‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 27 sur 230 · DE DIVERSES PRISONS 9 I · texte numérisé non relu

DE DIVERSES PRISONS 9 I

nous liait devant Saint-Pierre. Là nous eussions attendu le jour, comme font les pèlerins de la campagne, afin d'être prêts à Pouverture du seuil sacré.

Nous nous éloignâmes pour quelques heures. Bientôt Fra Gaudenzio nous montra le château Saint-Ange. Cette masse n'est que le débris d'un tombeau. Le faste des tombeaux, poussé si loin par les grands de l'ancienne Rome, frappe toujours notre ami Don Agostino. — a Pesez, pesez sur la terre! Au jugement dernier, il faudra se lever de là-dessous!... »

A Rome, rien n'est isolé, rien n'est muet, rien ne parle à contre-sens ; tout tient à quelque chose, dit quelque chose, 'dit la chose qu'il faut dire. Ce château fort, construit sur un mausolée impérial , est rempli de l'histoire de Rome -, il a la majesté romaine et le beau langage romain.

Prison d'Etat, il reçoit des coupables, des innocents, des fortunes tombées. Les fortunes tombées y méditent sur une cendre d'empereur ; les innocents y sont gardés par les images des Apôtres ; les coupables lèvent les yeux vers l'ange qui couronne l'édifice : mémorial de la miséricorde divine, Tange, remet son glaive au fourreau.

Quant à sa mine, c'est la belle forteresse d'au-

q2 LIVRE II. CHAPITRE V.

trefois, fière et ornée, avec des plates-formes d'où le captif plonge dans le grand espace et dilate sa poitrine dans le grand air. Les forteresses d'à présent, basses et cachées, sont des agents de police déguisés en bourgeois.

Leurs cachots sont nommés cellules ; mais où est la joie et la liberté de cœur du moine ? Curieux mensonge du langage otiiciel : un nom monastique au cachot du prisonnier de la force humaine, dans le temps que cette force supprime les retraites où s'enfermaient les captifs volontaires de Jésus-Christ î

Jadis, j'ai pris Tair dans les préaux de la Conciergerie. Comme je me rappelais les plates-formes du château Saint-Ange 1 Mon « directeur » m'avertissait des supériorités de la prison française : qu'on y est mieux couché, mieux nourri, mieux serré. — Mais votre prison ne laisse pas voir le ciel 1 — Est-ce que vous vivez de voir le ciel ?

Au fond de mon encrier, où j'ai trouvé la Conciergerie , je ne sais quel mirage , à présent , me montre le (c pénitencier ); du faubourg Saint-Antoine. On y entend les omnibus et le sifflet du chemin de fer. Point de ciel !

Si mes crimes m'introduisent là, j'implorerai une pénitence plus sévère. Je solliciterai les horreurs

LES SliNTINKLLKS.

de la prison romaine avec son mauvais ordinaire, mais avec la plate-forme que la nuit couvre d un pavillon d'étoiles, avec le grand espace que traversent la pensée et les oiseaux.

Ah' si l'on voulait me mettre au château Saint- Ange^ sous le vol des cloches de Saint-Pierre et sous les ailes de l'ange miséricordieux, près de. statues des saints Apôtres, dominant les cendres de l'empereur Adrien !

LES SENTINEl.Lt^-

Le pont Saint- Ange est élégant et pittoresque. \ rentrée sont les statues des Apôtres Pierre et Paul. C'est le seuil du Vatican. On y gagne des indulgences moyennant une courte prière. - Sous le pont, dans un lit étroit, coule une eau épaisse, le Tibre '.

Fra Gaudenzio et moi, nous nommons à nos compagnons les rues, les églises, les palais. Ces noms leur étaient connus ; vingt fois ils avaient lu Rome. Sa Majesté Piémontaise est une puissante majesté, mais enlever Rome aux catholiques, voila un travail d'Hercule.

De braves gens chantaient devant les madones illuminées. Nous arrêtâmes un moment place Navone. Ici Agnès triompha des bourreaux , et ses cheveux, pour protéger sa pudeur, croissant subitement, remplacèrent par un voile de velours ses vêtements arrachés.

Le Panthéon d'Agrippa î Ce n'est pas la merveille de Tarchitecture. La forme avait besoin de passer par le cerveau de Michel-Ange, comnie la pensée d'être redressée par le Pape. Balayant les faux dieux, le Pape a consacré Tédifice à tous les saints du vrai Dieu. Ramassant le dôme posé sur le sol, Michel-Ange l'a jeté dans les airs.

Fra Gaudenzio n'admirait ni ne critiquait ni ne voyait Tarchitecture. — Ecoutez, nous dit-il, écoutez saint Paul, qui a vu ce monument dans sa splendeur première : « Mes frères, par la foi les « saints ont conquis des royaumes, fermé la gueule « des lions, arrêté la violence du feu. Par la foi « ils ont été remplis de courage dans les combats, (( ils ont mis en fuite des armées.

(( D'autres ont été cruellement tourmentés, ne rr voulant pas racheter leur vie présente, afin d'en a trouver une meilleure dans la résurrection. D'auc( très ont souffert les insultes et les coups, les chaîc( ncs et les prisons ; ils ont été lapidés, brisés* ils

PAUL. PKISONNILK DL" CHRIST. QD

u ont péri par le glaive. » Ainsi lAputre décrivait la vie des saints et prophétisait sa vie.

Et il ajoute : « L'œil n"a point vu, Toreille n\i « point entendu, et Tesprit de Thomme ne peut c( comprendre ce que Dieu a préparé pour ceux qui (( r aiment I »

Tout près du Panthéon est la belle église de la Minerra, où les Dominicains gardent le corps de sainte Catherine de Sienne, suscitée de Dieu pour tirer les Papes de Texil d'Avignon-, tout près sont les belles églises du Collège romain et du Gesii, où les Jésuites gardent saint Louis de Gonzague, saint Ignace de Loyola, saint François-Xavier. Nous n'avions pas vu de sentinelles autour du Pape : il y en a cependant, et beaucoup I

VU

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