‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 119 sur 230 · UN RELIGIEUX ET COQUELET · texte numérisé non relu

UN RELIGIEUX ET COQUELET

— Je suis né juif, nous dit ce Religieux et j'ai été élevé dans la science des Egyptiens. J'ai commencé par haïr le Christ, j'ai appris à le mépriser. Le mépris raisonné, le mépris savant m?a poussé plus loin -, je me suis enfoncé dans l'indifférence.

J'ai lu les impies, j'ai lu les cyniques, j'ai lu les railleurs -, j'ai vécu parmi les générations qu'ils ont formées. J'ai contracté les goûts de ces foules sans Dieu -, bien plus, j'ai contracté leur orgueil. J'ai cru que Dieu n'était pas, — et je me suis cru Dieu.

Je me suis loué d'être né en ce temps de grandeur, ce temps de la lumière et de la reconstruction -, ou plutôt, ce temps qui verrait l'humanité, employant les matériaux amassés par la série des siècles, construire enfin l'édifice de son repos triomphant.

J'ai dit, j'ai écrit, j'ai même un peu cru que je verrais le dernier jour du Christ, que je verrais à

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Tœuvre les ouvriers qui arracheront les fondements du dernier temple. J'étais un homme de quarante ans, un lettré, un savant, un homme formé et installé.

Je n'étais point de P Institut, mais j'avais fait fortune et je ne voyais pas que Tlnstitut me fût inaccessible : franchement, il ne Tétait pas. J'avais lanté force académiciens, force orateurs, même des ninistres. Ils ne m'avaient point étonné... en un ;ens.

C'est à cet âge que je suis devenu chrétien, et >rêtre, et religieux. Comment? il n'importe. Sachez eulement, excellent Coquelet, que ce fut sans caastrophe dans ma vie ni dans mon cœur. Je n'ai )as été ruiné, je n'ai assassiné personne, enterré personne.

Je n'ai pas été renversé sur le chemin de Damas. Lucune voix inconnue ne m'a parlé en plein jour !i en pleine nuit. Tout ce qui m'a été dit, m'a été it en français, même en assez médiocre français, ar des hommes de chair, — et qui n'étaient pas Dlouissants.

Nul miracle sensible dans cette conversion, sauf 1 seul. — Lequel? dit Coquelet. — L'absence, re-

it le Religieux, de tout miracle. — Hallucina- 30 ! dit Coquelet. — Oui, dit en souriant le Re- ^ieux: alors, voilà le miracle que je n'ai pas vu.

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J'eus donc, vers quarante ans, cette « hallucination » qui me persuada de lire le catéchisme et de vouloir enfin saisir le dernier mot de l'Institut, malgré les fuites et le silence de l'Institut. Et je devins chrétien, puis prêtre, puis moine. Il y a dix ans.

Et le mot ? demanda Coquelet. — Le mot, reprit le Religieux, c'est Jésus-Christ *, il y a un second mot, qui est le même, c'est Pierre -, et toute la science est écrite ici près, livrée à tous les yeux : Tu ES Petrus, et à la suite. — Nous savons cela, dit Coquelet.

— Hélas ! nous dit le moine. Or, dussiez-vous, pour savoir ce mot, donner votre vie, vous feriez un bon marché. Et moi, volontiers je donnerais ma vie pour vous l'apprendre. — Il vous serait dithcile, dit Coquelet.

— Difficile de donner ma vie ? Elle est déjà donnée. Difficile que vous appreniez? Non, si Dieu le veut. Mais il ne s'agit pas uniquement de vous. Il y a d'autres hommes. Il y en a qui ne refusent pas Dieu, il y en a que Dieu ne refuse pas.

Qui m'a valu « l'hallucination w dont vous parliez, ce que nous appelons, nous autres, la grâce de la conversion ? Pourquoi moi plutôt que vous ? Quelque bonne cime aura conjuré Dieu de me

CONSULTAI ION rOLR LN MEDECIN, ETC. ^31

3rendre, et telle a été la force de cette prière que, bieu a obéi.

Nous prierons pour vous. Souhaitez à nos priè- 'es cette force victorieuse •, alors vous offrirez peu le difficultés. Quant à vos objections en elles- [jnêmes et à l'assurance qu'elles vous donnent de i^oir les ouvriers qui arracheront les pierres du ijlernier temple *,

li Quant à la puissance de vos esprits, quant à la ç'oule de vos adhérents, quant aux arguments que i/ous fournissent et le télescope et le microscope, et :.[e compas et Falambic, quant aux serments que vous

îtivez jurés et aux précautions que vous avez prises :

Je vous plains fort de tant de soins pour vous Ipettre à l'abri de Jésus-Christ : j'espère qu'ils seîpont superflus. Mais, en ce qui me regarde, qu'est-

È' e que cela me fait ? Je sais que Jésus-Christ est )ieu, je sais qu'il règne, qu'A commande et qu'il ast vainqueur.

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