LES MADONES
sont nus, ses cheveux dénoués flottent dans l'air que n'ont pas traversé les haleines humaines, son vêtement n'est qu'un voile ; les misères de la nature mortelle lui sont inconnues.
Elle descend portée sur les anges, à travers la lumière divine. Le Ciel pressent un grand dessein de miséricorde sur la race d'en bas. L'Ambassadrice du Créateur remontera pour attirer des légions de saints. Ouvrez-vous, portes éternelles !
Ces anges enfants qui Tentourent, prophétisent les moissons de fleurs pures que la terre, désormais arrosée par les eaux du baptême, germera pour les cieux. Désormais la terre donnera au ciel non-seulement des fruits, mais des fleurs.
Tel est le tableau du grand Espagnol, véritable fils de cette nation théologique qui a produit tant de docteurs profonds. Murillo vivait au milieu d'un peuple qui, pour formule de salut cordial, avait adopté une profession de foi à Timmaculée conception de Marie.
Néanmoins le tableau de Murillo est Tidée de Marie, ce n'est pas encore Marie ^ c'est la Vierge attendue pour donner le jour au Désiré des nations, ce n'est pas la Mère incomparable, riche de tous
les dons, comblée de toutes les grâces, abreuvée de toutes les douleurs.
Mère de Dieu , mère de douleurs î Protectrice des hommes, ennemie victorieuse de Satan ! Mère de miséricorde, miroir de justice ! Lis de toute candeur, océan de toute science ! La ^^ierge de la Crèche, la Mère du Golgotha, la Reine du Cénacle !
Celle qui a vécu parmi nous dans ce corps où la vie ni la mort ne purent rien détruire : si saint que son attouchement remplit de fleurs le gouffre du tombeau; si parfait et réalisant si pleinement la conception divine de la beauté, que Dieu ne le voulut point laisser à la terre I
Le réunissant de nouveau à son âme. Dieu le revêtit d'immortalité sans rien changer à sa forme mortelle ; et telle que les hommes Font vue, l'enveloppe virginale de Marie demeure parfaite devant les regards qui découvrent des taches dans les séraphins ! -J
Cet idéal, Murillo ne Ta pas atteint, aucune main d'homme ne l'atteindra. Les madones les plus pures des époques les plus ferventes, celles du Beato lui-même, ne présentent que quelques traits fugitifs du rêve qui se forme dans le cœur.
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Je n'ose parler de Raphaël. Il a commencé par la Vierge du Sposali\io, il a fini par la madone de Saint-Sixte-, mais dans Tintervalle, s'écartant du type entrevu , il a pris la voie de la beauté charnelle. Par cette voie, l'Art est descendu. Que nous donne TArt , maintenant ?
Des figures mélancoliques, pâles, maladives, des ; figures à la mode, souvent des figures tout à fait viles. On rencontre de ces dernières jusque dans les églises. Œuvres de peintres impies, qu'acceptent des juges trop peu vigilants.
Beaucoup d'artistes croient avoir atteint le but lorsqu'ils ont composé quelque doucereuse figure de jeune fille, dans les bras de laquelle ils placent un doucereux enfant. C'est une vierge quelconque; ce n'est pas la Vierge, encore moins la Mère.
Le mauvais goût encourage ces fades ouvrages, comme il fait triompher la sotte littérature des « Mois de Marie », et toute cette mesquine dévotion qui célèbre la sainte Vierge avec une fausse théologie, de fausses fleurs, des mélodies fausses et des vers faux.
De la très-auguste Reine du Ciel, on fait, — que Dieu nous pardonne, — on fait une « petite maman », pareille d'ailleurs à beaucoup de mères
soi - disant chrétiennes -, une petite maman qui n'exige ni travail ni vertu, et qui pardonne tout, pourvu qu'on la caresse.
Oui, Marie est une mère, mère très-clémente à ses enfants d'adoption. Devant le trône de Dieu, elle élève sa toute-puissante prière en faveur du pécheur contrit : mais elle n'est pas cette femmelette qui, par un lâche amour, trahit la gloire du Père et lame des enfants.
Artistes chrétiens ! pour l'honneur de votre art et pour remplir les desseins de Dieu, recourez à l'Eglise, écoutez ce qu'elle vous dit de Marie, sortez de vos misérables conceptions. Car, en vérité, vous vous égarez et vous égarez les autres.
Marie « est l'ouvrage d'un dessein éternel. » Si Dieu avait, comme nous, besoin de temps, il n'aurait pu se former l'idée d'une créature si parfaite, à moins d'y employer une éternité. Saint Jean de Damas appelle Marie « la bonne grâce de la nature humaine. »
Rien que par sa naissance, elle a été la plus illustre dame qui se soit vue sur la terre, fille d'une longue génération de saints et de rois. A Téclat dé son visage , saint Denys l'Aréopagite Teût prise