LES ADIEUX. 5 I I
touchèrent le pave. O Dieu de miséricorde qui savez où il va, remplissez-le de la joie de vos martyrs (1} î
Et nous aussi, nous avons des figures de partants. Quels regards semblables nous jetons sur ces beautés qu'il faut quitter ! Que ces enchantements sont profonds! Que la croix de Saint-Pierre est belle dans Pazur doré du soir !
Entrons, nous dit Tabbé Henri, terminons ce jour devant Tautel, et répétons la prière de Jésus, fils de Sirach :
« Ayez pitié de nous, ô Dieu, Seigneur de toutes choses, et regardez-nous dans votre bonté, et montrez-nous la lumière de vos miséricordes î
ce Répandez votre terreur sur les peuples qui ne se mettent point en peine de vous, afin qu'ils connaissent que vous seul êtes Dieu et qu'ils publient vos merveilles. Etendez votre main • qu'ils voient votre puissance !
(i) C'était Mgr Borowsky, évêque de Zitomyr dans la Pologne russe. Le saint évêque^ maintenant, est là où il savait bien que sa foi inébranlable devrait le conduire ; il est exilé de son diocèse et prisonnier en Sibérie. ( Août 1870.)
« Renouvelez vos miracles, faites-en de nouveaux; brisez Tennemi qui nous persécute, hâtez le temps, et que ceux qui tyrannisent votre peuple tombent dans la perdition. Leurs chefs disent : Il n'y a point d'autre seigneur que nous !
« Rassemblez Jacob, et que toutes ses tribus deviennent votre héritage comme au commencement. Ayez pitié de votre peuple que vous avez appelé de votre nom, et d'Isracl que vous avez traité comme votre fils aîné.
(( Avez pitié de votre Jérusalem, la cité de votre temple, la cité de votre repos : remplissez Sion de la vérité de vos paroles inénarrables; que votre peuple y voie éclater votre gloire.
« Rendez témoignage qu'ils ont dit vrai, ceux qui, dès le commencement du monde, ont parlé en votre nom. Récompensez ceux qui vous ont attendu longtemps : que vos prophètes soient trouvés fidèles.
(i Exaucez les prières de vos fidèles et conduisez- • nous dans la voie de la justice, afin que tous ceux qui habitent la terre sachent que vous êtes le Dieu vivant qui voyez tous les siècles devant vous. >)
PIE IX. 3i3
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PIE IX
L'Homme-Dieu a été Thomme de douleur. Il n'a fait que des œuvres de justice et de miséricorde et il a été haï, calomnié, bafoué, mis à mort. Ceux qu'il avait guéris par ses miracles, délivrés par sa doctrine, ont crié : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous ! Il a épuisé le calice des iniquités humaines. Ses amis eux-mêmes Font abandonné, l'ont renié ; il avait nourri de sa chair celui qui Ta vendu. Ses persécuteurs Font tué en invoquant l'intérêt du peuple et Tintérêt du ciel ; une vile populace a eu licence de Tinsulter jusque sur la croix. Voilà l'Homme-Dieu , caché et comme anéanti dans Thomme de douleur. Cependant il règne; le titre de sa royauté, écrit de la main qui le livre, est cloué à l'instrument du suppHce par les mains qui le crucifient. Que d'efforts seront faits pour déplanter ce gibet plus illustre et plus puissant que tous les trônes, pour en arracher ce titre royal î Mais la croix est stable et le titre royal est écrit pour Téternité. Sans douter jamais de sa
faiblesse ni de sa victoire, le divin Supplicié avait dit : J'ai vaincu le monde. Il expire, les ténèbres enveloppent la terre, les morts sortent des sépulcres. Instruit par ces perturbations, l'homme de la force publique, celui-là même qui vient d'assurer l'exécution de Tinique sentence, reconnaît et adore la victime : C'était vraiment le Fils de Dieu !
Nous avons sous les yeux cette histoire et cette tigure. La figure est vivante, l'histoire nous a pour témoins. \o\d Thomme qui n'est pas semblable aux autres, qui n'est pas né pour les œuvres communes. Dans une chair réservée à la mort, il porte comme nous un esprit exposé à l'erreur, mais non pas cerné dans toutes nos limites et soumis à toutes nos défaillances. Dieu lui est lié par un serment éternel. Il est Thomme à qui le Sauveur a dit : Je suis avec toi. Ici la chair mortelle enferme plus d'immortalité qu'en nous -, l'esprit contient plus d'élément divin. Celui-ci est Pierre, qui ne meurt pas et qui ne se trompe pas. Faible, moqué, crucifié comme Thomme de douleur, invincible comme l'Homme-Dieu, dans les conditions du Calvaire il continue Tœuvre du Calvaire ; il la poursuit depuis dix-huit siècles à la face des hommes prosternés devant le miracle ou stupéfaits et furieux devant le problème. Il enseigne, il expie, il délivre, il meurt, il règne- il tient les clefs du ciel, et le ciel est ouvert ou fermé par ses mains.