CIVITA-VECCHIA. — TRIO DE SERGENTS
Donc, nous foulons le domaine du roi de la paix, qui enseigne que les hommes portent une âme créée de Dieu, dans leur corps formé des mains de Dieu !
A vrai dire, Givita-^'ecchia ne semble pas un lieu de plaisance. C"est un roc nu, brCilé du soleil, battu du vent.
Lorsque j'v posai le pied pour la première fois, que tout cela me parut beau! C'était ritalie; je voyais des ligures italiennes. Il y en avait encore.
La mer était si verte et si bleue, et la langue italienne si sonore!... J'achetai deux oranges pour un sou.
On me rendit une petite monnaie qui portait d'un côté l'effigie des saints Apôtres, et de l'autre une bénédiction pour ceux qui font Taumône.
L'hôtel Orlandi, chargé de tant de malédictions, — qu'il n'a pas toutes volées, — je le trouvai aimable d'aspect et de mœurs, et qui n'écorchait pas trop.
J'entrai dans un café. Il y faisait frais. Trois sages y buvaient de Teau, en commentant une gazette de huit jours, qui n'avait qu'un pied de long.
Au-dessus du comptoir, je remarquai une madone devant laquelle brûlait une veilleuse. Tout cela était paisible, honnête, heureux.
Quand je revins, je trouvai une garnison française et l'on travaillait aux fortifications. Hélas ! Europe, qu'il faille fortifier les Etats du Pape !
Sur les rivages, des tours furent élevées par les Papes, mais contre le Sarrasin. Qui eut cru
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qu'on les dût rebâtir lorsqu'il iVy aurait plus de Sarrasins ?
A mon troisième voyage, on ajoutait aux fortifications, et Ton commençait les travaux du chemin de fer.
A présent les fortifications sont faites, la garnison française est doublée, le chemin de fer marche, — et le trône du Pape est ouvertement menacé.
Ainsi, une fois, Civita-Vecchia me parut ce que j'avais vu de plus charmant. Du premier enivrement à l'heure présente, il y a loin 1
J'entre dans mon vieux café. Il est plein de bruit. A travers la fumée des pipes, je reconnais deux figures : la madone et le ConstitiitionmL
Près de la table où je m'assieds, trois jeunes sergents français boivent de la bière. Leur conversation mousse beaucoup.
J'y démêle quelque dessein de m'éblouir. L'un conte avec de grands rires comment il a vu marier l'objet de son premier amour.
Riant plus haut, l'autre dit comment il a bien effrayé sa bonne femme de mère par la vigueur de ses blasphèmes, dont il donne des échantillons.
Ces garçons parlent correctement. Ils ont fait leurs classes. Entre les deux qui posent en sacripants pour exciter mon admiration,
Le troisième prend la pose de sage, et sourit à riliusion de la jeunesse qui croit n'avoir plus d'illusions. C'est lui le vrai désillusionné.
C'est lui qui ne croit à rien, ni à Tamour, ni à la famille, ni à Dieu, ni à Tépaulette, ni à la vie... Le roman-feuilleton partout !
Ces trois petits sergents sont trois romans-feuilletons, et je dirais bien quels sots les ont signés; mais plutôt sortons de ce mauvais air.