BUSTES ANTIQUES
]Lii Pont passé à la postérité, après avoir provoqué la réaction qui le consacra demi-dieu ?
A simple vue, on se prend à penser que le naître des sages était tout simplement un disci- -^Ic, un bourgeois d'Athènes, très-sot et vanieux, à qui de plus fins faisaient des mots pour ippuyer leurs doctrines, dont ils ne voulaient pas :u A-mêmes porter la responsabilité. On a vu de out temps , on verra toujours de ces éditeurs Tsponsables, qui finissent par se persuader qu'ils oublient leurs propres conceptions, et qui le souiennent jusqu'à la ciguë et jusqu'à Tenfer.
Le buste d'Aristide nous offre la physionomie oute moderne d'un homme arrivé; un viveur iéjà mûr et encore élégant, demi-jeune, demi- :hauve, demi-coquin, tout-à-fait fat. Ou ce n'est )as le portrait d'Aristide , ou Aristide était le uste d'Athènes , exactement comme Dupont ( le vertueux » fut trente ans le juste des Fran- :ais. Cependant l'ostracisme dépose en faveur l'Aristide.
Les statues officielles sont pleines de majesté. L'Agrippine allongée sur sa chaise est bien la )remière dame du monde. Ces Romains enten-
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daient Tattitude ! La dignité , la majesté de l'attitude est indépendante de certaines lumières d'esprit, de certaines règles de cœur. . Fenimore Cooper nous fait admirer Télégance et les belles poses des Mohicans.
Une chose à remarquer parmi tous ces monuments de la société antique, c'est que l'Art, comme le monde, n'avait pas l'idée de la sainteté. L'Art antique a connu et formulé toutes les expressions de la beauté humaine, sauf celle-là. Il n'y a pas, dans toutes les oeuvres de l'antiquité , une tête de Saint, comme par exemple le saint Bruno qui est à Sainte-xMarie des Anges, et « qui parlerait, a-t-on dit, si sa règle ne lui prescrivait le silence. ^>
LH CHEMIN DE LA CROlM
« Le Colisée est devenu presque un temple ; « il est tout entier à la Croix. Il en a les pro- <( cessions et les cantiques ^ le vendredi il en a
LE CHEMIN DE LA CllOLX. iSl
les stations -, il l'a au centre de son arène , il l'a au cœur. Les stations de douleurs, disposées de distance en distance sur ce même terrain où tant de chrétiens ont été traînés dec vaut le préteur, dépouillés de leurs vêtements, c flagellés, livrés aux dérisions du peuple, abreu- ( vés d'ignominie, attachés à des poteaux, sont, ( de tous les chemins de la Croix établis dans c les différentes parties du monde catholique , ( celui qui reproduit le mieux la voie doulou- ( reuse du prétoire au Calvaire ,i . »
J'ai voulu assister à cet exercice du chemin de a Croix dans le Colisée. Il avait plu, le temps nenaçait : néanmoins l'assistance était assez nombreuse. On y voyait des étrangers , du peuple, jne douzaine de pénitents sous la cagoule , un iros novau de bourgeoisie.
Un religieux prêchait, ou plutôt exhortait Fassis- :ahce, sans faire aucun eftbrt de voix, ni de gestes. [1 n'en avait pas besoin dans ce lieu, avec de tels luditeurs. La Croix parlait, les cœurs répondaient. Personne ne craignit de se mettre à genoux sur la .erre mouillée^ tout était sérieux et pathétique.
) Esquisse de Rome ehreiieniK.
l82 LIVRE IX. CHAPITRE XXXVII.
Les écrivains qui rapportent que l'on donne làj des scènes extravagantes, n^onî pas eu le courage d'en affronter le spectacle. Ils parlent sur la foi de leurs amis, lesquels, je pense, n'y vont guère euxmêmes. C'est leur excuse, s'ils peuvent être excusés de calomnier ce qu'ils ignorent. La perversité serait plus grande de mentir contre le témoignage de leurs yeux, je dirai même de leur cœur.
Je doute que Ton puisse assister à cet exercice pieux, entendre évoquer ces souvenirs, contempler ces visages, voir couler ces larmes et ne pas sentir en son âme quelque mouvement de respect. Je doute que Ton puisse avoir assez d'encre, ou de boue, dans les veines, pour échapper à un frémissement d'amour.
Fra Gaudenzio avait mené là un honnête incrédule: il ne put l'y ramener. — a Non, disait-il*, puisque je n'en suis pas, je n'irai pas. Je ne veux point aller là où je suis étranger, où je me sens de trop ^ je ne veux pas m'exposer encore à revenir tête basse, mécontent de moi-même, tourmenté. »
Mais quelle impudence pourtant, quelle méchanceté vile, de venir diffamer cette chose sincère î Quelle audace de prétendre que le « haut clergé » tolère que le chemin de la Croix soit Toccasion, et
LES DERNIERS VAINQUEURS AU COLISEE. l83
le Colisée le théâtre de parades indécentes, et, ne les pouvant empêcher, se contente d'en rire !
Et en même temps, quelle trahison du diffamateur envers son propre talent. Il a tant de moyens de faire, sinon une noble guerre, du moins une guerre moins indigne. Il peut exciter la passion, exaspérer Torgueil, les mettre en révolte contre Dieu. Cela devrait suffire. Non ! il faut prendre la bricole et s'atteler au tombereau qui charrie Timpiété vulgaire dans les bas quartiers !
Il y a de certaines habitudes de pensée qui créent dans les âmes un besoin d'ignominie. Ah ! mère Eglise, comme ces parricides eux-mêmes te vengent d'eux-mêmes 1 Gomme ils prouvent Timpossibilité de te haïr noblement ! Comme il leur fauf arriver vite à hurler^ à descendre, à se vautrer !