PALO
Sur la solitaire et très-belle route de Givita-Vecchia à Rome, il y avait, au temps jadis, un lieu
paLo.
étrange, presque sinistre, charmant à voir. Le chemin de fer Ta avalé. On le nommait Palo.
C'était une vaste et imposante masure, assise sur le roc, les pieds dans la mer. Là logeaient pêlemêle la douane, la gendarmerie, la poste, et je ne sais quoi encore qui se donnait pour auberge.
L'ensemble ne ressemblait à rien de connu. Tout avait un "caractère de délabrement noir etfier : une ruine qui ne se plaint point, qui ne se trouve point à plaindre, qui n'entend point qu'on la plaigne !
Je me représentais ces tiis de grande race, déchus, mais qui n'échangeraient point leur blason décoloré pour toute la gloire de la banque. S'il existe aujourd'hui de ces gens-là, je l'ignore.
Dans la salle d'auberge de Palo , l'on voyait une madone et sa lampe allumée, des fusils au manteau de la cheminée, une sorte de vieille table brune pour tout meuble. L'horloge était arrêtée.
Pourquoi une horloge là où le temps est sans mesure? La fille d'auberge regardait l'espace. Elle tourna lentement la tête pour voir quel indiscret se permettait de lui demander un verre d'eau.
72 LIVHI-: r. CHAPiTRE XV.
Son attira J;i avait intimidé M. Osselet, Coquelet de ce premier voyage. Il m'en parla longtemps. (( Et la princesse de Palo : Comme ces gens-là servent le voyageur! Infâme peuple ! ! »
Ainsi M. Osselet décriait la fierté romaine. Il n'osait demander un service ni refuser un pourboire, crainte d'être assassiné. Actuellement il plaint les Romains, a timides esclaves des car- (f dinaux. »
Il faut lire quelquefois le Siècle pour comprendre comment les idées s'arrangent dans la tête de M. Osselet, homme excellent d'ailleurs, plein de vénération pour la gendarmerie française.
Sous la madone de Tauberge de Palo , une paysanne fatiguée s'était endormie , assise par terre. Son enfant dormait à côté d'elle. Ils étaient bien pauvres-, ils dormaient d'un tranquille sommeil.
L'ami avec qui je voyageais alors me dit : (( — On nous parle d'égalité. Mais sommes-nous les égaux des gendarmes, des sous-préfets, de M. Osselet qui est plus riche que nous? 1
(( Il y a du doute! Le baudrier, l'habit brodé, la bourse endée, constituent de fortes inégalités.
LKS LÉGATS DL TAPK.
Nous les subissons toute notre vie , sans assurance humaine de trouver l'égalité par delà.
0 Vois cette madone î C'est un portrait de famille. La sainte Vierge est ici un ancêtre, la mère de toute la race, aussi bien dans cette misérable auberge qu'au Vatican et dans tous les palais de PEtat.
c( Marie, la paix, la joie et le salut du Monde! Marie par qui le Christ est devenu notre frère! »
Cette parole entra dans mon esprit-, et le premier parfum de Rome embauma mon cœur.