elle le trouva aussi ferme qu'il restait doux. Elle entreprit alors de le contraindre et lui montra le poignard: elle put déchirer son cœur, non le rendre moins miséricordieux.

Pie IX avait résolu de faire à la liberté une grande part; il ne voulait cesser ni d'être pontife, ni d'être roi, ni d'être père. La Révolution exigeait qu'il sanctionnât ses doctrines, qu'il prît son drapeau. Il condamna ses doctrines et ses œuvres, maintint

hautement les droits qu'elle prétendait lui faire abdiquer, refiisa de déclarer la guerre à l'Autriche. Le Non possumus, opposé depuis à d'autres adversaires, il en a premièrement frappé la sédition, qui lui parlait bouche à bouche. Non posso, non debbo, non voglio. Je ne puis, je ne dois, je ne veux! Devant les thèses philosophiques, il s'écria: Hors l'ÉgUse, point de salut! Les démagogues n'avaient plus que leurs poignards. Le ministre du Pape, Rossi, fut assassiné. Cet homme, jadis mêlé aux conspirations, aimait vraiment l'Italie. Comprenant enfin que la cause de la liberté italienne était la cause même de la Papauté, il eut le bonheur de perdre sa vie pour la vérité qu'il avait longtemps méconnue. L'assassin le frappa sur le seuil du sénat révolutionnaire, à la vue de deux cents misérables prétendus représentants du peuple romain, les uns complices, les autres terrifiés. Aucun de ces lâches ne se leva pour secouer le sang qui rejaillissait sur eux. Le pape, prisonnier, dut fuir pour épargner aux Romains la responsabilité d'un de ces forfaits que Dieu ne punit pas seulement sur les coupables, mais sur ceux qui le laissent commettre et sur leurs enfants.

Le cœur du genre humain suivit Pie IX à Gaëte. A Rome, la République s'installa, présidée par des triumvirs, un assassin et deux traîtres obscurs. Ces sinistres faquins étalèrent aussitôt leur totale incapacité; l'Europe, quoique devenue facile, poussa un cri de dégoût. La république française, mandataire des nations catholiques en

proie aux révolutions, termina par la force les courts destins de la République romaine. Il n'y eut pas même d'étonnement. C'était l'impérieuse volonté, l'impérieuse nécessité du monde. Pie IX revit Rome agenouillée et pleine de joie.

Mais déjà la diplomatie conservatrice reprenait l'œuvre du triumvirat. En rétablissant le Pape, elle prétendait lui imposer la déchéance. Elle ne lui avait rendu que la couronne d'épines. Elle ne l'empêcha pas de ceindre aussi la tiare et de lever la tête au-dessus de tous les fronts, à la hauteur où la tiare doit être vue. Malgré les difficultés de tout genre, Pie IX sut efficacement travailler à réparer les désastres de l'orgie républicaine. Il gouverna son peuple et l'Église, rétablit la hiérarchie en Hollande comme il l'avait rétablie en Angleterre, proclama le dogme de l'Immaculée Conception, embellit Rome et restaura la voie Appienne. Quelques années s'écoulèrent ainsi dans une sorte de tranquillité. Les gouvernements européens ne tourmentaient le Pape qu'en secret. La diplomatie leva le masque au Congrès de Paris. Cavour, ministre du Piémont, parla de la nécessité d'intervenir pour le peuple romain opprimé par le gouvernement pontifical! Les représentants des puissances ne protestèrent point contre ce coup de stylet; ils prirent au contraire en grande considération la parole du Piémontais. L'opinion fut savamment animée contre le gouvernement de Pie IX. Bientôt éclata la guerre d'Italie, qui fut une guerre contre la Papauté. On vit l'envahissement des Romagnes, le guet-apens de

Castelfidardo, l'armée du Saint-Père assassinée, ses provinces envahies, et le consentement de l'Europe à tous ces crimes.

Rien n'ébranla le ferme courage de Pie IX. Le conquérant osa lui présenter d'hypocrites excuses et lui proposer un accommodement. Il répondit que, quand même ses serments ne l'obligeraient pas à maintenir intact le patrimoine de l'Église, il refuserait encore de souiller sa conscience par aucune adhésion à des actes qui engendrent l'irréligion et l'immoralité. C'est là qu'en sont les choses. A l'iniquité triomphante Pie IX oppose son droit désarmé, et l'iniquité et le monde s'aperçoivent avec stupeur qu'il n'est pas vaincu.

Les principales qualités que l'on croit nécessaires aux maîtres de la politique humaine, la dissimulation, le dédain de la justice, l'ambition ardente et impitoyable, le mépris des hommes eniin, manquent à Pie IX; la nature l'en éloigne autant que la foi. Mais il connaît ses devoirs et il les remplit. Il doit soutenir les droits de l'Église et l'honneur de Dieu; il n'y manquera pas, quelque péril qu'il faille braver. Il n'est pas chargé de faire triompher la vérité méconnue, il est chargé de confesser cette vérité jusqu'à la mort. A toutes les suggestions, il a répondu: Non! A toutes les menaces: Faites! Par ces deux seuls mots, il a lié aux portes de Rome les flots de la Révolution. Pourquoi ne passent-ils pas ? Pourquoi le Vatican n'est-il pas submergé? Dieu le sait! Humainement, la constance de Pie IX, supérieure à tous les

désastres, est l'unique raison du prodige. En refusant d'abdiquer son droit, le juste désarmé ne s'est pas seulement montré plus grand que ses agresseurs, il est devenu plus fort. Il a rallié autour de lui une force qui semblait n'exister plus ici-bas, l'amour. Il est aimé. Il donne au genre humain le spectacle salutaire d'un chef de peuple en qui la conscience peut se reposer parfaitement, qui ne dit rien que de vrai, qui ne veut rien que de juste, qui rend pleinement raison de ses actes, et qui, sans autre ressource, par la seule majesté de sa couronne et la seule magnanimité de son cœur, dompte toute violence et déjoue toute supercherie.

Toutefois, s'il dédaigne les menées de la politique. Pie IX n'est pas sans moyens personnels de défense et même d'attaque. Outre cette armure du droit, de la justice et de l'honneur, que ni contrainte ni feinte n'a pu lui faire déposer, il possède la perspicacité, la patience, la décision. Il ne hait point les hommes, il ne les méprise pas, mais il les connaît. Lorsque son œil pénétrant et calme a saisi la fraude, il est en garde pour toujours. Les conspirateurs ne l'ont pas trompé longtemps. Il a saisi leurs combinaisons les plus enveloppées, et, sauf peut-être certains coups de scélératesse qu'un homme de bien ne saurait prévoir, rien ne l'a surpris.

Il n'a craint ni de se taire, ni de parler; sa miséricorde sait attendre, sa vigilance sait se hâter; il élève à propos sa voix loyale qui éclaire la bonne foi, démasque la fourbe, condamne l'erreur. Il a une éloquence soudaine, forte, toujours simple. Quand l'ennemi semble sur le

point de faire un dernier et victorieux effort, Pie IX trouve aussitôt une occasion de parler. Il prononce un mot qui retentit par toute la terre. Un jour, à Saint- Jean de Latran, il étendit la main du côté du Colisée, voisin de l'auguste basilique: « Cet amphithéâtre, dit-il, ce Colisée qui est près d'ici, fut, dans les premiers siècles de l'Église, un calice qui reçut le sang des héros chrétiens. Il est aujourd'hui la coupe qui reçoit nos larmes. Ce sang et ces larmes crient vers le ciel; ils toucheront le cœur de Dieu en faveur de son Église. Assurezvous, comme je le suis moi-même, que les desseins des ennemis de la sainte Église ne prévaudront pas. C'est en la dépouillant de son autorité temporelle qu'ils ont espéré la détruire. Et moi, j'ai la certitude que cette autorité même lui sera rendue, et que le Saint-Siège rentrera dans toutes ses possessions. Il se peut que je cesse de vivre avant que de voir cette justice, mais qu'importe? Simon, fils de Jean, est sujet à la mort; Pierre ne meurt pas. »

La foi et la bonté sont les traits dominants de cette physionomie où se réunissent toutes les splendeurs morales. La foi est sans lim.ite ; la bonté ne reçoit de bornes que des nécessités de la justice. Ces deux soleils, la foi et la bonté, se meuvent dans une intelligence vaste comme le ciel. La présence et la conversation de Pie IX procurent à l'âme cette sorte de bien-être dont on jouit devant un paysage d'une immense étendue, plein de magnificence, sous un ciel parfaitement pur. C'est une sensation

presque identique d'être auprès de Pie IX, ou, par exemple, de considérer Rome des hauteurs de Monte-Mario: même majesté douce, même sereine allégresse de lumière; et toute l'histoire est là, ramassée en un seul point. Le monde entier a reçu cette impression et en rend témoignage; car Pie IX est de tous les hommes vivants celui que le monde a vu de plus près. Il a accueilli une foule innombrable d'individus de tout pays, de tout âge, de toute condition, s'est entretenu avec eux et les a laissés ravis et embaumés de sa douceur. Cette patience qui écoute tout, cette intelligence qui entend tout, sont servies par une mémoire qui n'oublie ni un incident ni un visage. Il s'est souvenu du pauvre, du mendiant, de l'esclave, et il les a consolés. Sa gravité est aisément souriante, aisément attendrie. Il parle des hommes sans amertume, évitant de nommer ceux qu'il devrait blâmer. Lorsqu'il se défend contre eux, il y a de la compassion dans son langage. En caractérisant l'acte mauvais, sa foi voit la terrible responsabilité du pécheur ; l'on sent que son cœur voudrait absoudre.

Cette mansuétude peut faire place à la sévérité du prince, du docteur et du juge. Les petits l'ignorent, quelques grands l'ont appris. On a vu des hommes constitués en dignité sortir terrifiés d'auprès de ce roi débonnaire. Mais ces rigueurs sont rares, il faut que la nécessité les impose. La bonté déborde. Envers les humbles, elle va jusqu'à la prévenance. Pater pauperum, c'est un des noms de Jésus. Tous les hôpitaux de la ville ont vu maintes fois le souve-

rain Pontife au lit des infirmes, faisant les fonctions d'un simple prêtre. À l'époque du choléra, il reçut la confession et le dernier soupir d'un pauvre que personne n'assistait, tant les malades étaient nombreux. Mais qu'est-il besoin de dire que le souverain Prêtre ne se dispense d'aucune des obligations du fidèle; qu'il est humble, doux, patient, charitable, résigné, que sa vie est une perpétuelle pénitence et un perpétuel labeur?

La vie du Pape est réglée pour le travail comme celle d'un religieux. Un jour de chaque semaine est assigné pour une classe déterminée d'affaires qui réclament l'attention continuelle du Pontife ou du Prince. Dans le courant du mois, même de la semaine, tous les services généraux de l'Église, tous les services particuliers de l'État sont inspectés et dirigés. Le Saint-Père voit en outre quotidiennement le secrétaire d'État ou son substitut. Il est, de plus, informé par ses camériers intimes, divers de caractère, d'aptitudes et de nation, en relations par leur origine avec tout ce qu'il y a d'élevé en Europe, tous prêtres occupés d'œuvres importantes, véritables aides de camp de charité. Si l'on ajoute cette multitude de visiteurs, prélats, simples prêtres, particuliers de tous pays et de toutes conditions, hommes d'État, hommes du monde, pauvres pèlerins venus à pied, on avouera que nul souverain n'est aussi occupé que Pie IX, et que nul homme n'a sujet de se croire plus instruit des besoins, des vœux, des sentiments et des erreurs du temps.

Dans une intelligence si ferme, une pareille expérience, unie aux lumières supérieures de la foi, devait produire ce que le monde contemple avec un accroissement continuel d'amour: je veux dire cette assurance, cette sérénité d'une force invincible au milieu de toutes les réalités de la faiblesse matérielle. Pie IX n'ignore point ce que peuvent ses ennemis, mais il n'ignore pas non plus la place qu'il tient et ce qu'il peut par lui-même. Il a posé la main sur le cœur de l'humanité, il en a discerné les battements, et il sait, si l'on ose ainsi parler, que Dieu n'est pas tout seul avec lui. Plaçant en Dieu son espérance, il fait néanmoins cet honneur à la conscience et à la raison humaines d'attendre aussi quelque chose de leur côté. Après avoir bu jusqu'aux dernières lies de l'aveuglement, de l'ingratitude et du mensonge, et quand la coupe vingt fois vidée est touj ours pleine, il n'a pas désespéré, il n'a voulu douter ni de la foi, ni de l'amour, ni de l'honneur, ni même du bon sens. Il a frappé à ces portes obstruées et gardées; il a demandé des bras, il a demandé des aumônes, et il a obtenu ce qu'il demandait. Tant que ses besoins dureront, il demandera, il obtiendra. Il a seul les paroles auxquelles répondent encore les cœurs; la vénération était morte sur la terre, il l'a ressuscitée.

Il en fait aujourd'hui même une expérience suprême, dont le succès, espéré de lui seul, est aussi honorable pour la société moderne que glorieux pour le ferme esprit qui l'avait prévu. Voilà terminé ce grand acte de la canonisation des martyrs japonais. Après la définition de l'Immaculée Con-

ception, rien ne pouvait davantage s'éloigner des préoccupations du siècle; mais rien non plus ne pouvait mieux attester l'inébranlable foi de l'Église et sa persévérance auguste dans les traditions que l'orgueil rationaliste déclare épuisées. La philosophie et la politique prétendent que le monde ne croit plus aux saints ni au Pape. Pour prouver que le monde y croit encore, le Pape conçut la pensée d'inviter le monde entier à la fête et d'appeler autour de lui, pour ce jour-là, tous les évêques de la catholicité.

Un pareil dessein, il faut l'avouer, épouvanta les conseillers à qui le Pape s'en ouvrit. Ils craignirent les gouvernements, ils craignirent l'avenir. La célébration était fixée à six mois. Dans six mois, le Pape serait-il encore à Rome ? Pie IX écouta tout, et ne redouta rien. Il avait considéré que, si les évêques étaient empêchés, le monde alors saurait clairement où en est la liberté de l'Église.

L'événement fait voir avec quelle justesse Pie IX avait deviné les cœurs et apprécié les situations. Les évêques sont arrivés de tous les lointains. Quel spectacle, quel coup de politique inspirée! Trois cents évêques et tant d'autres témoins rassemblés de tous les peuples, pour dire à Rome ce que le Pape est dans Rome; pour attester à l'univers ce qu'il en est de la vie déclinante de la Papauté et des vices prétendus de ce gouvernement temporel du souverain Prêtre que l'on veut remplacer par l'arrogance ignorante du sabre et par l'insulte du bâton !

Malgré l'angoisse de ces temps lugubres et petits, nous sommes bienheureux, nous tous qui nous trouvons là! Nous regardons faire une grande chose, une chose voulue, déclarée, préparée, et qui se fait noblement dans la forme annoncée, en toute lumière. Le mortel qui est ici-bas par excellence le Fils de l'homme et le Fils de Dieu, celui par qui le ciel et la terre se réconcilient, pose de ses mains pacifiques, sur le sol délayé, un de ces blocs où s'affermit le pied du geru^e humain. Nous contemplons de nos yeux, nous pouvons en quelque sorte toucher de nos doigts la grâce de la protection divine. L'acte de foi n'est plus que le cri de l'évidence, l'aveu même de la raison; avec l'admiration, avec l'amour, dans ce centre du monde menacé par la folie du monde, nous goûtons la sécurité.

Parcourant notre Rome et l'embrassant d'un cœur filial, si nous venons à penser qu'on veut nous la ravir, nous éprouvons plutôt un mouvement de sainte colère qu'une impression d'effroi. Nous comprenons le crime immense, mais aussi l'immense sottise des médiocres larrons qui se targuent d'emporter pareil butin. Dans le livre du Fils d'Amos, le roi des Assyriens, vainqueur de Samarie par le courroux de Dieu, demande qui l'empêchera d'aller à Jérusalem et de piller le Temple? — « Tout à l'heure, dit Dieu, je visiterai l'insolence du cœur d'Assur, et sous sa victoire j'allumerai un feu qui le consumera. » Nous nous rendons d'un sanctuaire à un autre, et nous entretenant de l'histoire d'Assur, nous nous informons des lieux

où passera Pie IX, pour nous prosterner devant le fort de Sion.

Les fêtes succèdent aux fêtes; fêtes des yeux et du cœur, fêtes de l'âme et de l'esprit, fêtes du temps et de l'éternité. Ces joyeuses et saintes merveilles contiennent la démonstration de toutes les vérités contestées par l'erreur. Le roi de la Paix y préside, entouré d'hommes venus de toutes les parties de la terre, et ces hommes sont les pasteurs du genre humain, les cœurs qui ne tremblent pas, les voix qui ne se taisent pas, les pensées qui ne meurent pas. On les voit prosternés dans ces poussières fécondes du Colisée, du cirque de Néron, de la voie d'Ostie, des prisons Mamertines, des Catacombes, aspirant la vie inépuisable qui jaillit de ces grands tombeaux, recevant une nouvelle force du baiser de Pierre vivant et rayonnant au milieu d'eux.

Pendant que le peuple, libre et content, multipliant les témoignages d'amour pour son roi, se repose du travail en contemplant la splendeur des pompes sacrées; pendant que les esprits plus cultivés visitent les trésors de l'Art, de la Science, de l'Histoire, une intelligence tranquille pourvoit sans effort à cette première nécessité du genre humain que l'on appelle le gouvernement de l'Église. Malgré les fureurs de la tempête, le sublime pilote, assis à la barre, l'œil sur les cieux, d'une main aussi hardie que douce, d'un cœur aussi ferme que clément, prend dans la voile tout ce vent d'orage et lui livre le vaisseau.

Tel nous apparaît Pie IX. La postérité le con-

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naîtra mieux, parce qu'elle connaîtra l'ensemble et la suite de ses œuvres. Elle le verra victorieux; elle vénérera en lui l'un des plus majestueux pontifes que la miséricorde divine ait voulu accorder à l'Eglise. Nous, ses contemporains, qui le contemplons si élevé au-dessus de la stature commune, nous avons de plus près le rayonnement de sa douceur, la douceur de Moïse et de David. Les yeux filialement attachés sur lui, nous nous réjouissons de voir comme Dieu l'a bien fait pour soutenir les regards de toute la terre. Ses ennemis auront en vain dérobé de criminelles victoires; déjà leur destinée est visible: ils périront étouffés de rapines et criblés de sifflets. Pendant que ces victorieux d'un jour plongent dans une boue sanglante, la noble figure du Pontife-Roi domine, de plus en plus forte, loyale, sereine, humble, ornée de toutes les saintes splendeurs, et le temps est proche où plus d'une voix, parmi celles qui l'ont nié, s'élèvera pour confesser qu'il est le pilier du monde.

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