‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 197 sur 230 · LES ACTA MARTYRUM · texte numérisé non relu

LES ACTA MARTYRUM

que ce dragon d'incroyance à tètes d'académiciens et à queue de journalistes, qui dégoise tous les jours tant de sottises par la bouche de tant de cuistres incorrects et plats. L'Eglise fait davantage honneur à Tespèce humaine, lui parle en meilleur style, lui offre plus de sécurité.

Soumise à une contradiction perpétuelle, l'Eglise n'a d arm.e et de rempart que le vrai. Tout ce qu'elle enseigne, la vérité Ta édifié, la discussion Ta fortifié, le temps i"a vivifié. Dès que Ton sonde la question d'authenticité, il apparaît que l'Eglise y a regardé la première et la dernière, et plus attentivement que tout le monde. — Quant aux Actes de sainte Cécile, l'étude en a été particulièrement scrupuleuse ; ils ont résisté sur tous les points.

Ce drame si beau, si vivant, qui rend si bien compte des rapides progrès du Christianisme, et qui fait, passez-moi l'expression, tant d'honneur à Dieu et à l'homme-, ce poème où Ton voit Dieu offrant avec tant de grâce la vérité , et l'homme acceptant la vérité avec tant d'amour; cette glorieuse peinture du triomphe de l'innocence , de l'impuissance absolue de la tyrannie et de la mort :

Savez-vous ce que c'est dans Toriginal ? Lne

narration de notaire sans littérature-, l'œuvre d'un homme évidemment incapable d'une si haute invention, et qui tout simplement rédige son rapport. Vous n'ignorez pas que les anciens étaient habiles sténographes, et que les notaires de l'Eglise, institués par saint Clément pour recueillir les actes des martyrs , écrivaient sous la surveillance des diacres.

Le rédacteur des Actes de sainte Cécile n'y a mis du sien que l'embarras d'un esprit peu ou mal cultivé. Il n'a pu créer ces caractères si beaux et si différents d'Urbain, de Valérien, de Tiburce, de Maxime*, encore moins cette âme ardente de la vierge, si ferme et si prévoyante en tout ce qu'elle fait, si éloquente en tout ce qu'elle dit, et qui domine également les grandeurs des Saints et la bassesse du persécuteur.

Le notaire n'a pu, et les diacres ne l'auraient pas permis , inventer le miracle charmant des deux couronnes, la scène touchante de la chambre nuptiale, les scènes augustes du baptême dans la maison de Maxime et dans la maison de Cécile, les scènes sublimes du martyre ^ faits extraordinaires, mais d'ailleurs renouvelés par milliers durant les premiers siècles. Et il faut bien que les choses se soient passées ainsi , puisque enfin les martyrs ont triomphé.

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Vous ne direz pas que la noblesse de rànic lumaine a tout fait , toute seule. Certes , Valéien, Tiburce, et Maxime demandent des preu- /Qs. A côté de ceux qui voient le miracle, il y i ceux qui ne le voient pas ou qui ne se renient pas. A côté des martyrs, il y a les bour- •eaux, fidèles persévérants des empereurs et des lieux.

Il y a ceux qui ne cessent de tuer les chréiens , ne cessent non plus de les ditfamer , les raitant d'athées, de magiciens , d'imposteurs, de barbares, de suicides, de fous, de brutes, d'entélébrés , d'ennemis du genre humain , de gueux idorateurs d'une tête d^ine, d'incestueux, d'homi- ;ides, et enfin de gens inutiles dans les affaires, nfriicinosi in negotiis.

Est-ce la beauté de l'âme humaine qui trouve ;es arguments pour répondre aux apologistes, et [ui pendant quatre siècles les fait valoir par appoint des tortures? La résistance du Pagalisme est un miracle comme sa défaite. Elle atcste à quel degré de cruauté et d'infamie 'homme peut descendre, à quel point il peut se :onjurer contre Finnocence, la justice et l'humalité.

Oui, oui, les Actes des mart3TS nous appren-

nent l'histoire ! Sans ces précieux documents . nous ne connaîtrions pas véritablement Tantiquité païenne, nous ne saurions pas de quelle bête implacable et insatiable Dieu a délivré le genre humain. Nous ne saurions pas, d'un autre côté, comment Dieu se fait obéissant à ceux qui Taiment.

Comme ces martyrs sont puissants ! Avec quelle assurance ils disposent du miracle, commandant à Dieu même de leur donner les âmes pour lesquelles ils Font prié ! Cécile a prié pour V'alérien, Valérien est converti; Valérien a prié pour Tiburce, Tiburce est converti-, ces deuxfrères veulent sauver l'âme généreuse de Maxime, et Maxime est converti avant même d'avoir vu le miracle qu'ils lui ont annoncé, le miracle de leur sainte mort. Ils jettent la semence et récoltent dans le mènie instant.

Lorsque, suivant la promesse de Cécile. l'Ange se montre à Valérien puritié et lui demande quelle grâce il veut obtenir, Valérien, à qui la foi vient d'imposer un si grand sacrifice, ne souhaite autre chose que la délivrance, c'est-àdire la conversion de son frère... Est-ce là que vous trouvez une invention de littérature, Coquelet? Moi, j'ai un frère, et je vous atteste que V^alérien a parlé ainsi.

LES A<.1A M\RIVRLM.

Les traits de ce genre sont nombreux dans les Actes de sainte Cécile, et ils en démontrent intimement l'authenticité. « Notre » Tillemont n*y attache aucune importance. Sa critique touche des points plus dignes des savants. On l'y a suivi. C'est ici, Coquelet, qu'il faut f;iirc un pénible aveu : en vous donnant à lire le chapitre sur sainte Cécile, je vous ai tendu un piège, et vour> v êtes tombé.

Par ce privilège d'immortalité, m.ême terrestre, que Dieu fait à un grand nombre de ses Saints, Cécile toujours vivante n'a pas cessé d'avoir des amis. L'Eglise Ta vénérée et chantée, elle a gardée sa maison, y a placé sa tombe. Sur cette tombe, toujours connue des pauvres, la richesse a prodigué ses dons, les arts sont venus s'inspirer *, la science n'est pas restée en retard.

Un grand savant de notre époque, un grand et doux esprit tout baigné de belle lumière , aussi pieux que docte , aussi hardi que pieux , qui n'a jamais cru que le mensonge fut nécessaire à la vérité, dom Guéranger, abbé de Solesmes, vint un jour prier au tombeau de Céclie. Il médita cette noble page d'un poème divin, le poème de Tamour de Dieu.

Il avait entendu Tiliemont et ses pareils; il les a tous écoutés, il sait ce qu'ils disent tous, et pourquoi ils le disent. Par amour de Dieu, par vénération pour sainte Cécile, par pitié pour vous autres, qui vous laissez misérablement écarter de la beauté de Dieu, et qui languissez loin des clartés fécondes au milieu desquelles nous vivons, il résolut d'éerire une histoire de sainte Cécile.

Cette histoire existe. Dom Guéranger Ta écrite avec toute la flamme de son cœur, avec toute la gravité de sa science et de sa profession. Il n'a pas voulu que le moindre doute pût rester sur la sincérité de ses Actes^ contestés en haine du culte des Saints et de F Eglise romaine. Aucun doute n'est plus possible en effet.

Si j'avais cité dom Guéranger, vous n auriez pas osé produire vos objections, car ce nom impose le respect-, mais j'aime eue vous disiez ce que vous avez dans le cœur. A présent, lisez YHistoire de sainte Cécile. Elle vous appren-^ dra beaucoup sur Thistoire chrétienne et sur l'histoire païenne; elle vous fera connaître aussi le génie de Tiliemont.

Nous voici chez la grande Romaine^ entrons avec son historien. Vous ne connaissez pas en-

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