‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 165 sur 230 · SOIS NERON · texte numérisé non relu

SOIS NERON

Néron, artiste universel, protégea fort le théâtre. Assidu aux pièces nouvelles, il donnait le signal des applaudissements. On ne produisait plus dej comédies ni de tragédies, mais Tart du machi-f niste fit un grand pas-, Thistrion devint un per-ï sonnage, en dépit des préjugés. Ainsi furent compensées la décadence de la poésie et celle du patriciat.

Grand progrès de la cuisine. Il devint possible de dépenser six cent mille francs en un seul repas

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On conserva d'ailleurs la loi somptuairc qui défendait au citoyen romain de mettre plus de quarante sous à son dîner.

Pacuvius avait mangé la Syrie. Quand ses esclaves l'emportaient de table , ivre, les convives chantaient : // a vécu! C'est-à-dire, il a connu les joies de ce monde. Et du plafond tombaient des ondées odoriférantes, pour masquer Todeur du sang répandu par les gladiateurs qui s'étaient chargés d'amuser le banquet.

Liberté de mœurs parfaite. Chez César, les matrones coudoyaient les prostituées. Les arts aussi étaient libres. Le grand Mécène les avait efféminés, c'est ce que font très-volontiers les grands Mécènes; ensuite, les Mécènes affranchis les avaient débridés et avilis. Les arts se permettaient tout, et même des chefs-d'œuvre.

Le stoïcisme était la philosophie tiorissante. Il est vrai que le stoïcisme est une révolte de l'orgueil plutôt qu'une philosophie; une révolte contre Dieu, bien entendu ! L'orgueil humain ne se révolte pas contre César. Les Stoïciens se disaient plus forts que la douleur. L'un d'eux, Sénèquc, je crois, pour consoler une mère pleurant son enfant, la prie de considérer que la vache à qui l'on a pris son veau ne mugit pas plus de deux jours.

IIO LIVRE IX. CHAPITRE XVTII.

Avec tout cela, avec ces jeux, cette cuisine, ces curiosités, ces arts charmants, cette facilité de relations et cette philosophie, la mort était le plus invoqué des dieux : Toties invocata morte, lit nullum frequentius sit votiim; et le poète plaignait les dieux de ne pouvoir mourir. Pour couronnement de ses délices, cette civilisation brillante avait le suicide. Beaucoup se tuaient, par seul besoin de ne plus vivre.

Ils ne voulaient pas vivre parce qu'ils n'avaient rien à faire, parce qu'ils n'aimaient rien ^ et s'ils aimaient, ils souffraient sans que rien les consolât. Le Christ nous a apporté le travail et l'amour*, et alors, la douleur, revêtue de Fonction du Christ, s^est transfigurée : devenue à la fois le comble du travail et le comible de l'amour, elle verse des sueurs et des larmes qui seront des étoiles dans l'éternité.

On nous fait apprendre le latin et le grec. Les Romains savaient ces langues. Ils savaient mieux que nous ce que nous apprenons et n'ignoraient que ce que la trahison moderne nous oblige d'ignorer : la seule, l'unique chose que nous possédions de plus que les Anciens, le Christ.

Nous chassons le Christ, tout le paganisme renaît. Il ramène ses histrions, ses cuisiniers, ses eu-

sous NERON. i i i

riosités misérables, tout Tattirail de ses mœurs et de son art avilis. Et le stoïcisme, relevant sa tête inepte, nous insulte de ses infâmes consolations; et Tcnnui et le suicide redeviennent les derniers mots du plaisir et de la douleur.

Au Vatican, Raphaël, à Taurore du Paganisme renaissant, a fait ces deux incomparables fresques, ï Ecole d'Athènes et la Dispute du Saint-Sacrement , qu'il faudrait nommer VEcole de Rome, c^est-à-dire Técole du Christ.

Il a mis en regard le Paganisme et le Christianisme. Il a donné au Paganisme toute sa beauté; il a dissimulé ses infections, caché ses laideurs; il ne montre que ses sages et ne les montre que dans un temple. Néanmoins, il proclame que cette. splendeur est ignorance et cette force mensonge, et que tout cela va périr.

Mais nous ne comprenons plus ces choses. Nous sommes devenus si savants ! En face de l'irrémédiable division des écoles de la sagesse humaine, d^où n^émerge que la nuit, d'où ne peut naître que la mort, Raphaël a montré le ciel et la terre unis autour de l'Eucharistie, unis dans la lumière, unis dans la vérité, unis par Tamour.

Expliquant cette scène sublime, un docteur es-

beaux-arts, et qui doit bien avoir touché quelques gages de quelque gouvernement, finit par découvrir que le peintre a voulu représenter le concile de... Plaisance! — O docteur Coquelet, que vous êtes parfois plaisant !

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