DEUX COLONNES
En nous entretenant de ces pensées, nous arrivâmes au pied de la colonne triomphale décernée par le Sénat au sage empereur Marc-Aurèle.
Ce sage s'intitulait : « Auguste, parthique, germanique , sarmatique, souverain pontife , tribun vingt-huit fois, empereur sept fois, père de la patrie, proconsul. »
A ces titres, le Sénat trouva bon d'ajouter la divinité. En souvenir des victoires du dieu Marc- Aurète sur lés barbares, il lui éleva une colonne qui ne devait pas périr.
La divinité du sage empereur étant néanmoins tombée, Sixte-Quint a pris sa colonne et lui a donné une autre destination. Il y a placé la statue du frère de Tësclare Onésime, et elle dit :
DE IX COLONNES. Io3
« Maintenant que je porte le disciple du Christ, u qui, par la prédication de la Croix, triompha des « Romains comme des barbares, c'est maintenant (c que je suis triomphale et sacrée. »
Nous arrivons à notre logis, piai-{a di Spagnà, sur les premières pentes du Pincio. Là s'élève le palais de la Propagande, où toutes les langues apprennent à confesser Jésus-Christ, et où s'allument les flambeaux qui portent dans tout l'univers la clarté du \vbà. Si nous avions l'œil des saints, nous verrions des légions d'anges s'envoler de ce lieu.
In omneni tendant exivit sonus eorum ! Ainsi chante l'Eglise en la fête des Apôtres, et Dieu disait à Isaïe :
« J'enverrai vers les peuples qui sont au delà «. des mers et dans les îles reculées, vers ceux qui (^ n'ont jamais entendu parler de Moi • et tous u vos frères reviendront à vous, et j'en choisice rai parmi eux pour en faire des prêtres et des « lévites. »
Devant la Propagande, Pie IX a érigé la colonne de l'Immaculée Conception. C'est un débris antique ; la vérité dont il porte le symbole est
plus vieille que lui. Ce monument est bien à sa place, à rentrée du séminaire de toutes les nations : Beatam me dicent omnes oeneraiiones.
O Rome ! ô terre de la lumière , des miracles et de la miséricorde 1 Sous nos fenêtres est l'église de Saut' Andréa délie Fratte ; une pauvre église longtemps sans gloire, sans histoire et sans nom.
Un jour, il y a vingt ans, dans cette église, mon cher Théodore de Bussierre fît entrer par hasard un Juif. Par hasard, le Juif demeura seul devant l'autel. Il ignorait toute religion, il haïssait le christianisme. Une image apparut et sourit. Le Juif n'entendit rien et comprit tout : il sortit chrétien, il est prêtre, et Todeur du miracle est restée dans la pauvre église de Saut' Andréa.
Nous voulûmes remercier Fra Gaudenzio. — Non, dit-il; c'est à moi de vous rendre grâce; vous m'avez fait gagner Tindulgence. A Rome il V a une indulgence pour celui qui guide les pas de rétranger.