‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 109 sur 230 · LE LAMEXTO DU PEINTRE · texte numérisé non relu

LE LAMEXTO DU PEINTRE

Joseph , le peintre , est un ouvrier généreux , élevé dans les vieilles coutumes, attaché à tout ce qui est ancien. Il a mieux aimé TArt et le soleil à Rome que la fortune à Paris. Très-monarchiste, très-aristocrate, très-méprisant des fadaises et des bassesses modernes.

(( — Mais, me dit-il, nous pouvons nous réjouir d'aimer le YvdX pour le Vrai, à meilleur titre que les butors qui se targuent d'aimer TArt pour l'Art. Nous n'arriverons à rien et nous ne sauverons rien. Que peut devenir une société où la hiérarchie n'est plus guère aimée que de pauvres diables comme nous ?

(( Rome était notre planche dans le naufrage d'un monde où nous avons manqué de cent ans notre entrée. La planche enfonce sous nos pieds. Que Rome était belle au temps de Grégoire ! Quel peuple fier et joyeux ! En certains jours, vous n'auriez pu trouver un commissionnaire. On chantait, on dansait, et l'on envoyait pro-

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mener vos baïoques. « Que votre Excellence ellemême se serve ! » Mais voici qu'ils deviennent arrogants et serviles.

« Depuis vingt ans, la Révolution a détruit jiour à jour la meilleure ville et la meilleure vie 'qui fussent au monde. Vous voyez Rome mourir. Le luxe a pénétré partout; il a corrompu es mœurs, il a ravagé la magnificence.

« Les Romains se trempent de bourgeoisisme. '^a liberté vraie n'en a pas moins souffert que a belle vieille simplicité. L'esprit municipal :hasse des rues les ouvriers et les, petits mar- ,:hands ; on impose des patentes pour se donner iies trottoirs. Encore un peu, ils défendront aux ;irbres des jardins de pencher sur la rue !

« Mais le mal est plus grand î Sans mauvaise ,ntention, Consalvi a perdu l'État en le jetant lians le système moderne. Le gouvernement eclésiastique est devenu séculier. Ce mérite que 'on prétend vouloir lui donner, il l'a*, c'est précisément son défaut.

(( Le Pape régnait, il ne gouvernait pas, et on ignorait la plaie bureaucratique. Le pays l'administrait sous des légats. Le prélat qu'on aisait ministre prenait un secrétaire, c'était tout

le bureau. Maintenant chaque ministère entretient son bataillon d'employés, fort entendus à vexer le contribuable qui les nourrit.

(( Ils s'entêtent de la science matérielle; cett science jadis si justement méprisée, qui machinise tout ! Dites-moi en quoi ses adeptes se distinguent du castor, du ver à soie et de Tépinoche ? Toutes les bêtes sont très-avancées en civilisation utilitaire ! Et elles ont sur le matérialiste une grande supériorité : elles ne troublent point les lois constitutives de leur espèce.

(( Ah ! les barbares imbéciles, qui donnent le pas à la matière sur Tesprit, et qui croient qu'ils vivront et que même ils grandiront !

(( Et nous, pauvres artistes, quel sera notre sort? Il nous faudra devenir employés, photographes, dessinateurs de prospectus.

(( Si le bon Dieu, pour mies péchés, me laisse vivre encore quelques années, je serai chassé de la campagne de Rome. Cette belle campagne était à moi : ils la couperont de murailles -, déjà rhorrible locomotive y jette ses fumées infectes et ses hurlements.

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« Avez-vous remarqué comme cette machine déplante les populations ? Elle les jette dans la ville, les y laisse pourrir , ou les ramène pourries ! Elle arrache les tombeaux, elle arrache les autels ; l'homme est déraciné.

« La campagne se hérisse de barrières. Nous serons dépossédés ; dépossédés de l'espace , de la solitude de Pair vivant. Je vous dis qu'il faudra croupir dans un bureau !

« Les belles villas tomberont, les beaux arbres seront coupés. Les riches étaient des gens qui faisaient de belles choses pour nous, et par

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