‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 168 sur 230 · VUE DU FORUM ROMAIN · texte numérisé non relu

VUE DU FORUM ROMAIN

De la fenêtre où je suis, sur le Forum, je vois Tare de Sévère et le temple de Saturne. De cette fenêtre je jette des miettes aux moineaux qui sautillent dans les antres où nichaient les trésors de la République. Antres béants, cercueils vides.

Là dormirent, monna3^és, la sueur et le sang de l'humanité. L'humanité mourait pour remplir ces coffres. Gatilina voulut en prendre la clef; Cicéron le fit occire. Qu'il était affairé ce jour-là, le digne Cicéron \ et de quel air, assuré qu'enfin Gatilina et ses complices avaient la corde au cou bien serrée, il dut dire : Vixeriint !

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Mais César demeurait -, il regardait faire, il étudiait la serrure. Il eut enfin la permission de la réparer. Pauvre Cicéron, si fort en rhétorique, et qui croyait si bien avoir sauvé Rome î

Le Capitole est assurément tragique et auguste ; néanmoins l'élément comique, inséparable de l'humanité, même sanglante, n'y manque pas. Ici rélément comique est fourni par cette grosse mouche de Cicéron, développant ses périodes et faisant sonner ses périphrases comme deux grandes ailes qui ne peuvent Tempêcher de toucher terre du ventre.

Oui, je Tavoue, Cicéron m'amuse, — amèrement toutefois. Joseph de Maistre le défend d'avoir rien écrit de plat; j'en suis étonné.

La voie Sacrée, dallée de lave, rampe comme un monstrueux serpent aux écailles sombres. Longtemps avant l'époque historique, un volcan des pays albains vomit une coulée de verre qui s'étendit en large et haute chaussée dans la campagne, et s'allongea jusqu'aux sept collines. Rome est pavée de ce feu refroidi.

Dans les corniches du temple de» Saturne, les pigeons font leur nid*. Et tiirtur invenit nidiim

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smim. Depuis quand sont établies là ces tribus volantes ? Sil est vrai que Noé vint creuser ici son tombeau précurseur et attacha sa barque sur ces bords où Pierre devait jeter l'ancre, pourquoi la colombe de Tarche ne Taurait-elle pas suivi, présage d'une réconciliation meilleure? Ah, Rome! toute chose y suggère une pensée qui s'agrandit, qui veut remonter à une origine et contempler une lin.

Les murs du Capitole se parent de touffes fleuries*, il y a des buissons verts sur les arceaux du temple de la Paix, le Colisée est une corbeille de riante verdure. Je connais une pierre plus auguste, où le genre humain puise une sève plus abondante. Nous vivons par cette pierre, nous vivons de cette pierre : Petra autem, Petriis est.

J'entends des sons de cloche et des bruits de t-ambours, voix de la prière et de la paix, voix du commandement et de la guerre, les deux voix de Rome qui parlent en même temps. Je vois aller et venir des soldats et des prêtres. Ces deux forces du monde ne sont pas dans la même main. Se combattront-elles ? Qui l'emportera, je ne dis pas à la fin des siècles, mais tout à l'heure?

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