‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 29 sur 230 · TN PAPE AVILI · texte numérisé non relu

TN PAPE AVILI

A quelques pas, nous vîmes un certain mouvement devant une église dont la porte était décorée de pourpre. Cette tenture indiquait l'exposition du saint Sacrement ^ c'est ce que l'on appelle l'adoration des Quarante heures. Nous entrâmes. L'église est dédiée à saint Marcel, pape.

L'autel brillait de feux ; une foule silencieuse remplissait la nef. Nous nous mîmes à genoux parmi ces fidèles et nous rendîmes grâces. Il est doux de se trouver dans Rome, mais cette joie n'est bien connue que lorsqu'on y revient.

Fra Gaudenzio me présenta son bréviaire ouvert au seizième jour de janvier, fête de saint Marcel, pape et martyr. Voici ce que je lus dans le livre de Ja prière catholique, et jamais je n"ai mieux respiré le parfum des premiers siècles :

c( Marcel, Romain, occupa le Saint-Siège depuis « le temps de Constance et de Galère jusqu'à celui « de Maxence. Il institua dans la ville vingt-cinq

« paroisses, afin que le baptême et la pénitence « fussent administrés aux infidèles qui embrassaient <v la religion du Christ, et la sépulture donnée aux « martyrs. Maxence le sut et en fut irrité ; il « menaça Marcel des plus cruels supplices, s'il ne i( déposait le pontificat et ne sacrifiait aux idoles.

« Marcel ayant dédaigné ces injonctions insen- (( sées de la voix de Thomme, Maxence le fit em- (( prisonner dans les écuries des bêtes destinées « aux jeux publics. Il y vécut neuf mois, s'appli- « quant au jeûne et à la prière, et visitant par ses « lettres les paroisses qu'il ne pouvait plus visiter (( en personne. Délivré par les soins du clergé, il « reçut l'hospitalité de la bienheureuse Lucine , « dans la maison de laquelle il dédia l'ég-lise qui « porte aujourd'hui son nom. Les chrétiens sV u réunissaient pour prier, et le bienheureux Marcel « les instruisait.

f( Maxence, en ayant été informé, fit transfé-

(( rer les bêtes dans cette église même, et con-

« damna Marcel à les servir. Ce fut en ce lieu,

(( qu'affiigé de cruelles infirmités, Marcel s'endor-

a mit dans le Seigneur. La bienheureuse Lucine

r( l'ensevelit au cimetière de Priscille, sur la voie

« Salaria, le dix-sept des calendes de février : il

i< avait siégé cinq ans un mois et vingt-cinq

« jours.

IN PAPF. AVir.I. 10 I

a Marcel a écrit une épître aux évêques de la province d'Antioche , touchant la primauté de TEglise romaine, où il prouve qu'elle doit être appelée la tête des FJg-lises. Il établit que nul concile ne peut être valablement tenu que par Tautorité du Pontife romain. Au mois de décembre, il avait ordonné vingt-cinq prêtres pour Rome, deux diacres et vingt et un évêques pour divers lieux. ))

Voilk le Pape des premiers temps, et le Pape de tous les temps, et toute la vie apostolique. Quelle sérénité , quelle miséricorde , quel sentiment de force éternelle ! Et combien resplendissante nous apparut cette maison de la bienheureuse Lucine : maison sainte consacrée en église ; église transformée en écurie et d'autant plus sacrée; écurie redevenue une église dautant plus auguste. Et nous v vénérons le pontife que Timbécillité de la force avait cru dégrader en Tattachan au service des animaux î

Notre pensée vola vers le Latran, où Constantin, vainqueur de Maxence, installa dans son propre palais, comme maître de Rome, le successeur immédiat du Pape saint Marcel. La glorieuse inscription de l'Eglise mère retentissait en nous. Elle attestait ce que le captif de Maxence avait proclamé du sein de l'infecte prison où Pimbécillité delà force espérait le vaincre.

Méprisant de folles menaces, le captif affirmait son droit, sa puissance et son éternité. Et c'était le geôlier qui allait mourir.

ÏX

Page 1