LES VIERGES ROMAINES
SAINTE BTBTANE.
ARMi tant de noms d'un lustre si pur, I toujours vivants dans Rome, Agnès, Cécile, Praxède, Pudentienne, ^lartine et Bibiane, vierges martyres, jettent un plus charmant éclat. Romaines, elles sont les perles choisies de cette auréole dont rayonne la grande cité des martvrs.
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Elles ont épuisé la rage des persécuteurs et déconcerté Tart des bourreaux. Les menaces n'ont pu les faire trembler, les coups ne peuvent les faire mourir. La miséricorde divine , voulant vaincre par elles , prodigue les miracles. Lorsqu'enfin elles tombent, ce n'est pas que la vie leur échappe , c'est que la couronne leur est donnée.
Le miracle continue. Qui dira que ces victorieuses sont mortes ? Les bourreaux ne leur ont point fait subir la mort, l'effort des siècles n'a pu emporter leur poussière et détruire leur nom. Couronnées de respect, elles vivent dans leur ville bien-aimée, elles en sont la gloire, la force et l'amour.
Elles vivent, et leur demeure est visitée à genoux. L'on sait où Agnès a combattu, où Cécile chantait en son âme ses cantiques aimés de la Trinité divine , où Pudentienne et Praxède ensevelirent les héros de Dieu , où Martine a conquis la palme ; et nous, venus des lointains, nous nous sommes aujourd'hui prosternés au seuil de Bibiane, orné de trophées et de fleurs.
« Sous le règne de Julien TApostat , tyran très-impie, Bibiane, vierge romaine, d'une illus-
SAIN'TK blBfANi:. 20i)
tre naissance, se rendit plus illustre encore par la foi .
« Son père , Flavien , qui avait été préfet , marqué de la flétrissure des esclaves, fut relégué aux EauX'Taurines et mourut martyr. Sa mère, Dafrosa, eut la tête tranchée.
« Alors Bibiane et sa sœur Démétria, persécutées par le préteur de la ville, Apronianus, qui convoitait leurs trésors , furent emprisonnées, dénuées de tout secours; mais Dieu, qui donne l'aliment à ceux qui ont faim, entretint leur vie et leur santé.
(( Etonné de cette merveille, le Préteur essaya de les porter à honorer les idoles. Il leur promit la faveur impériale, la restitution de leurs richesses , de brillantes alliances ; il les menaça lu même temps des tortures et de la mort.
« Préférant mourir, elles résistèrent aux suggestions d'Apronianus. C'est pourquoi Démétria, rappée sous les yeux de Bibiane , mourut et •'endormit dans le Seigneur. Bibiane fut livrée à ine femme perverse, nomm.ée Rutine, habile à orrompre les vierges.
« Mais vainement celle-ci employa les caresses et
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les cruautés \ la vierge , instruite dès l'enfance, garda la loi chrétienne, triompha des artifices de Rufine et déjoua l'astuce du Préteur.
(( Le t3Tan commanda à ses licteurs de dépouiller Bibiane , et de la frapper jusqu^à ce qu'elle expirât. Son corps demeura deux jours sur la place du Taureau, abandonné aux chiens. Divinement préservé, ce corps virginal ne reçut aucun outrage.
(( Un prêtre, nommé Jean, ensevelit Bibiane, pendant la nuit, entre sa mère et sa sœur, près du palais de Licinius. Là est encore une église consacrée à Dieu sous le nom de la Sainte. Urbain VIII , y ayant découvert les corps de Bibiane, Démétria et Dafrosa, répara Téglise et plaça les reliques sous Tautel. »
L'église de Sainte-Bibiane s'élève dans le beau désert de TEsquilin, non loin de Sainte-Marie- Alajeure. Le chemin d'herbe et de murailles qui mène à ce sanctuaire n'est jamais abandonné. C'est une des promenades de la méditation et de la prière, une des routes fréquentées par la douleur en quête d'espérance et de secours»
SAINTE BIEIANE. Il I
Aujourd'hui, c'était un chemin d'allégresse , animé et saintement joyeux de la foule des pèlerins. Prêtres de tout rang , laïques de tout âge et de toute condition , princes , prélats , et pauvres allaient et revenaient, mêlés aux graves et charmantes files des écoles monastiques , si pittoresques dans leurs costumes amples et variés.
L'humble église, humble, non indigente, tendue d'étoffes à franges d'or, jonchée de rameaux odorants, riante de la lumière des cierges et de la lumière du jour, étalait ses richesses sur les autels parés de fleurs. O tombeaux embaumés ! O Rome, terre des vivants !
Les voilà, ces restes offerts à la dent des chiens -, la voilà , cette enfant qui a vu périr son père et sa mère et sa sœur et qui n'a pas été vaincue^ cette vaillante qui a été plus forte que l'empereur et que Tenfer !
L'Apostat n'ayant pu flétrir cette fleur , posa sur elle son pied brutal et crut l'avoir écrasée : la voilà fraîche et odorante dans le quinzième siècle de sa floraison! Et toi, l'Apostat, où estu?
Où es-tu, et qu'as-tu emporté de l'empire ? Où est ta pourpre ignominieuse ? Où sont tes osse-
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ments que la mort et la vie ont également souillés ? Si Ton découvrait ta tombe, quel hommage lui serait rendu, et que penserait le monde des hommes qui oseraient y répandre Tinfection de leur encens?
Je promenai mes yeux sur cette foule prosternée autour de Bibiane. Il y avait des Français, des Anglais, des Espagnols, des Allemands, des Polonais. Comme nous sortions , entraient les élèves de la Propagande , enfants de races inconnues des Romains. Nazaréen , tu es vainqueur I
Sainte Bibiane est célébrée le 2 décembre, au temps de l'Avent, où TEglise se réjouit du prochain avènement du Sauveur. Quatre autres vierges sont honorées durant cette période. Fleurs tiès-pures, placées sur le seuil de Bethléem, à dessein choisies de différentes nations.
Bibiane , la fleur romaine -, Barbe, la Heur d'Orient; Eulalie, le parfum des Espagnes; Luce, la bonne odeur de la Sicile; et ces quatre sont empourprées de leur sang. Odile est le lis donné par la France. Vierges prudentes, dit l'Abbé de Solesmes, elles ont allumé leurs lampes et veillé en attendant l'Epoux.
LA MAISON DK PCDl.NS. 2 I
LA MATSOX Dr: PUDKXS.
Lorsque Pierre vint à Rome , il reçut asile :hez le sénateur Pudens , dont la maison était située entre TEsquilin et le Viminal. Pudens et oute sa famille avaient déjà renversé les idoles, rétait vers Tan 41 du salut.
Dès lors, la maison de Pudens, florissante de ainteté, resta ouverte aux F^i^èîx's; ainsi se nomaaient les disciples du Christ. Chrétiens est leur iom de dérision, qu'ils acceptèrent comme Tinimie de la croix.
Du petit-fils de Pudens naquirent Praxède et *udentienne. Le petit-fils de Pudens transforma la maison en église ; Praxède et Pudentienne istribuèrent leurs biens aux pauvres et vouèrent :ur virginité à Jésus-Christ.
Elles firent construire un baptistère, et réunisint leurs esclaves , elles affranchirent ceux qui
étaient chrétiens -, elles appelèrent au baptême les
autres, afin qu'ils kissent deux fois délivrés.
A Pâques, quatre-vingt-seize néophytes furent baptisés là , quatre-vingt-seize esclaves reçurent la liberté. Le chant des hymnes retentissait jour et nuit en ces heux , et beaucoup de païens y venaient chercher le baptême.
L'empereur Antonin fit un édit pour réprimer ce désordre. Il défendit aux chrétiens de se mêler au reste du peuple. Praxède et Pudentiennei gardèrent et nourrirent ceux qu'elles avaieiltf amenés à la foi.
Lorsqu'il y avait des martyrs, les deux vierges allaient la nuit enlever les corps glorifiés. Elles en ensevelirent beaucoup dans leur maison. Elles prenaient soin aussi de recueillir le sang' des athlètes de Jésus-Christ.
Or Pudentienne , n'ayant que seize ans , s'en alla au Seigneur. Sa sœur Tenveloppa de parfums et la tint cachée jusqu'à ce que Ton pût la porter au cimetière. Restée seule, Praxède continua d'assister le Christ.
De la grande salle des thermes que Novatus, son frère , avait établis dans la maison pater-