UNE FLEUR DU COLISEE
Depuis quelques jours je n'avais pas vu le Colisée -, depuis quelques jours le printemps est venu à tire-d'aile.
Quand le printemps arrive, il se pose d'abord au Colisée. Là où le martyre a premièrement fleuri, là naissent les premières fleurs.
Ce matin j'y suis entré par un clair soleil. J'avais laissé la pierre nue, j'ai trouvé une corbeille de verdure embaumée.
Mille oiseaux chantaient , mille fleurs s'épanouissaient*, fleurs d'or, fleurs d'azur, fleurs de pourpre.
Quel hosanna disaient les oiseaux! quels parfums répandaient les fleurs ! que le soleil était doux ! que mon cœur était joyeux !
Un oiseau chantait sur la Croix. Au pied de la Croix, je vis une marguerite blanche tachetée de rouge.
Il y avait des violettes à l'entrée de ces gueules d'enfer par où s'élançaient les tigres et les lions.
J'eus une pensée ou plutôt une vision qui enivra mon âme. Je regardais au pied de la loge de César :
Au milieu d'une tourte d'herbe vigoureuse, j'y voj^ais briller comme une goutte de sang.
Et près de cette toufle d'herbe, je croyais voir un homme étendu, nu, pâle, blessé à mort.
Il me regardait; ses lèvres blanchissantes s'entr'ouvraient pour un sourire qui n'a point la vie.
Et sur son visage, je trouvais à la fois les traits de mon père et ceux de mon frère, et ceux de nos enfants.
Il me disait : « J'ai été amené captif du fond « des Gaules, pour être livré aux bêtes et au peuple « romain.
« La clémence du Christ m'a visité dans ma (( prison : il m'a envové son Pontife; j'ai reçu le a baptême.
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(( César m'a ottert la vie si je voulais abjurer le <^ Christ. Préférant le don du Christ, j'ai choisi de (( mourir.
(( Je suis mort pour le Christ, je suis mort pour « le Christ ! Que le Christ soit béni ! qu'il règne '( à jamais I
« J'ai laissé des fils dans ma pauvre cabane des « Gaules. O Christ ! que ton baptême descende « sur eux !
« O Christ î je suis mort pour toi. O Christ ! que « ta foi ne s'éteigne pas dans la race de tes mar- « tyrs ! »
Et ce corps, ou cette forme, comme un retlet delumière qui se déplace, monta vers la loge de César et disparut.
Il ne resta que la touffe d'herbe, au milieu de laquelle brillait cette chose qui semblait une goutte de sang.
Je m'approchai pour baiser la place où était tombé le martyr amené des Gaules, aux pieds de César.
Ce que j'avais vu comme une goutte de sang
^4 LIVRE TX. — CHAPITRE Xlil.
était une fleur de Therbe *, je l'emportai sur mon cœur.
Pierre, fils de mon frère, cette fleur est pour toi.