‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 224 sur 230 · PAROLES DF SAINT LÉON · texte numérisé non relu

PAROLES DF SAINT LÉON

Nous nous sommes assis à Tangle de l'un des quatre piliers de la coupole. Nous avions derrière nous Tautel majeur, devant, Tautel de la chaire; à gauche, Tautel de Saint- Léon I^'", Pape : saint Léon-le-Grand.

Léon, archidiacre de l'Eglise romaine, fut élu Pape Tan 440, lorsqu^il était en mission dans les Gaules pour réconcilier Aétius et Albinus, armés Tun contre l'autre au profit des Barbares. Alors, il n^y avait plus guère de patriotisme romain que dans les âmes chrétiennes. Ces temps désastreux sont revenus.

Le pontificat de Léon dura vingt et un ans. Il vit Attila aux portes de Rome et sut Técarter- il vit Genséric dans ses murs et put l'adoucir. Les écroulements se multipliaient , Tempire et le monde tombaient en poussière, Tâme de Léon demeurait inébranlable. Les pieds dans cette boue sanglante, le front vers le ciel, il prédisait à Rom.e une immortelle royauté.

Nous avions apporté les sermons de saint Léon, la plupart prononcés dans la basilique vaticane, en ces jours terribles d'Attila et de Genséric. Il en est un pour la fête des saints Apôtres Pierre et Paul. Que ces pages sont solennelles à relire ici, après quatorze siècles, entre le tombeau et la chaire de Pierre, à deux pas de la tombe et de Tautel de Léon î

Il convoque Rome à venir avec allégresse en ce jour du martyre et du triomphe aux pieds des hommes par qui TEvangile lui fut donné, et qui, de maîtresse de l'erreur qu'elle était, Tont faite disciple de la vérité. Ceux-là sont les pères qui Pont fondée pour une destinée céleste, sous de bien meilleurs auspices que le fratricide qui lui imposa son nom. Ils l'ont conduite à la gloire incomparable, ils lui ont assuré Tempire de la foi. La paix chrétienne a su acquérir ce que la force victorieuse n'avait pu conquérir, et c'est maintenant que Rome est la tête du monde.

PVROLKS DE SAINT LEON. 4gq

Car le Dieu bon et tout -puissant, afin que tous les mortels le puissent connaître, a pris en pitié leur volontaire aveuglement et la perversité qui les entraîne au mal. Par un profond conseil de tendresse, il leur a envoyé son Verbe, égal et coéterncl à lui-même ; et le A'erbe s'est fait chair, et la nature divine s'abaissant à la nature humaine. Ta élevée à une gloire sublime.

Et afin que l'effet de cette grâce inénarrable se répandît par tout le monde, la divine Providence prépara l'empire romain dont les frontières s'élargirent jusqu'à ce que leur immensité les rendit limitrophes de toutes les nations. Car il convenait souverainement au plan de l'œuvre di- \ine que Pempire d'une seule cité ouvrît la voie à la prédication universelle.

Cependant, Rome ignorait l'auteur de sa puissance. En même temps qu'elle régnait sur tous les peuples, elle s'était rendue Tesclave de toutes leurs erreurs, et elle croyait s'être fait un :

GRANDE RELIGION PARCE Qu'eLLE n'aVAIT REPOUSSÉ

AUCUN MENSONGE, ct magiiam sibi vl débat ur suscepisse religionem , quia niiUam rcspuerat falsitatem. Quelle parole !

Le Pontife ajoute : ce C'est pourquoi, lorsque les Douze se partagèrent le monde, pour le rem*

DOO i.lVKl-. XII. — CHAPITRK XMI.

plir de rKvangile, le bienheureux Pierre, prince de Tordre apostolique, fut destiné à la forteresse de l'Empire romain, afin que la lumière du vrai, placée au centre du monde, en éclairât plus aisément tout le corps. Toute nation avait alors dans la Ville au moins quelques-uns des siens , et quels peuples pouvaient ignorer ce que Rome aurait appris! C'était ici qu'il fallait fouler aux pieds les rêveries des philosophes, dissoudre les vanités de la sagesse humaine, humilier le culte des démons; ici, où la superstition avait ramassé toutes les conceptions de Pimposture.

K C'est donc vers cette ville, ô bienheureux Pierre, que tu diriges ta course. Tu entres dans cette lorêt peuplée de bêtes rugissantes ; plus courageux qu'au jour où tu marchais sur la mer, tu tavances sur les profondeurs agitées de cet océan, ei tu ne redoutes pas Rome, la maîtresse du monde, toi qu'une servante de la maison de Caïphe avait fait trembler. L'amour t'emporte, tu ne veux pas craindre ceux que l'amour te donne à aimer ! »

O Pie, successeur de Pierre et de Léon, toi aussi tu veux ne pas craindre! Tu restes, et frappé du coup mortel , tu diras : Xcni sciiint ! Et ramassant tes forces, tu lèveras ta main pour bénir. . .

KÊTF DF. SAINT PIERRE. 5ûl

fktf: de 5;ajnt pierrf..

La grande basilique est en allégresse pour la fête de saint Pierre : des fleurs, de For, des draperies d'or et de fleurs. La statue du prince des Apôtres est habillée en Pape, avec la tiare et Tanneau; le dais est plus riche. Et quel soleil! et quelles pensées au cœurî

Parmi ces merveilles grandioses, il y a des simplicités charmantes. On voit au-dessus de la principale entrée du péristyle une espèce d'ovale en verdure, suspendu par des guirlandes : c'est pour indiquer que saint Pierre a juridiction sur le globe. Le naïf emblème, de tradition très-antique, demeure là durant toute TOctave. Ces petites choses ont un charme que rien n'égale. Cela s'est fait longtemps ; cela , depuis des siècles, a tous les ans égayé la grande fête , a réjoui les yeux des humbles fidèles , leur a parlé et ils ont entendu!

Hélas! il y aura aussi les amertumes. Dans ces jours de grande foule, la tenue de beaucoup d'étrangers est un crève-cœur pour les pauvre^ catholiques. C'est alors que l'Anglais, le protestant, le faquin incrédule sont odieux! Si la dernière canaille de Paris était soudain introduite dans la basilique, elle s'y tiendrait plus décemment que ces messieurs et ces mesdames de la civilisation européenne. Et penser que tout ce monde ne parlera qu'à voix basse et chapeau bas aux huissiers de n'im.porte quelle antichambre ! Je m'étonne toujours que l'indignation des honnêtes gens mêlés dans cette cohue de goujats en habit noir puisse ne pas faire explosion. Je crois fortement qu'un terrible ouragan de bastonnade éclatera sur la fleur de la société moderne et lui fera expier son défaut de respect.

Un sergent, de planton à l'estrade de l'état-major français, avait trouvé bon de grimper debout sur le banc le plus élevé. De là, il promenait son regard vainqueur. Un Suisse pontifical l'avertit de descendre. Il n'obéit qu'à moitié, regardant le Suisse de manière à le réduire en poudre. Le sergent se sentait instruit, victorieux, supérieur à toutes les superstitions dont il voyait l'étalage, capable d'en délivrer le genre humain. C'était d'ailleurs un joli sergent, bien ciré, de belles moustaches. Son général parut, il descendit tout-à-fait -, le voilà

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