PAUL, PRISONNIER DU CHRIST
Fra Gaudenzio toucha de la main et du front une haute muraille : Santa Maria in via Lata^ nous dit-ii. 11 demeurait là, Paul de Tarse ! Lié à un soldat, il attendait le jugement de César. Captif^ il prêchait le Christ; et, malgré ses chaînes, la parole de Dieu n'était pas liée.
Cj6 LIVRE 11. CHAPITRE Vil.
Ici, sous la dictée de l" Esprit saint, furent écrites quelques-unes de ces Kpitres quWmbroise appelle '< le lait dont T Eglise a été nourrie au berceau. » Ici se formait ce nuage, dit TEvèque d'Hippone, qui, roulant au gré du soutHe divin dans tout Torbe des cieux, verse partout le feu, la lumière et la rosée.
Certes, les édits impériaux rencontraient de Tobéissance I Mais quel empereur a été et sera jamais obéi comme ce captif qui écrivait là, derrière ces murailles, prescrivant des lois que jamais empereur n'eut osé donner, que jamais empereur n'aura le pou\oir d'abolir ?
Paul , apôtre du Christ et docteur des nations ! il disait de lui-même cette chose magnifique : « Je " suis établi docteur des nations dans la foi et la " vérité de Jésus-Christ. •> Il se gloritiait de ne savoir rien des sciences humaines, de ne savoir que Jésus crucifié i mais c'était de Jésus-Christ même et non des hommes qu'il avait appris à connaître Jésus-Christ, et je ne m'étonne pas qu'il ait vaincu e monde. — Il a donc vécu là!
Là, prisonnier, — Pauliis, vinctiis Chrisli Jcsii, — il écri\ait aux Ephésiens : « Priez, alin que Dieu " me donne d'annoncer Hbrement l'Evangile, " même dans les chaînes, et que je le publie avec
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« hardiesse, comme je dois. » Là, déjà fatigué par rdgc, — Pauliis senex, — ayant besoin d'assistance, il se privait pourtant des services de l'esclave fugitif Onésime, pour le renvoyer à son maître.
Mais, lorsqu'il le renvoie, quelles paroles nou- \ elles dans le monde s'échappent de son cœur, et de combien d'esclaves cet esclave qui retourne sous le joug ne porte-t-il pas la liberté !
« Je vous prie pour mon tils Onésime que j'ai '< engendré dans mes liens. Je vous le renvoie et je « vous prie de le recevoir comme moi-même, non '« plus comme un simple esclave , mais comme ce- « lui qui d'esclave est devenu un de nos frères '< bien-aimés, qui m'est très-cher, à moi, et qui « vous le doit être encore beaucoup plus, étant à « vous et selon le monde et selon le Seigneur.
" Que s'il vous a fait tort, ou s'il vous est rede- « vable de quelque chose, mettez cela sur mon « compte. C'est moi, Paul, qui \ous écris de ma « main, c'est moi qui vous le rendrai. Oui, frère, « que je reçoive de vous cette joie dans le Sei- « gneur! Donnez-moi, au nom du Seigneur, cette « consolation ! »
Quelle tendresse dans cette àme de héros! Un prédicateur ne voulait que le caractère et la vie de
saint Paul pour prouver TEvangile. En effet, tout l'Evangile, toute sa sublimité, toute son ardeur, toute son humilité et toute sa charité est en lui. Et comment ne pas croire à la divinité de TEvangiie,' puisqu'il fait de tels hommes !
Paul a souffert tant de travaux, subi tant d'injures, et il demande que Ton prie afin qu'il parle avec hardiesse, « comme il doit ! » Ravi au ciel, il a vu Jésus-Christ, son propre sang entre les mains, intercédant comme pontife et s'offrant comme \ ictime : et la grand eur de ses révélations comme la grandeur de ses services lui apprend rhumilité^ il se fait le père, le frère et la caution de Fcsclave !
Cette année-là, dans Rome et par la loi romaine, furent immolés les quatre cents esclaves de Pédanius-Secundus, assassiné dans sa maison. Néron penchait à la clémence, quelques voix s'élevèrent dans le Sénat pour tant de malheureux dont l'innocence n'était pas contestée. L'orateur Cassius lit voir la sagesse de la loi, disant que les esclaves ne pouvaient être contenus que par la crainte. Ils périrent tous.
Ainsi parla Fra Gaudenzio : et nous posâmes nos lèvres sur la muraille de 5j;//j Mjn'j in via
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