‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 108 sur 230 · LE COUVENT ET LA CASERNE · texte numérisé non relu

LE COUVENT ET LA CASERNE

Le beau couvent dominicain de la Minerve est en partie occupé par un bataillon français, en partie par les religieux. On y peut étudier, toute vive, la différence du couvent et de la caserne.

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Dans les grandes salles, on voit des fusils au 'atelier-, dans les vastes corridors, on entend les oropos du corps de garde -, dans les cellules, les lurements remplacent la prière; dans la classe de )hilosophie, il y a des maîtres d'escrime.

A cela près, c'est la même chose. Les soldats et es religieux sont une force dévouée, une force miliante. Seulement Pobéissance du moine est volon> aire et raisonnée , celle du soldat imposée et iveugle.

Le dominicain est essentiellement prêcheur. \vant de prêcher, il étudie, il prie longtemps. Il ,ie munit de textes, il prépare ses preuves, il leur 'donne une forme polie. Il s'adresse à la raison des lommes, il s'adresse à leur cœur : il a bien écouté. :e que leur raison peut objecter et ce que leur xeur demande.

Le soldat aussi est prêcheur, fait pour persuader. Ses procédés aussi requièrent de Tétude. Il apprend i manier le sabre, à manœuvrer la baïonnette, à aire feu dans toutes les positions. Quand il sait :ela, on lui donne des cartouches : le voilà en état le résoudre toutes les objections de l'esprit et du xeur.

Le religieux va seul. Le soldat sort par bandes. Test une belle chose qu'un régiment. Gela est plus

beau que le lion et le grand serpent de mer; plus beau que Léviathan et tout ce que l'on a pu voir ou imaginer de monstres vigoureux et redoutables.

Il a des trompettes, des aigrettes, des pompons. Son corps souple et rapide est hérisssé d'écaillés aiguës, faites d'acier fin et qui luisent au soleil-, et de chacune de ces écailles, la mort peut s'élancer vingt fois en un instant avec le bruit et la rapidité de la foudre.

Ce corps a la faculté de se diviser, de se rejoindre, de faire face partout, de s'éparpiller, de poursuivre l'ennemi qui fuit, d'envelopper l'ennemi qui résiste, de le couper. li se ramasse, se serre, frappe, écrase. Il a autant de têtes que de membres, et ces têtes ne se contrarient jamais.

Mais une plus curieuse merveille, c'est la conviction où sont aujourd'hui les hommes, que la liberté de leurs opinions est plus menacée d'un seul religieux que de cent régiments *, — et cela dit assez quelles opinions les hommes d'aujourd'hui se font de la liberté.

La Minerve a une bibliothèque et une église. L'église renferme le tombeau de la dominicaine sainte Catherine et le tombeau du dominicain Angelico de Fiesole, avec l'épitaphe composée par

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le grand Pape Nicolas V. La bibliothèque est pleine de livres et de manuscrits.

Je ne nie pas la gloire des armes, et les régiments sont des objets respectables et utiles, malgré la facilité d'en abuser; mais il faut de tout. Jamais régiment n'a laissé ni beau tableau, ni bon livre ; et les moines sont aussi très-utiles pour empêcher l'usage illimité des régiments.

Si les moines étaient tout à fait chassés -, si les fusils envahissaient aussi la bibliothèque \ si les livres servaient à confectionner les cartouches, les manuscrits à allumer les pipes -, si le tambour et la pipe venaient à remplacer la cloche et l'encens jusque dans l'église, je doute que ce fût grand profit pour la Uberté des opinions.

Qu'est-ce qu'un moine ? Un homme qui laisse sa part aux autres et qui se donne pour servir les autres. Il vit de peu -, sa vie est employée à bénir et à pardonner. C'est le rôle que l'on voudrait assigner au Pape. Et ceux qui remplissent ce rôle, on aspire à les expulser pour transformer les monastères en prisons ou en casernes !

Inutiles raisonnements. Andremo al fondo. Nous détestons le moine, nous tâterons du soldat.

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