‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 183 sur 230 · UN ROI AU PALAIS DES CESARS · texte numérisé non relu

UN ROI AU PALAIS DES CESARS

La voie publique longe les ruines du Palatin. Une porte bâtarde s'ouvre au milieu d'un misérable mur. On y lit cette inscription : higresso al palano dei Cesari ; entrée du palais des Césars.

La porte s'ouvrit ; nous vîmes descendre ou plutôt dégringoler du palais des Césars un vieillard chétif. Il gagna lentement sa modeste voiture arrêtée sur le chemin.

Enrico me dit : — « Voilà plus qu'il ne semble. Vous voyez Sa Majesté Frédéric-Guillaume, roi de Prusse. Naguère, on voulait le faire empereur d'Allemagne \ il pouvait s'en passer la fantaisie. »

Ce roi nous fit songer. Il a régné, il règne encore nominalement sur une nation de seize millions d'hommes, qui se proclame essentiellement militaire et savante, et qui est assez ces deux choses-là.

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L'armée prussienne se laisse dire, comme une autre, qu'elle est « l'armée la plus brave du monde ; )> les académies prussiennes ne se croient pas les moins illuminées.

Le roi que voilà est général de cette armée, pré-, sident de ces académies ; il est, en outre, pape de son Eglise. Mais il a une maladie fâcheuse : il se croit sous-lieutenant.

Il a été fort savant, fort éloquent, fort érudit, vraiment fait d'une bonne ptue, excellent particulier prussien. Mais, pauvre homme, — protestant et pape, — il est tombé en enfance. |

Il se promène dans Rome, environné partout d'une compassion respectueuse. Ailleurs on le tiendrait prisonnier. Les rois devraient encore protéger Rome, pour avoir une retraite en cas d'accident.

Quand il passait pour sain desprit , ce roi avait acheté un palais sur le Gapitole. Il y voulait établir un temple et un prêtre de sa religion. Il a eu toujours de certaines idées ! m

Néanmoins, dans la question de l'empire, il vil qu'on ne lui proposait rien de sérieux ni d'honorable. Il dit une lovale parole, bien forte pour un protestant.

LN ROI AL l'Ai. Aïs DES CKSARS. I 0 ?

C'était son ce cher Arndt n qui lui ortrait la couronne impériale, au nom du parlement de Francfort. Quel était ce cher Arndt, je Tignore tout-à-fait. On savait cela en 1 848, mais il y a longtemps.

Il répondit : •< Mon cher Arndt, vous êtes mon vieil ami, et vos amis de Francfort, qui se disent assemblée nationale, sont tout ce qu'il y a de plus stimable en Allemagne. Je les considère beaucoup.

(( De concert avec eux, vous me faites une pro- 30sition malhonnête. Quel mandat les autorise à ■nettre un roi au-dessus des autorités légitimes auxquelles ils ont prêté serment ?

(( Notifiez-leur cela doucement. Ils m'inspirent le l'orgueil et de la reconnaissance comme à toute 'Allemagne, et je serais désolé de leur faire de la îeine. La vérité est qu'ils ne savent ce qu'ils disent.

(( Que m'ofîrent-ils : Cet enfantement des ré voûtions de 1848 est-il une couronne ? Il ne porte )as la croix sainte, il n'imprime pas sur le front le ■ceau de la grâce de Dieu. Ce n'est pas une couenne.

« C'est le collier de fer qui réduirait au rôle d'eslave de la Révolution le fils de vingt-quatre prin-

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ces, le chef de seize millions d'hommes et de Parmée la plus brave et la plus dévouée du monde.

(( Pour prix de ce bijou, je devrais violer la parole que j'ai donnée, d'essayer de m'entendre avec les autres princes et avec l'assemblée sur la constitution de l'Allemagne. Je ne violerai ni cette promesse, ni aucune autre.

(c Vous semblez croire que la Révolution n'est que la démagogie et le communisme. La Révolution est l'abolition de l'ordre divin, le renversement du droit et de la justice. Elle soufflera la mort tant que Tordre divin ne sera pas rétabli. »

Voilà qui est noblement pensé, noblement dit. Le roi ajoute : « Le Parlement n'a rien à offi:'ir que des mains pures puissent toucher. -<) Il termine par ces mots solennels : Dixi, et salvavi animam meam.

Mais, en même temps, pour rétablir « l'ordre divin )) il propose un congrès des puissances allemandes et de l'assemblée de Francfort, afin de constituer l'Allemagne. *

Il croit que les puissances allemandes, les unes catholiques, les autres protestantes de divers lainages, d'accord avec le Parlement qui renferme tous les filaments d'antichristianisme, ourdiront l'unité !

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