‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 226 sur 230 · LES ADIEUX · texte numérisé non relu

LES ADIEUX

Les grands jours sont passés, la ville se dépeuple. La plupart des évêques restés après la Canonisation n'attendaient que la célébration de la fête de saint Pierre. Ils s'arrachent, le devoir les appelle. Ils courent à leur glorieuse servitude, à leur pauvreté, à leurs angoisses, à leurs périls. Combien en est-il pour qui cette fête de saint Pierre a été la dernière vision de la liberté et des pompes de l'Eglise î Tel de ces évêques a bâti de ses propres mains sa cathédrale , dans laquelle il ne peut se tenir debout, et il n'est pas le plus dénué ni le plus à plaindre. D'autres n'ont pas même

cette cathédrale de terre et de roseaux ; d'autres ont des cathédrales de marbre d'où ils sont bannis par la civilisation moderne, et des églises illustres qu'ils voient profaner par des prêtres apostats , dignes prêtres de cette civilisation qui les bannit -, il en est qui^ des gradins de l'autel où ils peuvent encore monter entourés d'un semblant d'honneurs, voient la police assise sur les marches de la chaire pastorale, un bâillon à la main.

J'assiste aux adieux. Dans les sanctuaires, je reconnais les partants, ceux qui n'ont plus qu'un jour, ceux qui n'ont plus qu'une heure. On vient à Saint-Pierre prendre le suprême congé, dépen ser les dernières minutes. Le partant a une manière de regarder et de s'arrêter qui le désignerait entre mille. J'observais ce matin un vieil et saint évêque, maintenant en chemin pour sa rude mission. Mes yeux se mouillèrent. J'allai le saluer. Il étendit la main comme pour toucher tous les autels et tous les murs de la basilique : « A^ous, me dit-il, vous pourrez revenir ; moi je ne reviendrai point. )) Il ajouta : « J'ai rempli mes yeux et mon cœur -, que Dieu soit béni ! » Je lui baisai la main et je le quittai. Il alla s'agenouiller devant la Confession, le front appuyé sur la balustrade. Ayant prié , il s'éloigna d'un pas lent. Je le suivais du regard. Il ne s'arrêta point jusqu'au seuil, mais là il s'agenouilla encore, et son front et ses lèvres

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