‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 160 sur 230 · LES GERMANIQUES · texte numérisé non relu

LES GERMANIQUES

La petite église du collège Germanique, non loin de la colonne Antonine, est un des sanctuaires où l'on exécute mieux le chant romain.

Les Germaniques sont jeunes. Le souflîe de ces poitrines vigoureuses et pures donne au chant de la prière je ne sais quoi d'ardent et d'ingénu.

L'église est étroite -, elle n'a ni marbres, ni fresques, ni tableaux ; elle n'a pas même d'histoire 5 mais elle a le chant sacré.

J'ai reconnu l'accent de la prière. Certes ! j'aime Rome, et ce n'est pas pour décrier les Romains que je compose ce livre.

Les germaniques. g 5

Mais avec leur musique, ils m'ont souvent défiguré la messe. Ces fugues, ces roulades, ces trilles bouleversent les paroles inspirées.

La prière ne parle ni ne marche : elle vole et elle chante. Cette malheureuse musique fait gambader et déclamer la prière.

Elle en fait un mime qui force ses gestes ; un orateur qui cherche à surprendre le juge par des [armes violentes et par des emphases de voix.

Pour revenir aux Germaniques, il est consolant de penser qu'ils sont venus ici du pays de Luther. — Hélas î Luther était du pays de Jésus-Christ.

Ce Luther, ce renégat, il a chanté ces prières dit'ines sur ces rhythmes divins : il a tout abjuré. Prières et rhythmes, il a tout remplacé par sa parole.

Non-seulement la foi, mais le seul instinct de 'Art condamne Luther et lui redemande la poésie iu'il a détournée du cœur humain.

Les Germaniques chantent d'une vaillante voix ; Is ont de loyales têtes blondes, resplendissantes de simplicité.

96 LIVKi: I\'. CHAPITRE XIII.

On y retrouve les types dont les artistes anciens faisaient ces Anges ingénus qui chantent, pleins d'innocence et d'amour, devant le trône de la Madone.

Nobles enfants, vous retournerez dans cette belle

Allemagne, encore enveloppée des filets du Menteur. Dieu veuille par vous délivrer la captive !

Ici, il y a douze siècles, en des jours troublés, vint un jeune moine anglais qui fuyait les honneurs de son monastère. On le nommait Winfrid.

Il se prosterna devant le Pape, demandant ce\ qu'il devait faire. Le Pape était saint Grégoire II ; il luttait contre ce stupide Léon, F Iconoclaste.

Cent ans auparavant, saint Grégoire P"", celui qui envoya des missionnaires en Angleterre, avait réglé le chant d'Eglise, il avait sacré la musique.

En combattant l'Iconoclaste, Grégoire II sacrait la peinture. — ce Oh ! disait-il, plût à Dieu que la peinture put raconter toutes les œuvres de Dieu ! »

Grégoire bénit Winfrid, et lui dit d'aller conquérir à Jésus-Christ le nord de l'Allemagne encore païen. Winfrid dc\int saint Boniface.

LKS GEUMAMQLKS. 97

Allemands ! Allemands î demandez la bénédiction que reçut Boniface ; cette bénédiction que le Pape donne plus puissante quand ses mains sont enchaînées.

Votre Allemagne chante, mais non plus les louanges de Dieu : ce Saint, Saint, Saint ! Et les cieux et la terre sont pleins de ta gloire I »

Oh ! Allemands, si vous aviez su ce cantique ! si ces grands esprits renversés, si les Gœthe, les Hegel, les Fichte l'avaient su î

S'ils avaient su, s'ils avaient redit ces paroles de réternitéqu'Isaïe entendit dans son extase, lorsqu'il vit la gloire de Dieu remplir le temple ;

S'ils avaient rendu à l'Allemagne cette lumière que saint Boniface lui porta de la source de la lumière et que l'épaisse haleine de Luther éteignit :

De quel éclat resplendirait aujourd'hui le front de la grande Allemagne, et quelle m.oisson de vraie gloire emplirait ses mains î

Depuis un tiers de siècle, quelques fils de l'Allemagne ont respiré le parfum de Rome, et déjà la gloire de l'Art leur appartient.

r)8 LIVRE IX. CHAPITRE XIII.

Ils sont les mciitres de la peinture catholique, de la peinture qui s'inspire des œuvres de Dieu, qui parle aux petits et aux grands de son peuple.

Quel maître, depuis Raphaël, a pénétré plus qu'Overbeck dans Tintelligence des choses sacrées, a vu d'un regard plus clair les scènes de l'Evangile ?

Sur l'Esquilin, près de Sainte-Marie-Majeure, j'ai contemplé, chez Overbeck, les sept poèmes où il a peint et décrit les sept Sacrements.

Le vénérable artiste explique ces pages où la grâce de l'Art éclaire la profondeur de la doctrine. Il se propose d'instruire, non de faire admirer son génie.

Ainsi, doux et modeste, Justin, dans ce même quartier de Rome, il y a seize siècles, enseignait la doctrine aux hommes de toutes les nations.

L'école allemande n'a pas la perfection du métier *, elle est plus mystique qu'anatomique. Je pardonne à Overbeck d'être moins ouvrier que Ru-

bens.

Combien de compositions d'Overbeck, dont saint Grégoire II pourrait dire ce qu'il disait des images que l'Iconoclaste voulait abolir :

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