‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 225 sur 230 · FETE DE SAINT PIERRE. DOO · texte numérisé non relu

FETE DE SAINT PIERRE. DOO

dans la position du soldat sans arme, prêt à ployer le genou. Mais cette soldatesque, vouée à obéir, quel que soit son fond, ne fera que ce qui lui sera commandé. Plus déplaisante est la physionomie, des personnages. Certains diplomates laissent lire sur leurs nobles traits qu'ils se trouvent bien bons d'être là. Plusieurs annoncent tout haut que nous touchons à la fin, tenant qu'une chose qu'ils condamnent si décidément ne saurait durer. Je pense, moi, que leur aveuglement sera pourtant un des instruments de salut du monde. Je ne vois en eux rien qui puisse longtemps contenir l'esprit du Christianisme -, ils seront vaincus par cet esprit qu'ils ignorent... hélas ! hélas ! et comme ils deviendront pieux , et comme ils offriront leurs services , et comme il sera difficile dV échapper !

Le roi de Naples était à la cérémonie, en habit militaire. Si c'est l'uniforme que portaient ses généraux, il devrait le changer, en mémoire de leurs services. J'observe que Thabit militaire est devenu partout l'uniforme des rois, même des rois détrônés. En tout pays, le roi n'est plus que le premier officier de l'armée. Et ils parlent de liberté dans le monde ! Le dernier vestige extérieur de liberté, — ce n'était pas grand'chose, — a disparu avec l'habit de garde national de notre Louis-Philippe, chassé par ses gardes nationaux pris de gros vin.

5o4 LIVKL XII. — CHAl-ITRE XXIII.

N'importe! Malgré les airs lîers des sergents et les airs méprisants des diplomates et les airs militaires des rois, il est doux d'entendre chanter ici cet évangile de la durée :

<( Simon-Pierre, prenant la parole, dit à Jé- ^ sus : Vous êtes le Christ , Fils du Dieu vi « vant. Jésus lui répondit : Et moi je te dis que fc tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon ce Eglise, et les portes de Fenfer ne prévaudront « point contre elle. »

« Un conseil singulier de Dieu a présidé à la <• naissance et à la grandeur de cette sainte cité. « et je suis dans la ferme croyance que les pierres « de ses murs sont dignes de respect et que le « sol où elle est assise est digne de vénération ('. au-delà de ce que les hommes ont jamais pu '( dire et croire. » C'est pourtant Bossuet, notre Bossuet qui parle ainsi, comme Luc de Tuy et

ici!... do:>

comme Léonard de Tulle -, et j'encadre avec plaisir cette phrase ultram^ontaine que les gallicans n^ont pas coutume de citer î Quel dommage que Bossuet n'ait pas fait le voyage de Rome! Il y viendrait aujourd'hui, et il serait plus grand docteur et même plus grand écrivain. La vue de Rome eut ajouté à son talent en ajoutant à son génie. Du moins son génie traînait un poids dont Rome Teût délivré. Sans prétendre ôter rien à sa gravité ni vouloir rien rabattre du beau dédain qu'il professait pour la littérature , je dis qu'un si grand artiste n'eut jamais consenti à garder un préjugé qui voilait la splendeur et la mélodie de sa voix. Il eut trouvé de si belles choses à dire de Rome qu'il les eut dites. Et alors quels coups d'aile, et quels coups de foudre 1

Un autre témoin de Rome, tout différent et non moins animé, c'est Erasme. Oui, Erasme, lui aussi il aimait Rome ^ Erasme de Rotterdam, ce froid Hollandais! Son latin de glace, poli, clair et coupant, semble contenir une larme non encore tout- à-fait tigée : « Si je ne m'étais arraché de Rome, jamais je n'aurais pu la quitter. Il m'a fallu la violence pour ne pas me laisser séduire, et j ai fui plutôt que je ne suis revenu... Rendez-moi le Léthé si vous voulez que j'oublie ja-

DOb LIVRE XII. — CHAPITRE XXIIi.

mais Rome ! )> Oh 1 que j'en dirais bien autant ! Il est vrai quil y a deux Rome, et je suppose qu'Erasme n'en regrettait qu'une, qui n'est pas celle que je préfère; mais quimporte ! Je les aime toutes deux, et mon cœur bat avec le cœur d'Erasme de Rotterdam. Je ne m'y serais pas attendu.

Véritablement la Rome païenne, dans l'état où elle est, mérite bien aussi quelque amour. Elle ne fournit pas un ornement de peu de valeur aux grandes beautés de la ville des Apôtres. C'est un charme indicible d'errer sur le Forum, de sui* vre la voie Sacrée, de monter le cl i vus qui mène au Capitole.

Iciî... M. de Maumigny remarque {i) Timportance, la sonorité, la majesté, l'immensité de ce mot dans Rome. Ici César , ici Pierre, ici Charlemagne, ici Raphaël, ici le Tasse, ici Dominique et François d'Assise et Ignace de Loyola! Tant de héros ^ tant de grands hommes, tant d'histoires demeurent ici! Ouam dires urbaniim soliim ! s'écriait le poète Prudence. Les moindres objets deviennent solennels sur ce sol dont la poussière et les pierres sont plus précieuses que l'or et les diamants. Quel moyen

;ij Dans le grave et beau livre intitule : Les voix de Rome.

îci !... Doy

d'aller sans émotion de l'Ara-Cceli au temple de Faustine, de la prison Mamertine à la maison de Tibère? d'entrer à Saint-Onuphre, où mourut le Tasse, du pas dont on franchirait le seuil de ITnstitut? Nulle part on ne sent son rien autant qu'à Rome ; et cependant , parce qu'on est ici, l'on prend de soi-même je ne sais quelle idée d'être quelque chose. Les anciens disaient qu'il n'est pas donné à tout le monde d'aller à Gorinthe ; ni d'aller à Rome , sans doute ] et s'y voir est une marque des faveurs de la Providence dont on est encHn à se targuer. Ici! ici!

Dans une salle du Capitole, nous trouvons la louve de bronze, la même qui était sur le Ga-pitole au temps de Tite-Live, et sur laquelle un jour le tonnerre tomba. On nous montre les traces de la foudre. Si c'est bien la louve, si ce sont bien les traces de la foudre, je n'en sais rien. Partout ailleurs, ce bronze ne serait qu'une curiosité; mais ici! Sur la place du Gapitole il y a un poste de soldats français; rien de moins intéressant à Paris, et même à Pékin, et même à Rome : mais sur le Gapitole, ces soldats sont des Gaulois; voilà pour Erasme. Et la grande nation des Gaules qui envoie ces soldats, est-elle encore la fille aînée de l'Eglise; et cette troupe qui garde le Gapitole, garde-t-elle aussi le Vatican? Voilà pour moi.

3o8 LIVRE XII. — CHAPITRE XX.III.,

Et ces enfants qui jouent, ces enfants déguenillés, les mêmes que partout, ne remarquezvous pas qu'ils jouent autour de la statue de Marc-Aurèle ? Enfants baptisés dans le sang du Christ, vrais rois de la terre, germes divins, jouez sur le Capitole, dispersez en jouant cette poudre qui fut le temple et l'autel de Jupiter, faites-vous un jouet du simulacre de César î A travers vos rires, j'entends la voix des prophètes qui ont averti Rome et César et la longue suite des dominateurs du monde :

(( Tout orgueil est haï de Dieu, toute puissance injuste connaîtra la main de Dieu, toute iniquité des nations est exécrable devant Dieu.

(r Le principe de Torgueil est l'apostasie. De là les fraudes, les injures, les méfaits infâmes et sans nombre. A cause de ces crimes, l'empire est transféré d'un peuple à un autre ; et ceux qui ont apostasie reçoivent des maîtres méchants , jusqu'à ce que le Seigneur les prenne en pitié.

(c Dieu a secoué de leurs trônes les princes superbes -, il y a fait asseoir à leur place ceux qui étaient humbles et doux. Dieu a fait sécher jusqu'en leurs racines les nations superbes, et il a planté dans leurs terres les humbles qui croyaient en lui.

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