‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 128 sur 230 · L'AUTEL · texte numérisé non relu

L'AUTEL

COQlELl/r AL COLISÉE.

travers une brèche, j^avais aperçu Coquelet, herborisant dans les hautes galeries du Colisée. Je suis entré néanmoins.

Je ne crus pas que la crainte de scandaliser Coi quelet dut nVempecher de dire Pater et Ave au pied de la croix. Il arriva promptement.

' - Je comprends, me dit-il , que les chrétiens i: viennent prier ici ; le lieu est émouvant= Néan-

2 LIVRE Vin. — CHAPITRE I.

moins, vos martyrs ont détruit une belle civilisation !

Que ces Romains furent grands ! quels artistes ! Qu'ils nous laissent loin en arrière ! Je comprends que vous les haïssiez-, moi, je les admire !

— Coquelet, pourquoi me persécutez- vous ? Vous n'êtes pas né persécuteur ; vous n'êtes pas de force à persécuter.

Si la question de civilisation est une question de bâtisse, j'oppose aux cirques nos cathédrales, et je tiens tête pour le bâtiment.

S'agit-il de ce que Ton fait dans l'édifice, parler- \ vous du peuple que Ton y forme ? Le christianisme peut encore affronter la comparaison.

^'ous seriez indigné de voir une sœur de charité regarder les marionnettes, et vous me proposez de vénérer les vestales !

On voyait de vos Romains tremper leurs doigts au sang du gladiateur et boire ce sang, le boire !... Je croirai que vous admirez cela ?

Non, Coquelet î Vous êtes né bourgeois de France, par la grâce de Dieu -, vous n'avez point le fond féroce du vieux Romain,

COQUELET AU COLtSEE. 3

Quoi ! des lions, des panthères, des hommes dévorés, cinq ou six mille paires de gladiateurs ' pour réjouir vos 3'eux de la couleur du sang r...

Vous auriez un accès de fièvre chaude, mon ami. Avant la fin du premier divertissement, vous bondiriez dans l'arène, vous proclamant chrétien.

Tant il est vrai que le christianisme a fait l'humanité meilleure, cher Coquelet ! Il y en a d'autres preuves, même en vous. Je m'en réjouis pour vous.

Ce qui m'afïligerait, serait qu'un brave homme de votre espèce, incapable de se tenir aux seules vertus du plus honnête idolâtre \

Un homme doux, ami sûr, mari correct, père tendre, presque un chrétien^ car, Coquelet, vous êtes un tiercelet de chrétien...

Ce serait qu'un tel homine, dans ce théâtre auguste, fermât ses yeux, fermât son cœur, voulut tout méconnaître... Et pourquoi ?

Vous n'avez rien de beau qui ne vienne du Christ. Ce froment qui fut ici broyé sous la dent des lions et qui a transformé les lions, vous en vivez.

j I.IVKK VIII. CHAPITRE II.

Rome Ta si bien gardé, elle Ta tant distribué, que sa force est venue jusqu'en vous, elle est ce qui vous reste de joie et d'honneur.

Donc, vous auriez vu les monuments de ce grand travail que Dieu a fait pour vous -, vous auriez vu les martyrs et les Papes -,

Vous auriez touché de si près la Croix toujours humiliée et toujours triomphante*, vous auriez été prévenu de tant de clarté :

Et vous secoueriez cela comme une poussière, atin de garder l'accoutrement d'esprit qu'exige la communion de M. Havin î... Ce serait bête.

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