‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 164 sur 230 · UN HISTORIEN. — UN POETE. IO · texte numérisé non relu

UN HISTORIEN. — UN POETE. IO

fait modèle des païens de notre temps , qui déplorent l'avènement du christianisme. Etant venu à Rome dans la seconde moitié du seizième siè" cîc, Grevin se mit à rimer furieusement sur ce grand spectacle de ruines -, car de voir la Rome vivante, il s'en garda bien. Vingt-quatre sonnets furent par lui destinés à peindre son étonnement aux races futures. Il y en a un qui va au fond des choses. Grevin, devançant Gibbon, trouve que ^état présent de Rome est très-consolant... pour Cléopâtre.

Tu te dois contenter, ô grand royne d'Egypte, Cléopâtre, excellente en richesse et beauté, Tu te dois contenter de voir cette cité Du chef au fondement piteusement détruite.

Tu la vois aujourd'huy. et chétive et réduitte En un malheur si grand, que sa principauté Se couvre du manteau de froide pauvreté Qui a quitté le ciel et la terre séduitte.

Or, contente-toi donc, bien qu'Auguste jadis T'aye arraché des mains le sceptre que perdis Pour avoir trop aymé le valeureux Antoine. Car le temps plus puissant que ne sont les humains,- Afin de te venger, te fait voir les Romains Réduits piteusement sous le pouvoir d'un moyne.

Telles étaient à Rome les pensées du sieur Gre-

io8 LivKt: IX. — cHAriiRE xvin.

vin, de Clermont en Beauvoisis. Il trouvait les Romains trop malheureux de n'obéir plus au valeureux Antoine, aimé de la belle Cléopâtre, et d'être réduits sous le pouvoir d'un moine. Beaucoup aujourd'hui pensent de même: Grevin est un ancêtre. C'est chose bien merveilleuse que Tappétit de certaine espèce pour le bâton...; pas le bâton pastoral, bien entendu!

Page 1