POUR QUI EST FAIT LE MONDE
Comparez votre situation en ce monde, et celle de ces pauvres catholiques dont les mesquines pensées excitent votre dédain.
Vous nous avez bien ravalés, n'est-ce pas ? \^ous avez pris la richesse, la puissance, la gloire. Déjà nous vous laissions les plaisirs; il ne nous reste que
pot;r qui est fait le monde. 441
rentêtement de chanter notre Dieu crucifié. Encore devons-nous chanter à voix basse !
Et avec cela, nous sommes vos maîtres ; et ce monde que vous nous avez pris ne laisse pas d'être à nous. Seuls nous en connaissons la beauté ; seuls nous savons ce qui s^y passe. A'ous n'y faites rien qui ne soit pour nous et contre vous.
Que vous offre ce monde ? Un théâtre bruyant, en réalité vide, où des fantômes jouent une scène atroce et grotesque dont ils ne savent ni le commencement, ni le but. Cela sort du néant, s'agite, crie, souffre, se souille, avorte, rentre dans le néant.
Nous autres, nous comprenons le drame et nous connaissons les personnages, surtout Celui qui gouverne tout. Nous avons mis nos destinées dans ses mains victorieuses. Fortifiés par lui, combattant sous lui, nous triompherons avec lui.
Vous ne le connaissez pas, mais vous savez qu'il existe et que nous sommes siens. Un instinct de haine vous fait détester Dieu en nous. Pourquoi cette haine, sinon que Dieu a fait le monde pour nous et que nous sommes vos maîtres ?
Dieu nous donne le meilleur des choses humaines. Vous vous repaissez de la contrefaçon de nos
délices. Nous connaîtrons le dernier frère, la dernière épouse, le dernier amour, et notre espérance ne périra pas.
Nous mépriserons vos couronnes. Nous aurons horreur de cette fange et de ce néant. A nous les immolations radieuses, les fécondes douleurs, les conquêtes éternelles'. Jusque dans la mort, étreignant vos âmes, nous les conquerrons à la vie.
Vous ne pouvez étouffer la nature jusqu'à ne plus nous envier. Vous soupirez du désir d'être chrétiens, vous hurlez la joie de ne l'être pas, vous vous forgez des dieux, vous vous prétendez athées... Poids du doute, angoisse de Terreur !
Nous, nous avons l'assurance d'être avec Dieu. Par les miracles : vous les pouvez nier, nous les voyons ! Par la conscience : vous avez beau changer la morale et le droit, le bien est le bien, le mal est le mal !
Nous savons que l'Eglise seule a gardé la justice, seule a aimé les pauvres, seule a protégé, honoré, consacré la liberté.
Plus le mal triomphe en ce moment, plus il ronge la chair du pauvre, plus il proscrit la liberté, plus aussi nous sommes convaincus que la forteresse de