‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 144 sur 230 · DEUX JECNES FILLES. DI · texte numérisé non relu

DEUX JECNES FILLES. DI

travaux de la journée, implorant sa grâce pour qu'ils fussent moins indignes d'un si bon père et d'un si grand roi. Autant de fois qu'elle changeait d'occupation, elle renouvelait l'offrande.

On la voyait suspendre de temps en temps son travail et lever son clair regard sur quelque sainte image, pour lui envoyer des traits enflammés de son amour. Elle disait : « Entre Marie et Jésus, je ne redoute rien de l'ennemi. »

Dans la prière, une teinte de majesté angélique se répandait sur ce visage gracieux. Droite, à genoux, les mains jointes, vivante image de modestie et de ferveur, son âme était devant Dieu -, elle contemplait sa beauté infinie, elle brûlait de très-pur amour.

Et cette flamme de dévotion croissait tellement que plusieurs commencèrent à penser qu'Albine, couverte du vêtement royal de son innocence, entrerait jeune aux noces de l'Agneau. Déjà elle avait mis en son cœur de se détacher pleinement des choses terrestres, de s'unir tout entière par l'oraison à son divin Epoux.

Elle accomplissait à peine sa neuvième année lorsqu'on la fit admettre à la table eucharistique, pensant bien que l'Agneau qui paît parmi les lis

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aimerait de venir à cette candeur. Albine reçut donc le pain des Anges. Avec quels sentiments, c'est ce qu'il est plus facile d'imaginer que de dire. A Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, elle donnait le nom familier d'Ami.

Ce très-doux ami de son âme innocente, elle allait, aussi souvent que possible, lui rendre visite. Ses plus chères délices étaient de se tenir à ses pieds devant le saint autel. Quand elle ne pouvait entrer à l'église, ses pensées au moins s'y portaient. Elle disait alors : a Allons à TAmi, — Adressons une parole à TAmi. »

Qui aime Jésus sans aimer Marie? Qui sert le Fils sans honorer et servir la Mère? Albine était donc tendrement dévote à la Reine des Anges, mais non de cette dévotion molle et de pratiques minutieuses qui se conforme peu aux exemples que Marie très-sainte nous a elle-même donnés.

Par amour de Marie, elle avait résolu de bien obéir à son père spirituel et de suivre courageusement les avis qu'il lui donnerait. En Thonneur de Marie, elle s'appliquait à remplir exactement tous ses devoirs, même les plus légers. « Car, disait- <( elle, ne convient-il pas que tout ce qui est offert (( à une si auguste Reine soit autant que possible « parfait ? »

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Elle prenait des engagements, a Marie , ma mère, je dirai tous les jours de ma vie les cinq psaumes qui composent votre nom, afin que vous me fassiez la grâce de me délivrer de Tenfer. O Mère ! accepte ce pacte. Ne considère pas la pauvreté de mon offrande, mais tes bontés, et accordemoi ta bénédiction, unie à celle de ton Jésus. »

Ses bons propos étaient suivis d'actions vigoureuses; elle s'élevait de vertu en vertu, montait à de plus hauts degrés en chaque vertu. Alors elle eut une vue plus nette des choses humaines et des choses de Dieu : aux choses humaines elle donna tout son mépris, aux choses de Dieu tout son amour. Elle fit vœu de virginité :

(( O Dieu tout-puissant et éternel ! moi, Albine, « très-indigne de vos regards, confiante néanmoins (c dans votre miséricorde, et animée de vous servir a davantage -, en présence de Marie bienheureuse (c et de toute la cour céleste, je fais vœu de n'être (( qu'à vous. )) Dès ce moment, quelque chose de la sainte gravité de l'épouse vint épaissir encore le beau voile de sa pudeur.

La virginité est un lis. A s'élever odorant et magnifique, il ne se contente pas des eaux fécondes de l'oraison et des sacrements, il veut encore s'entourer des épines de la pénitence. Aussi notre chaste Albine voulut-elle affliger son corps innocent.

Empêchée de ceindre les chaînes de fer, de vêtir le rude cilice, de prendre de sanglantes disciplines, à la place de ces austérités elle en trouva mille que la prudence des supérieurs ne pouvait lui interdire. Ce fut de souffrir avec patience les fatigues, les langueurs, surtout d'accomplir strictement les observances de la vie commune; et la plus âpre pénitence possible, c'est celle-là.

Ainsi, et résolue de se lier bientôt par les vœux sacrés, Albine atteignit dix-neuf ans et se trouva mûre pour le ciel. Un peu de fièvre la prit dans le mois de Marie i855. Ce n'était rien en apparence ; mais elle se sentait attristée. Etonnée de cette tristesse, elle l'attribuait à son peu de vertu.

Interrogée sur sa pâleur, elle répondait souriante : « Ce n'est rien ; mais voyez cette pauvrette (( qui au lieu d'avancer recule ! Recommandez-la <c bien à Notre-Seigneur -, car autrement, oh ! com- « bien je crains que le divin Epoux se retire d'elle (c et lui fasse perdre la grâce de sa vocation ! )>

Se plaignant d'elle-même et redoublant de volonté, pourtant elle continuait d'affaiblir. Le 1 8 août mourut sa condisciple, Carlottina, dont nous parlerons ci-après. Or, Carlottina, mourante, dit qu'elle voulait une compagne pour entrer au paradis. Elle nomma Albine.

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Et presque subitement, Albine, de cette langueur passa à Tagonie. Ses parents l'entouraient, déchirés d'une douleur profonde. Elle, au milieu des assauts de la mort, consolait ceux qu'elle voyait pleurer. Elle disait : « Je m'en vais au paradis î »

Son frère sanglottait. Elle s'éveilla comme du sein de la mort : « Pourquoi pleures-tu, mon bon (( frère ? Donc, tu ne me veux pas de bien, puisque (( tu pleures de ce qui est mon bien ? Je m'en vais (( aux joies éternelles. Dans le paradis de Dieu, là (( je prierai pour toi la Madone ^ je la prierai (( qu'elle te fasse toujours meilleur, et qu'elle (c t'appelle, toi aussi. )>

On lui apporta l' Extrême-Onction ; elle la reçut cordialement, répondant d'une voix sereine. Et il parut que Dieu n'attendait que de lui avoir fait cette dernière grâce -, car aussitôt Albine perdit la voix. Pressant ses lèvres sur les plaies du Crucifix, lorsque le jour commençait à tomber, Albine remit son âme entre les mains du Créateur.

Or, je m'adresse à toi maintenant, qui que tu sois

qui écoutes. Voici donc que la chère jeune fille est morte en si suave paix et si sûre espérance du salut. Mets en présence une grande princesse, née sur le trône et qui a toujours vécu parmi les pom^pes du monde; contemple-ia comme Albine au lit de mort.

Laquelle des deux voudrais-tu être ? Prononce : et que tel soit le jugement que tu fasses toujours des choses d'ici-bas !

La Carlottina, comme notre Albine, avait un esprit aimable, un cœur ardent et charmant, une beauté rare. Elle aimait Jésus et Marie de Tamour d'un ange.

La veille de l'Assomption, son père vint la voir. C'était un homme pieux. Plein de ferveur, il peignit les sentiments que lui suggérait la fête de Marie, reine du Ciel.

Elle écoutait, et une tiamme s'allumait dans son cœur. Revenue parmi ses compagnes, elle en prit deux à part : — « Priez pour moi, dit-elle, priez ardemment. Je demande une grâce à la Madone.

(( La grâce que je veux, c'est que Marie me prenne en Toctave de sa fête, atin que tout de suite s'unisse ma voix à celles qui chantent Marie éternellement. Je veux voir cette Assomption dans le paradis. »

Et toutes deux lui promirent de prier ; car la pureté de Tâme est une lumière plus sûre que l'expérience de la vie. Et quel vœu est sage, sinon

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d'arriver jeune à cette patrie céleste dont le chemin sera si laborieux ?

Le lendemain, à la sainte table, Carlottina demanda de mourir et se sentit exaucée. La joie éclatait dans ses yeux, dans son langage, dans toute sa personne. Tous en étaient émerveillés.

Le jour suivant, il lui vint un peu de fièvre. Joyeuse, elle dit à ses compagnes étonnées qu'elle entrait au lit pour mourir. La fièvre augmenta, sa joie redoubla. Elle demanda le saint Viatique.

Joyeuse, elle reçut PEpoux de son âme. Sur son visage il y avait déjà ce mélange de joie et de respect qui est le rayonnement des esprits glorifiés. Elle ne voulait entendre parler que de Jésus et de Marie et de la mort ; l'heureux moment de la mort qui lui donnerait Jésus et Marie.

Un peu de délire fit croire qu'elle était ellrayée : (( Vous pensez que la mort me fait peur ? Elle est (c la chose qui me console ! » Le médecin lui annonça qu'elle guérirait. — « Non ; je meurs par « grâce de la Madone. Elle m^a fait cette grâce, « elle me Ta dit. Je m'en vais au Ciel. »

Une autre fois : « Tout de suite en Paradis, non, (c à cause du péché. J'irai en Purgatoire; mais

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(( j^espère que la Madone ne mV laissera qu'un (( peu. )) Elle dit encore : « J'emmènerai une de (( mes petites sœurs, et une de mes compagnes « d'ici : et cette compagne, c^est Albine.

cf J'emmènerai ma sœur pour qu^elle ne devienne (c pas mauvaise en grandissant *, Albine, parce que (( j'ai compassion de son infirmité. » Une religieuse lui dit : « Et moi ?» — « Non pas vous, mère, car (( vous êtes nécessaire ici. ^)

La chère mourante donnait" un spectacle céleste. Patiente, avenante à la douleur et à la mort, toujours pleine de joie. Elle consola sa mère : — « Adieu, maman, c'est pour demain. Demain je a m'en vais à ma maison. Je prierai pour vous la (( Madone. Dites-le bien au père et à tout le (( monde chez nous. )>

Enfin, le soir du troisième jour, on vit qu'elle allait passer. On lui donna l' Extrême-Onction. En attendant la mort, elle répétait : « Je m'en vais c( au Paradis^ je vais baiser les pieds de la Mate done. ))

Pendant la recommandation de Pâme, elle expira tranquillement, comme elle avait demandé et comme elle avait prédit.

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