‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 219 sur 230 · PAROLES DF. L KVKOUE DE TII.LE. — PII-RKK · texte numérisé non relu

PAROLES DF. L KVKOUE DE TII.LE. — PII-RKK

Pierre : — Tu es heureux, Simon, fils de Jean, parce que ni le sang ni la chair ne font révélé cela, mais bien mon Père qui est dans les cieux. Et moi je te dis que tu es Pierre ; sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de Tenfer ne prévaudront pas contre elle.

(c Tu es heureux ! Quel est donc le bonheur qui vient d'échoir au pêcheur de Galilée ? Certainement sa condition sur la terre n"est pas changée : sa cabane n'a pas été transformée en palais -, il lui reste, après comme avant, son dur métier à faire dans l'eau des lacs ; et tout à Theute il s'entendra dire que sa vie, inondée de sollicitudes , aboutira au gibet. De quel bonheur veut donc parler Notre-Seigneur ? Le Acerbe incarné ne profane pas les termes, il n'applique pas à des leurres le signe des réalités. Or, il nV a qu'un seul bonheur par excellence : celui de Dieu. Pierre en est devenu participant.

« Le bonheur de Dieu consistant dans la connaissance qu'il a de lui - même , évidemment rhomme n'a nul droit naturel d'y prétendre. Dieu seul, en effet, se voit et se connaît dans son essence infinie. Une intelligence créée ne s'élèvera jamais par ses propres forces à une telle contemplation. Mais Dieu met en nous sa propre lumière, un rayon de son puissant regard ; lorsqu'un jour nous

le verrons tel qu'il est, à cause de cela nous lui serons semblables.

(( Un être ne peut pas entreprendre les périodes de son existence sans lien ni rapport avec le but qu^ lui est assigné ; l'avenir de cet être n'aurait pas de raison dans son passé ^ sa destinée se composerait de scènes brusques et inattendues.

ce Au moment où nous sommes, les ombres de la terre, les fumées de nos cerveaux grossiers sont des obstacles à la claire vision : et cependant fautil bien que le bonheur auquel nous sommes appelés commence pour nous de quelque manière. La foi est une forme adaptée à notre situation pré-j sente; comme lumière, elle nous tient lieu de la vision intuitive *, comme objet, elle est une substance complète des choses divines. La personne de Jésus-Christ est le prisme tempéré sous lequel ces choses s'offrent à nous. Que Dieu daigne donc révéler son Fils Jésus-Christ et donner la lumière qui le fera voir.

(( En effet, dans cette personne adorable sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science; le Verbe est l'image substantielle de Dieu; Dieu lui-même et les archétypes des êtres résident en lui; qui connaît le "v'erbe connaît Tessence infinie. L'humanité dont il se couvre n'est qu'un gra-

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cicux nuage pour adoucir ses dards de feu. Les nues diaphanes consolent Tœil infirme, elles n'ensevelissent pas le soleil.

« Pierre, qui vient de témoigner si hautement par sa réponse qu'il a la connaissance pleine et exacte de Jésus-Christ, possède donc le vrai bonheur, puisque dans Jésus-Christ il voit Dieu. Si celui-ci est voilé, il n'en est pas moins très-réel. Le voile interposé est un accident de la période présente-, l'objet est bien l'objet du bonheur.

(c Mais il importe que Pierre sache d'où lui vient la connaissance du Verbe incarné, afin qu'il rapporte à sa vraie source le bonheur qu'elle lui procure. Jésus-Christ se hâte de le lui apprendre. Cet homme n'est que sang et chair, c'est-à-dire il ne possède que les facultés bornées de l'esprit humain. Au sein d'une pareille substance ne fleurit par spontanément la connaissance surnaturelle ; un principe supérieur l'y a mise, le Père céleste lui-même, l'IUuminateur infini.

« Ce que Pierre tout seul n'aurait pas découvert, les autres hommes ne le découvriraient pas davantage. L'impuissance de Pierre sur ce point ne dérive pas de son esprit incuite, mais de sa nature. La nature humaine est la même partout. La Grèce eut de grands esprits : ils ne montèrent

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jamais jusque-là. Les intelligences des âges récents, mieux placées, ce me semble, y échouent comme le reste. Nul donc n'aura la connaissance du vrai bonheur , que celui qui en reçoit la révélation de Dieu.

(( Après avoir dit à Simon, fils de Jean, qu'il est heureux par sa profession de foi ; que cette foi ne lui vient ni de la chair, ni du sang, mais du Père céleste, Jésus-Christ ajoute : « Et moi je te dis que tu es Pierre; sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de Tenfer ne prévaudront pas contre elle. )) La pensée de Jésus- Christ apparaît tout entière dans ces derniers mots. Nous savons à présent comment la connaissance surnaturelle du Verbe incarné va s'étendre et se conserver parmi les hommes.

« Jésus-Christ ne veut pas d'intelligences mises en rapport isolément avec lui, son but est de former une grande société spirituelle ; chaque membre doit être lié à tous les autres et à un chef. Ce plan va mieux aux tendances de l'être humain, qui est né social; cela est beau, plein de solennité. Par ce mode, les âmes sont préservées et des écarts individuels et du fatalisme. Enfin, c'est la réalisation en cette terre de la cité divine du paradis. Que pouvons-nous avoir de bon et de solide ici-bas qui ne corresponde à un type du ciel ?

PAROLKS DK L'i'VKgL'K DK Tl'LLK. — PIRRRE. ^65

(c L'Eglise est donc un édifice; les âmes en sont les assises brillantes; Pierre, le vaste rocher, en est le fondement. Ainsi que les murs empruntcnt leur vigueur à la pierre primitive, et tirent de son tlanc robuste le nerf qui les fait tenir debout, les âmes n'auront la connaissance vitale du Verbe que par leur lien avec Pierre.

({ Quoi de plus uni au fondement que les murs de l'édifice? Ne semble-t-il pas qu'ils écoutent docilement sa voix, craignant de dévier de la règle architecturale et de tomber ? On dirait comme un enseignement issu des profondeurs de la base jusqu'aux lignes les plus lointaines, une doctrine prolongée de stabilité et de force. Voilà le devoir des murailles , s'il est permis de parler de la sorte. Mais à son tour le fondement doit rester immobile, dans le point où l'a posé l'ouvrier. Ce n'est qu'à cette condition que les maçonneries jetées dans les airs auront des garanties contre Torage.

« Si jamais Pierre se troublait dans son dire, si la connaissance du Verbe incarné, qui resplendissait naguère éclatante sur sa lèvre, y était supplantée un jour par de mensongers oracles, que deviendrait l'Eglise? Jésus-Christ lui-même nous rassure : « Et les portes de l'enfer ne prévaudront pas. )) Ne craignez point : puisque l'Eglise

doit traverser les tempêtes, puisque les assauts les plus violents expireront au pied de ses murs, il n'y a plus à douter que son fondement ne soit inébranlable.

c^ r\Iais une vie d'homme sera-t-elle la mesure de la durée de F Eglise? Et après Pierre tout sera-t-il fini ? La pompe du langage employé par Jésus-Christ, lui d'ordinaire si simple dans sa diction-, les grandes images de rocher aux dimensions vastes, d'enfer vaincu, d'édifice essuyant les tempêtes, cadrent mal avec l'idée d'une construction mesquine, monument de quelques heures... Ne nous fatiguons pas à résoudre un problème absurde. La tradition du Verbe incarné persévère ininterrompue : Pierre vivra dans ses successeurs-, ce glorieux Elu est une semence vive d'où écloront jusqu'à la fin d'autres lui-même.

(( Pierre, crucifié sous Néron, a une réelle immortalité. Il y a dix-huit siècles qu'il renaît toujours-, il ne cessera de renaître. Jusqu'à la fin, il dira sa foi, (^ douce et infatigable Philomèle. » Aux accents de cette mélodie, la voix des foules s'anime et chante Jésus, le Christ, le Fils du Dieu vivant. La solidité de la foi, qui fut louée dans le Prince des Apôtres , est perpétuelle ; et tout comme reste ce que Pierre a cru dans le Christ, ainsi reste ce que le Christ a établi dans la personne de Pierre.

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(( Oui, Jésus a pris Pierre avant tous les autres et Ta posé comme un vaste et dur rocher dans les fosses de cette vallée de pleurs, afin que, portant tous les chrétiens construits en édifice, il les élevât dans les hauteurs, c'est-à-dire jusqu'au domicile de notre espérance... Par Pierre donc, la solidité des églises subsiste et ne fléchit pas. En cette base, nous sommes enracinés invinciblement. On Ta vu bien souvent, on le verra toujours. Gela est prophétisé, l'histoire de Pierre est faite à Tavance : La lutte, la douleur, mais aussi rimmanquable victoire.

« Viennent donc, au gré de Tenfer, les persécutions, les hérésies, les erreurs de tout genre. Rome est la terre de la lumière et du triomphe, inhospitahère au mensonge, patrie Hbre de la vérité. Le ciel n'a pas un angle où Terreur puisse mettre le pied^ l'Eglise de Rome, sa sincère et immédiate image, n'est pas de moindre condition. Là règne le Voyant subUme, imperturbable contemplateur du Verbe qui s'incarna. Attaché au plus grand des spectacles, son œil ne se dessèche point sur un fantôme. Si son radieux domaine fut clos de remparts, ce ne fut point pour qu'il dégénérât en territoire jonché un jour de fictions épuisées. Dieu n'élève de barrières que contre la nuit- il est la lumière ! Qu'est-ce qu'une science, une philosophie , une découverte? Sans doute,

J^bS LIVRE XII. CHAPITRE XVII.

un idéal apparu , mais idéal cerné de limites. Le très-riche, l'infini, le substantiel, l'indéfectible idéal, c'est le Verbe. Il suffit aux visions de Téternité; comment ne suffirait-il pas au regard du temps ? )>

\^oilà bien ce que notre ami Melchior appelle (( Un discours fondé lui-même sur la pierre, et fait pour devenir fondement à son tour. » L'on s'établit là-dessus. Ton s'y trouve affermi, l'on sent monter en soi ces essences précieuses et fortes, cette eau et ce miel que recèle la pierre mystique, cette huile que l'olivier tire du rocher. Quand j'entends Tévêque de Tulle, c'est alors que je connais la supériorité du docteur sur le rhéteur, même très-disert , et celle du thhéologien sur le politique, même très-important. Cette parole soulage de l'argument trivial et de l'éloquence vulgaire, qui abondent si désastreusement au temps où nous sommes. On nons jette tant de vieilles sottises, et nous rendons, hélas ! tant de phrases toutes faites, et qui ne vont pas toujours au fond. Je sais que ces phrases toutes faites ont l'avantage de passer tout droit. « Il faut du foin, )) me répondait un homme d'esprit à qui je marquais mon étonnement des appluadissements qu'il accordait à certaines sonores pauvretés. i\Iais le <c foin )> appesantit ceux qui seraient capables d'une autre nourriture, et nous ne tardons guère à voir que Tin-

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tclligence humaine ne se nourrit pas de foin, et que les causes divines ne se soutiennent pas par l'abondance des lieux communs qui suffisent au\ causes huniaines. Quand nous défendons le pouvoir temporel du Pape par les raisons qui seraient aussi applicables au Grand-Turc, nous finissons par sentir nous-mêmes que ces raisons, quoique bonnes, ne peuvent rien, par conséquent ne valent rien. Tirons-nous donc des arguments caducs, ou du moins n'y demeurons pas exclusivement, et employons les raisons de Dieu pour défendre Tœuvre de Dieu ; forçons le monde à les entendre. Alors mesurant la profondeur et du fondement de réditice et de notre foi, Tennemi comprendra qu'il nV peut atteindre; perdra l'assurance de la victoire, nous voyant en assurance de n'être pas ébranlés.

REIOUR A SAIN l -PAUL.

Il y a des gens que j'aime, qui ne trouvent dans Rome rien de manque, rien d'imparfait. îl

suffit que ce soit à Rome. J'étais tout à Pheure en face d^un défenseur très-résolu de la basilique de Saint-Paul. Et que dirai-je? Ses raisons, dictées par Famour, m'ont presque fait admirer ce que j'avais vu tout autrement qu'en beau. Quel avocrtt que Tamour, et quel inventeur de beauté !

Ah! vous blâmez l'extérieur de la basilique de Saint-Paul î vous ! Il vous paraît mesquin ! Mais c'est ainsi qu'il doit paraître ! Ce preniier aspect mesquin, c'est l'aspect de TApôtre lui-même. (( Saint Paul vous apparaîtrait dans sa chair mortelle, que verriez-vous? Un homme court de taille et de maigre apparence, dit Bossuet. Voilà

juste le monument )> Et comme cet éloge laisse

à désirer, on ajoute : ce Attendez que tout le plan de l'architecte soit rempli. C'est déjà quelque chose d'avoir taillé une colline romaine et d'avoir déplacé une voie d'Ostie pour niveler toute une place jusqu'au Tibre. Mais il faut sur le Tibre un pont, puis une avenue, un quadriportico, un atrium pour arriver à la mosaïque de la façade. Ce dehors aura son grandiose. Le petit homme de tout à l'heure parlera, ses 3^eux s'éclaireront, et vous verrez. » Que répondre à cela.^ J'inclinai la tête. L'apologiste poursuivit :

(( Et rintérieur! J'y entrai l'autre jour avec un évêque de France, à l'heure de cette belle lu-

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