COQUELET AUX CATACOMBES
Coquelet a visité les catacombes. Il fait ses grâces là-dessus. i
— C'est, dit-il, un lieu triste. Néanmoins on v prend une forte idée du fanatisme qui résistait à pareille épreuve. Certes, dans ces tannières, les chrétiens, surtout les riches, durent regretter Tabondance de la vie antique î
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— Croyez-vous , Coquelet ? Pour ma part , j'ai une autre pensée. — Je serais étonné, dit Coquelet , que vous co nsentissiez à penser un instant comme tout le monde. Oh ! catholique . songez-y. Le goût du paradoxe est un des caractères de Torgueil 1
— Croyez-vous, Coquelet ? Suivant moi, ce ne fut pas le goijt du paradoxe qui poussa les chrétiens à sacrifier leur fortune et leur vie. Je crois que l'on se trouvait bien dans les catacombes. Je crois que si vous consentez d'y réfléchir un peu, vous en jugerez tout comme moi.
Imaginez que nous vivons en ce temps-là et que Dieu nous montre par mille exemples le fond des âmes ; que nous lisons dans l'âme du convive de César, que nous lisons dans Tâme du convive du Christ , participant au banquet eucharistique, offert sur les reliques des martyrs.
Voyez d'un côté les ignominies, de l'autre les gloires ; d'un côté les terreurs, de l'autre les espérances ; entendez le beau gémissement de Tinextinguible dignité humaine , écoutez les conseils persévérants de la raison :
Je dis que, tels que nous sommes, vous et moi, simples honnêtes gens, pourvus de quelque
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fierté , de quelque droiture, de quelque humanité, considérant la réalité du bonheur, nous serions tentés de plonger dans les catacombes. Et, avec un peu d'aide , nous le ferions , par une sorte de sensualité. '
Songez-y donc ! La joie de n'être plus de cette infâme troupe de courtisans , la joie de posséder notre âme, la joie d'avoir à nous un bien i que César ne pourra jamais ravir ; la joie de rompre avec les souillures, avec la haine, avec le mépris-, la joie d'aimer! Or cette joie était dans les catacombes et ne se trouvait que là !
En vérité , Coquelet , vous sacrifiez trop au paradoxe! Une vaine satisfaction de ne point penser comme le monde chrétien , c'est-à-dire comme tout le monde, vous porte constamment à des excès d'injure et d'iniquité contre la na- !} ture humaine. Vous méconnaissez ce beau débris où s'attache la complaisance de Dieu.
UN ROI AU PALAIS DES CESARS. lO:)