‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 24 sur 230 · K N T R E E A ROME · texte numérisé non relu

K N T R E E A ROME

PORTA CAVALLEGIERI.

^5jFI ^^^ approchions de Rome, pleins d'émotion, pleins de joie, sentant que Dieu nous donnait quelques-uns de nos jours heureux. Nous n'étions pas des curieux impatients ni des gens à convertir et qui cherchent à se défendre ou contre le diable ou contre le bon Dieu : nous arrivions avec Tamour dans le cœur ; nous rentrions plutôt que nous n'arrivions.

Nous avions tout à souhait : de vaillants chevaux, un excellent postillon, beau garçon, poli et de bonne humeur , qui ne semblait pas moins

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charmé que nous de voir Rome, et qui nous savait gré de notre allégresse. Le stoïque /'r^/c lui-même laissait battre son cœur. Un détour de la route nous montra en plein le Dôme, déjà salué de plus loin.

Le temps était magnifique, le soleil descendait dans toute sa pompe, illuminant et embrasant l'espace ; la croix étincelait sur la coupole enveloppée d'une pourpre adoucie. F'ra Gaudenzio n'y put tenir. Il cria au postillon d'arrêter, il étendit les bras, comme pour étreindre le Temple et la Mlle. c( — Ecco! dit-iU ecco! » Ses veux se mouillèrent.

Qu'il y avait de tendresse dans ce cri, et combien, sans se Tavouer peut-être, il avait désiré repaître ses yeux des splendeurs qui leur étaient rendues! Après un court silence, les yeux toujours attendris et la main toujours levée vers son beau ciel, il reprit :

(( — Cette illustre et charmante Elpis, qui a composé, il y a treize cents ans, l'hymne que nous chantons aux vêpres des saints Apôtres, ne pensez-vous pas qu'elle avait ce même ciel sous les veux, et qu'elle l'a bien dépeint: \'oyez : Anrea liice et décore roseo...

A GKN'OrX. 8l

« Roma ! Roma ! madré mia Roma ! très-chère Rome, ma mère, à qui Dieu a donné les saints Apôtres, garde bien le présent de Dieu. »

Et, son cœur débordant tout-à-fait, il se mit à chanter, d'une belle voix d'église :

Ofelix Roma quœ tantorum Principiim Es purpurata pretioso sanguine, Non laude tua, sed ipsorum meritis Excellis omnem mundi pulchritudinem !

A GENOT \.

Abandonnant nos passe-ports à la bienveillante police romaine, et confiant nos bagages, y compris le panier de Fra Gaudenzio, à la bonne figure de notre postillon, nous nous hâtâmes vers Saint-Pierre. Nous espérions que les portes ne seraient point fermées.

Mais, lorsque nous arrivions au milieu de la Colonnade, VAve Maria se fit entendre. Il était trop tard. Nous montâmes néanmoins les nobles

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degrés du péristyle. De nos mains, de nos fronts, de nos lèvres nous touchâmes les portes sacrées î

Ave, Petre I Salut, pasteur des peuples, plus grand que Moïse; bienheureux Simon Bar-^Jona, Simon, fils de la Colombe, à qui TEsprit daigne révéler ce que la chair et le sang ne révèlent point, et qui le premier entre les hommes as dit au Christ : Vous êtes le Fils de Dieu î

Ici donc ont pris racine tes pieds que le Christ avait lavés pour te donner part à son royaume, tes pieds vainqueurs qui ont humilié le Capitole et foulé les puissances de Satan ! C'est ici ta demeure, d'où tu domines le monde î C'est ici ton sépulcre plein de vie et de gloire !

Nous nous agenouillâmes auprès de Fra Gaudenzio prosterné. Rome, du moins, ne laisse pas de respect humain à vaincre, et l'on y peut, sans donner de scandale, adorer Dieu en pleine rue.

Le glorieux Rousseau, le glorieux compère de Thérèse Levasseur, disait à un sien disciple : « Pourquoi te mettre à genoux ? tu seras toujours assez près de la terre î »

Glorieux Rousseau, je me mets à genoux, précisément parce que je me trouve trop près de

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